Prix de l’ESS : deux initiatives solidaires récompensées

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Pour la 5e année consécutive, les prix de l’ESS 2020 ont récompensé, lundi 14 décembre, deux initiatives solidaires : l’un sur le thème de l’utilité sociale et l’autre sur celui de la transition écologique.

Organisés par les chambres régionales de l’économie sociale et solidaire (CRESS) et ESS France, ces prix sont l’occasion pour de nombreuses entreprises sociales et solidaires de voir récompenser leur engagement. Cette année, un coup de projecteur a donc été donné à deux acteurs engagés, l’un pour le recyclage, l’autre contre le mal-logement.

Bathô : un chantier naval insolite

Plus d’1 million de bateaux de plaisance sont immatriculés en France et plusieurs milliers d’entre eux se retrouvent chaque année en décharge, voués à être détruits ou incinérés. Des procédés chers et polluants, en désaccord avec la vision de Didier Toqué et de Romain Grenon, les deux fondateurs de Bathô, l’entreprise gagnante du prix ESS de la transition écologique.

Passionné par l’univers du nautisme, Didier Toqué pourrait « parler bateau trois jours de suite, tellement [il a] d’histoire à raconter », en commençant par celle qui lui a donné l’idée de Bathô. Se promenant  sur la côte, il remarque les nombreux campings installés face à la mer, dont un à la Turballe, qui le marque tout particulièrement. Juché sur une dune avec une vue à 180 degrés sur la mer, il se dit que ce serait l’endroit idéal pour y « planter un bateau dans le sable, presque dans l’eau mais sans les soucis de la navigation ». Il voit là l’occasion d’allier deux domaines dans lesquels il est engagé depuis longtemps : les déchets et l’économie sociale et solidaire.

C’est ainsi qu’il y a 2 ans, avec son voisin Romain Grenon, il crée un chantier naval étonnant, écologique et solidaire, Bathô. Installé à Rezé, près de Nantes, cette entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS) réhabilite de vieux bateaux de plaisance, vendus par des propriétaires des alentours pour 1€ symbolique. Un moyen de s’approvisionner « en circuit court, puisqu’on récupère nos bateaux à moins de 80 km du chantier naval, ça permet de réduire les impacts et le coût du transport », explique-il.

Ces embarcations se retrouvent ensuite transformées en hébergement insolite pour les campings, en salle de réunion ou de coworking pour les entreprises, en chambre d’ami pour les particuliers, en aires de jeux pour les collectivités ; « notre dernier né, c’est un boat-food pour les commerçants ». 

Idéal pour voyager sans pour autant avoir le mal de mer, il faut tout de même 450 heures de travail pour que la métamorphose soit complète, des heures durant lesquelles chaque artisan fait en sorte de réduire l’impact écologique du futur navire remanié en réutilisant un maximum de ses ressources premières. « Les bateaux sur lesquelles on travaille ont en moyenne plus de 40 ans, ils ne sont pas en bonne forme mais le polyester qui les constitue est un matériau solide et presque indestructible, on réutilise donc les coques qui deviennent les murs, les fondations et le toit des nouveaux hébergements. »

Créateur d’un nouvel éco-système rassemblant des partenaires publics (comme la ville de Rezé), privés, universitaires (comme l’université de Nantes) associatifs (comme la CRESS des Pays de la Loire) et citoyens (comme le touriste du camping ou l’ancien propriétaire du bateau), Bathô compte aujourd’hui sept employés. « On travaille aussi beaucoup avec des jeunes, que l’on forme à nos quatre corps de métiers que sont la menuiserie, le composite, la métallerie et l’agencement », affirme Didier Toqué.

Avec déjà 16 bateaux rénovés l’an passé, Bathô ne compte pas s’arrêter là. A terme, les deux fondateurs souhaiteraient aussi créer avec son équipe un premier « Tiers-Lieu » qui serait dédié à l’économie circulaire du nautisme.

