Made in France : les entreprises mutualistes s’engagent

mis en ligne le :

De plus en plus d’acteurs de l’économie sociale et solidaire se mobilisent au quotidien pour défendre le « made in France ». Effet de mode ou tendance durable ? Rencontre avec des entrepreneurs du secteur de la santé qui ont fait le choix de fabriquer leurs produits en France.

Le « made in France » est-il de retour pour de bon ? La crise sanitaire nous a alertés sur les dangers de la dépendance aux importations, notamment dans le domaine de la santé avec des masques venus de Chine. Mais d’autres produits pourtant très utiles sont également impactés. C’est le cas par exemple des lunettes et autres prothèses dentaires, elles aussi fabriquées en Asie. Est-ce une fatalité ? Certains acteurs de l’économie sociale et solidaire estiment que non et ont fait le choix de maintenir leur production en France. Parmi eux, l’entreprise Roussilhe, fabricant de lunettes et les laboratoires Prothalia, qui produisent des prothèses dentaires.

Malgré un coût de production plus important pour les entreprises, le retour du « made in France » pourrait être durable. En effet, celui-ci présente non seulement l’avantage de conserver des emplois et des savoir-faire en régions – des préoccupations proches des valeurs mutualistes – mais il est également vertueux pour l’environnement. D’ailleurs, trois quarts des Français s’estiment aujourd’hui prêts à payer un article plus cher s’il est produit en France.

Garantir la qualité grâce au « made in France »

Laboratoire mutualiste français, Prothalia a fait le choix, en 1994, de construire un site de fabrication de prothèses dentaires dans l’est de la France plutôt que de distribuer des prothèses importées. « Nous souhaitions maîtriser la qualité de nos produits et pouvoir la garantir à nos clients », explique Frédéric Duda, son directeur général. Le laboratoire fabrique des prothèses à destination de centres dentaires mutualiste et dentistes libéraux. Tous ses produits bénéficient du label « Origine France Garantie »*, l’un des plus contrôlés.

Selon Arthur Havis, directeur général d’Ecouter Voir, « le « made in France » est une suite logique de l’engagement mutualiste ». Depuis 2018, la marque mutualiste pour l’optique et l’audition Ecouter Voir développe des lunettes certifiées « Origine France Garantie » et constitués de matériaux naturels. « On cherche à répondre à un besoin en apportant une réponse responsable, poursuit Arthur Havis. Notamment en démontrant qu’il est encore possible de fabriquer des montures en France et que ça marche ».

L’entreprise Roussilhe produit plus de 120 000 lunettes par an.
Crédit photo : Atelier Roussilhe

Répondre aux enjeux écologiques et sociétaux

Depuis 2011, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) encadre la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable. Elle est définie par la Commission européenne. Il s’agit, pour les entreprises qui le souhaitent, d’intégrer des préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales.

Le « made in France » répond à ces deux préoccupations. D’une part, il maintient des emplois en France, et d’autre part il diminue l’empreinte carbone des produits car ils sont produits localement. « Les sites de production de l’entreprise Roussilhe, qui fabrique nos lunettes « Origine France Garantie », emploient plus de 50 personnes, rappelle Arthur Havis d’Ecouter Voir. Conserver une fabrication en France rentre parfaitement dans nos objectifs RSE ».

Autre avantage du « made in France » rejoignant l’engagement mutualiste, le soutien à la formation professionnelle dans les territoires. Actuellement, 112 salariés travaillent dans les trois laboratoires Prothalia, répartis dans l’est de la France. « Parmi eux, nous formons beaucoup de personnes en reconversion professionnelle, à qui nous apprenons un nouveau métier », témoigne Frédéric Duda, son directeur général.

Ludovic Brochard est le co-gérant de l’entreprise Roussilhe, dont les sites sont situés à Nantes et Oyonnax (Ain). Il se félicite aujourd’hui d’avoir conservé le « made in France » au fil des ans. « Nous avons toujours su que le maintien des emplois et du savoir-faire en France allait nous donner raison. Nous l’observons aujourd’hui alors que la production française s’est replacée sur le marché. »

Derrière le « made in France », une démarche globale vertueuse

Outre l’aspect social, le « made in France » séduit les enseignes mutualistes par sa plus faible empreinte carbone. Chez Ecouter Voir, il y a une volonté de distribuer des montures de manière plus responsable. « La gamme Oxo, fabriquée par notre partenaire Roussilhe, propose aujourd’hui des montures 100 % biosourcées », déclare Arthur Havis, directeur général d’Ecouter Voir. Ces lunettes ne contiennent aucun solvant pétrolifère et sont recyclables au moins trois fois. Elles sont constituées de matériaux naturels : huile de ricin, poudre de coquille d’huître et roseau, produits en France à plus de 78 %. Un cercle vertueux et respectueux de l’environnement, qui répond à la fois à une demande des consommateurs et aux problématiques écologiques.

Les lunettes Oxo sont fabriquées à Oyonnax, dans l’Ain. Crédit photo : Atelier Roussilhe

Autre enjeu du « made in France » : la maîtrise des coûts

Pour autant, tout n’est pas rose pour les fabricants français. « Nos clients font aussi pression pour une baisse des prix », confie Frédéric Duda de Prothalia. Un équilibre difficile à trouver si l’on tient à garder une production en France.

« Les matières premières ne représentent pas plus de 15 % du coût de revient de la prothèse dentaire, poursuit Frédéric Duda. La main d’œuvre, en revanche, est proche des 60 %. » Solution pour certaines entreprises : industrialiser une partie de la production, afin de réduire la part de main d’œuvre et ainsi baisser les coûts.

Plus qu’un effet de mode, une tendance durable

« On perd certains clients mais on en gagne d’autres qui demandent si nos produits sont fabriqués en France », précise Frédéric Duda. En effet, si les contraintes tarifaires liées à la fabrication française privent d’une partie de la clientèle, l’« Origine France Garantie » permet de toucher une cible plus sensible à l’argument écologique et social. « La relation est plus saine et plus forte avec ces nouveaux clients, parce que nous partageons des valeurs », analyse le responsable.

Ludovic Brochard de l’usine Roussilhe observe lui aussi une prise de conscience chez les consommateurs. « Si l’écart de prix n’est pas trop grand, ils cherchent désormais à soutenir l’économie locale ». Un geste « citoyen » qui bénéficie à l’ensemble de l’industrie. Pour le créateur de lunettes, la garantie d’une fabrication française pourrait compenser l’écart de prix avec les lunettes importées. « Les consommateurs le réclament. A nous, industriels, d’être à la fois compétitifs et transparents sur nos méthodes de travail, pour soutenir cette tendance de fond. »

*Le label « Origine France Garantie » assure au consommateur qu’entre 50 % et 100 % du prix de revient unitaire du produit est français et que celui-ci a pris ses caractéristiques essentielles en France.

  • Solal Duchêne
  • Crédit photo : Prothalia

Aucun commentaire pour cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.