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Déchets : comment réduire le poids de nos poubelles ?

Déchets : comment réduire le poids de nos poubelles ?

En changeant quelques-unes de nos habitudes, on peut diminuer considérablement le poids de nos poubelles. Les conseils de Pierre Galio, de l’Ademe.

Pierre Galio
Pierre Galio est chef du service Consommation et prévention de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Crédit : DR Ademe

Une bonne partie de nos déchets pourrait éviter de finir à la poubelle ?

À peu près un tiers des poubelles des ménages est composé de biodéchets, qui pourraient être compostés. Il est donc possible de réduire assez simplement nos déchets en compostant mais aussi et surtout en limitant le gaspillage alimentaire. Cette dernière solution est purement préventive. Et tout le monde peut le faire ! Nous avons déjà réalisé des opérations témoin avec une vingtaine de foyers. Ils avaient réussi à le diminuer de moitié en peu de temps. Il s’agit de changer ses habitudes, avec la difficulté de tenir dans la durée. Mais les ménages ont tout à y gagner. Car le gaspillage alimentaire, c’est 400 euros en moyenne par an et par foyer.

 

570 kg par an et par habitant

Le poids de nos poubelles a doublé en 40 ans, selon l’Ademe. Avec malgré tout une légère diminution depuis quelques années. Nos déchets ménagers et assimilés représentent 570 kg par an et par habitant en France. Ce qui comprend à la fois nos ordures ménagères (environ 277 kg) et nos déchets recyclables, tout ce que l’on amène dans les déchetteries et les encombrants, ainsi que tous les déchets des commerces par exemple. Soit un peu plus de 35 millions de tonnes en tout. Mais cela ne représente que 10 % des déchets produits en France. Car il faut y ajouter ceux de l’industrie et du BTP.

 

Quelles sont les autres solutions pour réduire nos déchets à la maison ?

La première, c’est de se demander – avant tout achat – si on en a vraiment besoin. Il y a beaucoup de choses que l’on achète et qui finissent dans un coin sans que l’on s’en serve vraiment. Qui n’a pas dans sa garde-robe des vêtements qu’il ne met jamais ou qui n’ont pas été portés depuis plusieurs années ? Dans l’alimentaire, c’est pareil. Parfois, on achète quelque chose, on le met au fond d’un placard ou du frigo et il est périmé avant même d’avoir été consommé. Il faut se poser la question du juste besoin.

Quand on passe à l’achat, on peut opter par exemple pour le vrac, pour limiter les emballages. De plus en plus de magasins, y compris des grandes surfaces, le proposent. On peut également acheter à la coupe ses fromages, sa viande… En y allant avec ses propres contenants (en verre ou en plastique), on évite encore davantage les emballages et donc ses déchets. Simplement, il faut que ces contenants soient dédiés à l’alimentation et avoir le réflexe de les prendre avec soi pour aller faire les courses. Il est possible aussi d’acheter des produits portant l’écolabel européen (celui avec la petite fleur), car il vise à réduire les impacts environnementaux des produits dans tout leur cycle de vie.

Autre solution : la réparation et le réemploi. L’entretien est essentiel également. Cela permet d’allonger la durée de vie des objets au lieu de les jeter dès qu’ils ne fonctionnent plus. Il faut aussi éviter un renouvellement trop fréquent voire inutile. Parfois un appareil encore en état de marche peut être remplacé par désir de nouveauté. Dans ce cas, mieux vaut privilégier la revente ou le don pour lui donner une seconde vie. Enfin, il y a le classique « Stop pub » que l’on peut apposer sur sa boîte aux lettres. Un simple autocollant qui permet de réduire ses déchets de plusieurs dizaines de kilos par an. Et moins de publicité, c’est moins de tentation d’acheter des choses dont on n’a pas forcément besoin…

 

A lire aussi : Que faire de vos déchets ? (INFOGRAPHIE)

Conseils et astuces simples pour limiter nos déchets.