Les Compagnons Bâtisseurs Provence, un combat pour un logement décent

Avec maintenant 40 ans d’histoire derrière elle, l’association des Compagnons Bâtisseurs Provence n’a plus rien à prouver. Membre d’un large mouvement1, ancré dans toute la France, elle mène une lutte sans merci contre la non-décence et l’habitat indigne. 

La structure a mis en place une démarche originale dite d’auto réhabilitation accompagnée (ARA) qui permet à certains habitants, qu’ils soient âgés, en situation de handicap ou en difficulté socio-économique, locataires comme propriétaires, d’être assistées par les Compagnons Bâtisseurs Provence dans un projet de réhabilitation voire de rénovation de leur logement. « C’est un axe très fort chez nous, celui de l’accompagnement social, de l’insertion par l’habitat », explique Anne-Claire Bel, directrice régionale de l’association. Selon elle, il faut comprendre les ARA comme « une démarche globale, qui s’achève par un chantier. Notre objectif, c’est de comprendre pourquoi les gens ne se sentent pas bien chez eux pour ensuite définir ensemble des étapes qui permettront de résoudre leur problématique d’habitat ».

Une équipe de 35 salariés accompagne ainsi les habitants les plus fragiles du sud de la France2, dans une nouvelle dynamique, les aidant à se projeter vers un mieux vivre. « On les écoute, on les conseille dans leurs prises de décisions, on leur parle de leurs obligations en terme d’entretien de logement, et de leurs droits, pour qu’ils soient capable de les revendiquer, qu’ils apprennent à se défendre », affirme t-elle.

Une fois décidés sur leur projet, les habitants entreprennent les travaux chez eux, aux côtés des professionnels techniques de l’association, améliorant ainsi leurs conditions de vie. A savoir que l’association « ne travaille pas pour eux mais avec eux ». Les personnes accompagnées décident donc des changements à apporter : peinture, aménagement, travail sur la luminosité, le confort thermique etc. Puis ensemble, compagnons et habitants, aidés par des bénévoles et des volontaires engagés dans l’association, réalisent côte à côte le chantier. 

Ces accompagnements constituent pour les personnes les plus fragiles un formidable levier d’inclusion sociale, une occasion unique de retrouver confiance et d’accéder à un habitat digne. Gagnant du prix ESS de l’utilité sociale, les Compagnons Bâtisseurs Provence, ont ainsi su accompagner et aider plusieurs milliers d’habitants3. Reconnue l’année passée par l’observatoire national de la précarité énergétique comme une des actions exemplaires de lutte contre la précarité énergétique, l’association est aujourd’hui considérée comme un opérateur de l’habitat compétent. Mais, « ce prix ESS vient rappeler qu’on a aussi une utilité sociale. C’est une belle reconnaissance de ce que les équipes font au quotidien pour les plus démunis. Le chantier ne fait pas tout. C’est dans l’accompagnement que réside notre plus-value », assure Anne-Claire Bel.

Assurant que primer des actions comme celles des Compagnons Bâtisseurs Provence, c’est « reconnaitre la pierre apportée au défi de l’inclusion sociale », Marie Pierre Le Breton, administratrice et membre du comité exécutif d’Harmonie Mutuelle, a rappelé lors de la remise des prix ESS pourquoi Harmonie Mutuelle est et restera engagée dans des combats d’utilité sociale : « Nous croyons beaucoup à ce statut d’entreprise mutualiste à mission qui va venir inscrire nos engagements sociaux, environnementaux dans nos statuts. Mais devenir entreprise à mission, c’est aussi la volonté de se dépasser et de se projeter. Nous allons nous fixer des objectifs nouveaux. Pour les atteindre nous devrons nous transformer, changer certaines de nos offres, faire évoluer nos métiers ».

 

Le réseau national des Compagnons Bâtisseurs (ANCB)

Sur les départements des Bouches du Rhône, du Var, du Vaucluse et les Alpes Maritimes

3 1617 habitants en 2019 en individuel ou en collectif

  • Estelle Hersaint
  • Crédit photo : ESS France

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