On a testé le bain de forêt à Hostens, en Gironde

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Au printemps 2021, le Département de la Gironde a inauguré le premier site labellisé « bain de forêt » de France, à Hostens. De quoi symboliquement lancer une politique de santé ambitieuse, avec la volonté de proposer gratuitement des bains de forêt à l’ensemble des habitants.

Bains de forêt

« Ce site naturel est ouvert à tous, mais nous allons plus particulièrement accompagner les personnes et familles en situation de grande précarité, ayant un handicap ou les enfants placés… des publics qui se rendent rarement dans ce genre de sites », précise Elsa-Margaux Delpech du service environnement du Conseil départemental de Gironde, l’une des instigatrices du site de « bain de forêt », à Hostens.

L’idée est née suite à une projection du documentaire Natura, à Bordeaux où Pascale d’Erm met en avant leurs vertus thérapeutiques. « Les bains de forêt* ont des effets sur les maladies chroniques dites de civilisation : dépression, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, obésité Près de 400 études scientifiques ont prouvé leurs bénéfices physiologiques, émotionnels et cognitifs sur la santé. Aussi avions nous envie d’initier localement de quoi porter des changements plus profonds », ajoute Elsa-Margaux Delpech.

Une démarche de pleine conscience

Il faut dire que les massifs forestiers situés sur les espaces naturels sensibles du département s’y prêtent à merveille. À Hostens par exemple, l’espace labellisé pour cette pratique ancestrale est aux environs du lac du Bousquey. Pins, chênes, fougères et même sequoias géants parsèment les 550 hectares.

C’est dans cet environnement que le guide propose aux participants (une douzaine maximum par bain de forêt) différentes « invitations », à commencer par la marche lente, en étant attentif au moindre mouvement, du déroulé de sa voûte plantaire au souffle du vent dans les feuillages. Il s’agit de traverser l’espace en pleine conscience, tout en se laissant traverser à son tour par le vivant et le vécu du moment présent.

Pendant les trois heures de bain, le rituel est soigneusement travaillé pour que chaque invitation ouvre différentes fenêtres de perceptions. On alterne des moments d’intériorité et de partage en groupe, on travaille le lâcher prise, l’écoute, l’odorat, le toucher, le sens de l’équilibre, de l’orientation, de la méditation même. À la fin, une petite cérémonie organisée autour d’un thé permet à chacun de livrer son ressenti, de partager, s’il le souhaite, quelques mots sur sa perception de l’expérience.

Une efficacité des bains de forêt prouvée

D’ailleurs, loin des caricatures qui circulent souvent au sujet de la sylvothérapie, il ne s’agit pas de faire des câlins aux arbres mais d’arriver à entrer en sérénité. En forêt, l’atmosphère est riche en terpènes et en phytoncides – des molécules volatiles odorantes produites par les arbres pour se protéger des bactéries et composés de vapeurs d’huiles essentielles reconnues pour leurs vertus tonifiantes et décongestionnantes. En passant par les voies respiratoires, ces substances dynamisent l’activité́ des lymphocytes, la sécrétion de sérotonine et font ralentir le rythme cardiaque. D’après les spécialistes japonais, et notamment le professeur Qing Li, les bains de forêt de trois jours et quatre nuits stimulent durablement l’immunité́.

Au Japon, cette pratique incite les Japonais à se rendre en forêt pour améliorer leur santé. Depuis les années 1980, elle est entrée dans les habitudes de médecine préventive. Le pays compte 63 sites officiels de bain de forêt, et des cliniques forestières proposent des cures thérapeutiques ciblées selon les pathologies.

À Hostens, la certification du site a suivi un protocole développé par la canadienne Bernadette Rey : un groupe témoin de 15 personnes est venu passer deux jours sur le site, et a effectué trois marches. À chaque fois, la tension a été prise avant et après la marche, et les participants ont dû répondre au questionnaire « Profile of mood state » pour qualifier leur humeur, là aussi avant et après la marche. « Les émotions négatives ont toutes diminué, le bien-être est revenu et les effets thérapeutiques (tels la baisse du pouls) se sont avérés réels », explique Pascale d’Erm qui, à force d’enquêter sur le sujet, s’est formée pour devenir guide certifiée et intégrer la fédération des guides de bain de forêt.

Pour le département, ce site est vu comme un lieu pilote, un laboratoire où des professionnels de santé et de nature pourront travailler main dans la main. Une affaire à suivre donc !

* Les bains de forêt sont également connus sous le nom de « Shinrin-yoku » (leur traduction en japonais).

  • Anne-Sophie Novel
  • Crédit photo : Anne-Sophie Novel

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