 

Réduire ses déchets, c’est donc consommer de façon plus éclairée ?

C’est tout à fait cela. C’est reprendre sa consommation en main pour qu’elle soit plus responsable. Et surtout se poser les bonnes questions. Ne pas acheter sans réfléchir. Ce qui peut amener à se sentir mieux, car on sera moins dépendant des objets et de phénomènes croisés d’accumulation et de possession parfois excessives ! En moyenne, on a 15 fois plus d’objets chez nous que nos grands-parents. En deux générations, on a accumulé un nombre d’objets incroyable. Et qui, au bout d’un moment, finissent en déchets.

Lorsqu’on répond simplement à son besoin, sans acheter davantage, c’est également une manière de faire des économies. Quant aux emballages, on les paie deux fois : une fois à l’achat et au moment de leur collecte et de leur traitement. Il est donc essentiel pour notre porte-monnaie de les réduire. Sans parler de l’épuisement des ressources. Car si ces emballages ne sont pas recyclés mais finissent en incinération ou en stockage, c’est de la matière première perdue. En 2017, dès le 2 août, la terre vit à crédit. Cela pose des questions sur le modèle linéaire dans lequel nous évoluons : j’extrais, je fabrique, je consomme, je jette.

 

L’argument de la santé est souvent évoqué par ceux qui se lancent dans une démarche « zéro déchet »…

De plus en plus de personnes fabriquent leurs cosmétiques, leurs produits d’entretien. Le « do it yourself » est une tendance importante. A l’Ademe, nous n’avons pas fait d’études qui prouvaient qu’au niveau environnemental et sanitaire, le fait de manipuler du bicarbonate de soude et d’autres ingrédients de ce type ne soit pas moins impactant qu’un produit industriel. À ce jour, nous n’avons pas de chiffres qui permettent de le dire.

Cela étant dit, ce qui est intéressant c’est que le « zéro déchet » ouvre d’autres portes. Dans notre société, la part dédiée à l’alimentation dans le budget des ménages était de 35 % dans les années soixante, c’est moitié moins aujourd’hui. Donc sa valeur a totalement baissé au niveau économique comme au niveau symbolique. Or, quand on s’y réintéresse, quand on cuisine soi-même, quand on achète des produits frais, on lui redonne de l’importance. On a une dynamique de changement de comportement qui va bien au-delà de la question du déchet.

En moyenne, on achète pour 3 500 calories d’aliments par jour alors qu’on doit en consommer entre 2 000 et 2 500. C’est beaucoup trop par rapport à nos besoins. Et cela entraîne de l’obésité ou du gaspillage alimentaire. La démarche « zéro déchet » permet une réflexion sur son rapport aux produits, à l’accumulation, à l’achat compulsif…

 

On a l’impression qu’il y a un engouement pour le « zéro déchet », en France et dans le monde.

Tout à fait. Sur le terrain, on assiste à l’émergence de nombreux groupes locaux soit « zéro déchet » soit « réduire ses déchets ». Et de plus en plus de gens se mettent, via internet et les réseaux sociaux, à échanger leurs bonnes pratiques. Les conférences de Béa Johnson, la personne qui a contribué à populariser le « zéro déchet », connaissent elles aussi un grand succès. Il y a un véritable engouement pour ces questions partout dans le monde et on ne peut que s’en féliciter. Certaines villes en Italie par exemple ou encore San Francisco aux Etats-Unis ou Roubaix en France se sont lancées dans cette démarche. De très bonnes initiatives qui émanent des territoires et des citoyens.

 

Le « zéro déchet », n’est-ce pas une utopie malgré tout ?

