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Vous avez dit « consommation collaborative » ?

Si le terme est encore flou pour certains, la consommation collaborative est clairement entrée dans les mœurs des Français. Oui, mais c’est quoi au juste ?

Consommation Collaborative

Ils covoiturent, co-louent, co-travaillent,co-achètent… Ces dernières années, les Français se sont pris de passion pour le partage, mais aussi pour le don, le prêt, la location, l’échange de biens ou de services ou encore la revente entre particuliers… Une économie de la débrouille, qui compte de plus en plus d’adeptes, et que l’on appelle la consommation collaborative. Ce terme récent – et certes un peu fourre-tout – désigne ces nouvelles pratiques qui mettent en relation directe des citoyens.

Certaines d’entre elles ne datent pas d’hier (troc, achat d’occasion…), mais internet leur a donné un coup d’accélérateur. Elles gagnent petit à petit tous les domaines de notre vie quotidienne (alimentation, logement, mobilité, loisirs…) et changent d’échelle avec la crise économique. Un site comme BlaBlaCar, spécialiste du covoiturage, revendique 10 millions de membres en Europe. Et près de 2,8 millions de personnes consultent chaque jour* Le Bon Coin, autre poids lourd du secteur, et ses petites annonces entre particuliers.

« La situation budgétaire des ménages est plus tendue ces dernières années. Alors pour maintenir leur mode de vie, les Français inventent ou réinventent de nouvelles manières de consommer, qui sortent des sentiers marchands ordinaires et permettent de dépenser moins ou d’en avoir plus pour le même prix », indique Philippe Moati, cofondateur de l’Observatoire Société et Consommation (ObSoCo) et professeur d’économie à l’université Paris Diderot.

* Selon Médiamétrie, Audience de l’internet en France en août 2014.

 

Entre dérives et effet positif

Si la première motivation est avant tout économique, d’autres raisons expliquent cet engouement. « L’envie de reprendre la main sur sa consommation et d’y trouver plus de sens, des préoccupations environnementales et la recherche de lien social », énonce Samuel Roumeau du collectif OuiShare, qui œuvre au développement de la consommation collaborative. « Aussi, même si le pouvoir d’achat repartait à la hausse, il n’y aurait pas de recul significatif de ces pratiques. Elles sont en train de s’ancrer profondément dans nos habitudes », souligne Philippe Moati.

Face à l’ampleur que prennent aujourd’hui ces nouvelles formes de consommation, certains acteurs de l’économie traditionnelle s’inquiètent, et crient à la concurrence déloyale. Comme le montrent les récents débats entre les taxis et Uber (spécialiste du véhicule de tourisme avec chauffeur) ou entre les hôteliers et Airbnb (le site de locations saisonnières). Car certains particuliers en feraient une activité plus qu’occasionnelle et une partie des revenus qu’ils en tirent échapperait à l’impôt. « Le mouvement est récent et la législation n’a pas eu le temps de s’adapter, précise Samuel Roumeau. Un cadre juridique est certes nécessaire, mais il ne devra pas être trop strict, au risque de l’étouffer. »

Et si, au contraire, elle continue à gagner du terrain, la consommation collaborative pourrait bien pousser l’économie tout entière à évoluer, selon Philippe Moati, « pour se soucier des solutions aux problèmes des gens et non pas seulement de produire des marchandises. Avec l’impact environnemental que l’on connaît. »

 

La consommation collaborative en chiffres

La consommation collaborative favorise le réemploi des objets et l’usage d’un bien plutôt que sa propriété. Pourquoi acheter une perceuse, que l’on n’utilisera qu’une à deux fois par an, quand on peut la louer à un particulier lorsqu’on en a besoin ?

  • 48 % : près d’un Français sur deux pratique régulièrement la consommation collaborative.
  • Seulement 15 % d’entre eux ont déjà entendu cette expression.
  • 63 % utilisent la consommation collaborative pour payer moins cher.
  • 55 % pour trouver des bons plans et des bonnes affaires.
  • Autres motivations évoquées : la possibilité de faire durer les objets, de leur donner une seconde vie (38 %), le fait que ce modèle de consommation soit meilleur pour la société (28 %) et même l’attrait pour un modèle différent (18 %).

