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Scop : une autre façon d’entreprendre

Les sociétés coopératives et participatives (Scop) mettent l’humain au cœur de leur modèle économique. Sans négliger pour autant la performance.

Les Scop font régulièrement la une de l’actualité. Lorsque l’on évoque la fermeture d’une usine ou la liquidation d’une entreprise, la reprise par les salariés est souvent l’une des solutions évoquées. Et dans certains cas, le pari s’avère gagnant.

En 1999, les Pressoirs Coquard, dans la Marne, connaissent de réelles difficultés financières. Jean-Pierre Masset, alors directeur technique, décide avec les huit autres salariés de racheter l’entreprise et d’en faire une Scop. « C’était un risque à prendre mais nous savions qu’il y avait un marché et du potentiel. » En misant rapidement sur l’innovation et sur l’exportation, les salariés – devenus associés – parviennent à développer l’activité et même à créer des emplois à durée indéterminée.

 

La démocratie pour moteur

Pour autant, le rachat d’une entreprise en difficulté par ses salariés n’est pas une solution miracle. Et malgré leur médiatisation, cela ne concerne que 5 % des 230 Scop qui ont vu le jour en 2012. La plupart d’entre elles sont en réalité des créations d’activité. Séduits par le modèle coopératif et les valeurs qu’il prône, des entrepreneurs choisissent ce statut pour lancer leur activité. Un statut qui implique que les salariés détiennent au moins 51 % du capital de l’entreprise et 65 % des droits de vote. Ils participent ainsi aux grandes orientations et élisent leurs dirigeants en assemblée générale, sur le principe 1 homme = 1 voix.

Autre spécificité : la répartition des résultats. 40 à 45 % des bénéfices sont reversés chaque année à tous les salariés, une part équivalente est mise en réserve et seulement 10 à 15 % sont redistribués à ceux qui sont associés au capital. La part mise en réserve contribue à assurer la solidité de l’entreprise et à préserver les emplois. « Du fait de cette gestion prudente, les sociétés coopératives et participatives résistent plutôt bien à la crise », précise Patricia Lexcellent, déléguée générale de la Confédération générale des Scop. Et malgré leurs particularités, ce sont bien des entreprises à part entière : des sociétés anonymes (SA) ou des sociétés à responsabilité limitée (SARL).

 

Un statut applicable à toutes les activités…

Les Scop sont environ 2 000 en France et emploient plus de 42 000 salariés, dont plus de la moitié sont sociétaires (associés au capital). Plus répandues dans les services, le BTP et l’industrie, elles sont présentes dans tous les secteurs d’activité, y compris ceux auxquels on ne s’attend pas.

À Amiens, se trouve le seul centre d’appels coopératif de France. Une initiative originale dans un secteur qui souffre d’ordinaire d’une mauvaise image. Chez A Cappella, le CDI à temps plein est la norme pour 80 % des salariés, sauf pour ceux qui souhaitent travailler à temps partiel. La formation continue des téléconseillers est privilégiée tout comme la polyvalence, pour rompre la monotonie liée à ce type de poste. Des conditions de travail et une approche qui évitent aussi le turn-over. À Bordeaux, le groupe d’amis à l’origine de Motion Twin – une société créatrice de jeux vidéo en ligne – décide de la transformer en Scop après seulement quelques années d’activité. Par souci d’égalité et pour formaliser ce qui existait déjà dans la pratique.

Ici, les 13 salariés sont tous associés et perçoivent le même salaire. Chacun peut prendre la responsabilité d’un projet et travailler en autonomie. Avec ce statut, les jeunes entrepreneurs souhaitent aussi se protéger d’éventuels investisseurs extérieurs.

 

… et qui n’empêche pas la réussite économique

De grands groupes comme Chèque Déjeuner, ou Acome dans l’industrie, montrent également que le modèle coopératif n’est pas réservé aux petites entités. Et qu’il n’est pas incompatible avec la performance économique.

Avec leurs 65 millions de chiffre d’affaires, Les Maçons Parisiens sont souvent cités parmi les exemples de réussite. Née en 1930, cette Scop du BTP, spécialisée dans la construction de bâtiments collectifs, est dirigée par François Mortegoutte, descendant des fondateurs. Il attribue la bonne santé de la société à la motivation et à l’implication des salariés. « En plus des valeurs humaines qu’il véhicule, le statut coopératif permet aux salariés de talent de devenir sociétaires et à l’entreprise de les retenir. » Une fidélisation qui, couplée à une bonne gestion, explique comment cette Scop a survécu aux différentes crises, depuis plus de 80 ans.

 

L’économie sociale et solidaire

Les Scop font partie de l’économie sociale et solidaire, au même titre que les autres formes de coopératives (agricoles, bancaires, d’usagers…). Elle regroupe également les associations, les fondations et les mutuelles qui ont en commun de privilégier l’humain.

Avec 440 000 nouveaux emplois créés ces dix dernières années, l’économie sociale et solidaire prouve qu’il est possible de concilier activité économique et utilité sociale.

À noter : le gouvernement a ouvert un site internet dédié à l’économie sociale et solidaire : economie-socialesolidaire.gouv.fr

 

SCOP, SCIC : quelle différence ?

Variante des Scop, la Société coopérative d’intérêt collectif (Scic) permet d’associer, en plus des salariés de l’entreprise, des usagers et des collectivités territoriales notamment.

 

« Je souhaite voir leur nombre doubler en 5 ans. »

Le point de vue de Benoît Hamon, ministre en charge de l’Économie sociale et solidaire

« Les Scop sont une des solutions que le gouvernement entend développer pour dynamiser la création d’emploi en France. Elles sont porteuses d’un modèle économique plus patient. Elles mettent en réserve les excédents réalisés et se projettent sur le long terme. C’est une forme d’entrepreneuriat collectif moderne, car elle fait la part belle à l’humain. Je souhaite donc développer les Scop et voir leur nombre doubler en 5 ans. Le principal levier pour y parvenir sera de leur faciliter l’accès au crédit pour faire face à leurs besoins en investissement. C’est la mission de la Banque publique d’investissement.

Je souhaite également faciliter la transmission d’entreprises en bonne santé aux salariés, en leur donnant un droit préférentiel de reprise. La création pourra aussi être encouragée avec un nouveau statut de Scop, adapté aux problématiques auxquelles sont confrontés les créateurs d’entreprises.

Il n’est pas acceptable qu’avec un chômage aussi élevé nous nous privions de la possibilité de sauvegarder et de créer des emplois par la reprise d’entreprise par les salariés. »

 

Pour en savoir plus

Confédération générale des Scop : 37, rue Jean-Leclaire – 75017 Paris, tél. : 01 44 85 47 00, les-scop.coop. Elle représente les Scop et s’appuie sur 13 unions régionales et 3 fédérations professionnelles (BTP, communication et industrie). Le réseau des Scop peut vous accompagner dans votre projet de reprise ou de création d’activité, et même vous aider à le financer.

  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : enisaksoy/Istockphotos

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