Avant, à l’Ademe, on ne parlait pas de « zéro déchet » mais de « prévention des déchets », notion moins compréhensible. Avec le « zéro déchet », le message est plus facile à faire passer. C’est un objectif qui peut être partagé par tous. Pour autant, ce n’est pas réalisable par tout le monde et il faut l’adapter en fonction de ses habitudes. Celui qui habite au 15e étage d’une tour à Paris n’a pas le même mode de vie que celui vit en pavillon à la campagne. Donc on ne prône pas pour tous nos concitoyens d’arriver à ZÉRO déchet. Mais chacun peut parvenir à des réductions de 20, 30 ou 40 %. Sans forcément aller jusqu’à la démarche de Béa Johnson. Par exemple, dans les territoires où une tarification incitative a été mise en place, les foyers diminuent leurs déchets de 40 % en moyenne.

 

[VIDÉO] Zéro déchet : rencontre avec Béa Johnson

Elle est considérée comme l’ambassadrice mondiale du « zéro déchet ». Notre interview en images.

C’est quoi la tarification incitative ?
Mise en place dans certains territoires, la tarification incitative permet à chaque famille de ne payer que les déchets qu’elle a elle-même produits. Les éboueurs pèsent sa poubelle et les bacs disposent d’une puce qui permet d’identifier le foyer. L’objectif étant d’inciter à réduire ses déchets le plus possible. Aujourd’hui, la tarification incitative concerne 5 millions de personnes en France. Un système qui pourrait être généralisé à tout le pays, selon l’Ademe.

 

Est-ce vraiment au niveau du consommateur que cela se joue car les déchets industriels sont plus importants ?

Les industriels ont plusieurs possibilités d’action car ce sont eux qui créent l’offre. Ils peuvent travailler à réduire la quantité d’emballages, encore trop importante. Ils peuvent aussi chercher à allonger la durée de vie de leurs produits et améliorer la réparation. De plus en plus d’industriels s’y mettent. Ils peuvent également développer l’éco-conception, c’est-à-dire faire en sorte qu’un produit ait un minimum d’impact pendant toute sa durée de vie. Le dernier point qui me paraît important, c’est l’économie de la fonctionnalité : vendre un usage plutôt qu’un bien, louer au lieu d’acheter par exemple. Ce qui permet de répondre aux besoins, sans accumuler inutilement, et évite l’exploitation abusive de ressources.

Les consommateurs peuvent aussi peser sur les industriels en faisant les bons choix. Lorsqu’un produit n’est plus acheté, il est quasiment aussitôt retiré du marché. Le consomm’acteur, comme on dit souvent, a un pouvoir qu’il n’exploite pas toujours. L’usage qu’il fait de son porte-monnaie est un acte citoyen.

 

ÉTUDE DE L’ADEME

Et si le « zéro déchet » rendait plus heureux ?

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a mené une enquête auprès de Français très engagés dans une démarche de réduction de leurs déchets. Elle a ainsi interrogé, en 2017, 12 foyers différents. Ils devaient répondre à différents questionnaires afin de mieux comprendre leurs habitudes et leur qualité de vie. « À travers cette étude, on voulait tordre le cou aux idées reçues, montrer que ce ne sont pas des personnes déconnectées des réalités ou aux modes de vie particuliers, explique Pierre Galio, chef du service Consommation et prévention de l’Ademe. Ce sont au contraire des personnes qui ont eu une démarche progressive pour faire évoluer leurs pratiques. »

L’enquête visait notamment à évaluer le niveau de bien-être et la qualité de vie de ces 12 foyers. Pour cela, l’Ademe s’est basée sur l’indice du bonheur de la Fabrique Spinoza. Résultat : non seulement ils n’ont pas une vie si compliquée mais ils semblent surtout plus heureux que la moyenne des Français. Ces exemples ont permis de rétablir certaines vérités sur le « zéro déchet ». Parmi lesquelles :

  • Le « zéro déchet » concerne des gens très différents les uns des autres.
  • Cela peut être facile et ludique.
  • C’est troquer des temps de corvées contre des temps de plaisir.
  • Le « zéro déchet », ça ne coûte pas plus cher.
  • Pour certains, cela peut être source de liberté et d’épanouissement.
  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : MoMorad / Istockphotos

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