Source : étude TNS Sofres-La Poste « Les Français et la consommation collaborative », novembre 2013.

 

Alimentation

Repas partagés, achats groupés, partage des produits du jardin… En matière d’alimentation, l’esprit collaboratif est des plus vifs. Et il se crée de nouveaux sites tous les mois pour manger mieux ou pour moins cher, ne pas gâcher ou tout simplement ne pas dîner seul devant sa télé.

Née en 2011 au pays des circuits courts, La ruche qui dit oui n’arrête pas de faire des petits. Elle permet aux particuliers de commander sur internet les produits de leur choix, vendus par des producteurs locaux (dans un rayon de 250 km). Il ne leur reste plus qu’à venir les chercher, chaque semaine, dans un point de retrait près de chez eux (La ruche).

Quelques sites :

Achats groupés : Laruchequiditoui.fr, Reseau-amap.org – Partage de jardin ou de récolte (Plantezcheznous.fr), de repas chez l’habitant (Cookening.com) ou au restaurant (Colunching.com/fr), des restes (Supermarmite.com, Partagetonfrigo.fr).

 

Transports

On connaissait déjà la location de voitures entre particuliers, largement démocratisée, et le très célèbre covoiturage. Mais côté mobilité, on ne se contente plus de partager sa voiture ou d’en emprunter une, le temps d’un trajet.

Désormais, on loue aussi son camping-car et même son bateau à des particuliers. Là encore, l’idée est de n’utiliser – et de ne payer – ces différents moyens de transport que lorsqu’on en a besoin, et ainsi de faire des économies.

Quelques sites :

Covoiturage : Covoiturage.fr, Covoiturage-libre.fr – Location de voitures (Drivy.com, Ouicar.fr), de camping-cars (Jelouemoncampingcar.com), de bateaux (Samboat.fr, Boaterfly).

 

Logement

Échanger sa maison pendant les vacances, squatter un coin de canapé à l’autre bout du monde (couchsurfing) ou encore camper chez l’habitant. En matière de logement aussi, les initiatives ne manquent pas. Et elles n’offrent pas des solutions que pour les vacances.

La colocation, répandue chez les étudiants, s’étend aujourd’hui à d’autres communautés. Le site Cotoiturage.fr facilite par exemple la colocation des parents solos, entre eux ou avec des étudiants, des retraités, des jeunes actifs, des agriculteurs… qui, eux aussi, ont du mal à joindre les deux bouts.

Quelques sites :

Colocation : Cotoiturage.fr, Appartager.com – Échange de maison : Trocmaison.com – Couchsurfing : Bewelcome.org, Couchsurfing.org (en anglais)- Camper chez l’habitant : Gamping.fr, Campedansmonjardin.com.

 

D’autres idées

Échanger des savoirs (seldefrance.communityforge.net), ses vêtements (Trocvestiaire.com, Pretatroquer.fr), ses journaux (Trocdepresse sur Facebook), la garde de ses animaux (Animal-fute.com). Louer tout type de matériel (Zilok.com), des jouets (Monjoujou), une cave ou un box (Costockage.fr), des bras pour un déménagement (Mydemenageur.com). Partager un espace de travail (Coworking-carte.fr), ses sorties, ses loisirs (Tripnco.com/fr).

 

Pour en savoir plus

  • Livre : « La vie share : mode d’emploi. Consommation, partage et modes de vie collaboratifs » d’Anne-Sophie Novel, éditions Alternatives, 2013 (12 euros).
  • Études : l’Observatoire Société et Consommation a mené deux enquêtes sur les consommations émergentes en 2012 et 2013.
  • Consocollaborative.com, blog dédié à ces nouvelles pratiques.
  • OuiShare : collectif international qui vise à promouvoir la consommation collaborative.
  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : Guz Anna / Shutterstock

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