L’école ETRE forme des jeunes en décrochage aux métiers de la transition écologique

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Depuis quelques années, le réseau associatif des écoles ETRE (école de la transition écologique) aide des jeunes à raccrocher le monde professionnel en les formant à des métiers d’avenir et porteurs de sens dans le domaine des énergies renouvelables, de l’économie circulaire, des mobilités douces ou de l’agriculture urbaine. Reportage à l’école ETRE de Paris.

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À peine le portail franchi, ce qui frappe c’est le vert et le calme. Comme une sorte d’oasis au milieu du tumulte de la ville. Nous sommes sur la friche d’un ancien couvent de sœurs franciscaines du 14e arrondissement de Paris, investie par la coopérative Plateau urbain qui y accueille des structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) pour en faire un « village solidaire ». Parmi lesquelles, l’école de la transition écologique (ETRE) Paris.

Près des anciens garages, transformés en un atelier bricolage et une remise où sont stockés des matériaux (bois, palettes notamment), une petite dizaine de jeunes, appliqués, sont en train de changer et de régler les freins de vélos. Avant cela, ils n’avaient encore jamais bricolé de bicyclette. Nicolas Mulet, le fondateur de l’école de la transition écologique de Paris, leur a juste donné le matin même quelques explications sur la manière de procéder. Une semaine plus tard, ces apprentis mécaniciens cycle se rendront au ministère de l’Intérieur pour régler les vélos des salariés. Pour s’entraîner in vivo. Certains réaliseront peut-être que le secteur de la mobilité douce leur plaît et qu’ils veulent en faire leur métier. Si ce n’est pas le cas, durant le mois de cette formation de préqualification, ils découvriront d’autres métiers comme technicien poseur de panneaux photovoltaïque, agriculteur en permaculture, fabricants d’objets à partir de matériaux recyclés etc.

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Découverte sur le terrain des métiers de l’environnement

Théorie, chantiers participatifs et rencontres avec des professionnels. Apprendre par le faire est une des facettes pédagogiques de cette école alternative. Son objectif est de faire découvrir à des jeunes en situation de décrochage scolaire, orientés ici par la mission locale, des assistants sociaux, des centres d’hébergement etc. plusieurs métiers de l’environnement, pendant un ou trois mois. « L’idée est que ces jeunes aient le maximum de billes pour faire leur choix de formation. Surtout qu’ils se sont déjà plantés ou qu’on leur a dit (à tort) qu’ils n’étaient pas bons », souligne Nicolas Mulet. En fonction de leur appétence et de leurs compétences, l’école les oriente ensuite vers les formations dispensées par des partenaires.

Il s’agit dès lors de « valoriser des jeunes qui ne se retrouvent pas dans les méthodes pédagogiques traditionnelles c’est-à-dire théoriques et descendantes et que l’école n’a pas toujours su accompagner », explique Cécile Gueguen, coordinatrice de ETRE Paris. Et ce à travers des réalisations concrètes, la valorisation des soft skills (curiosité, capacité d’écoute à travailler en groupe) mais aussi la reprise de confiance en soi. « On travaille sur l’estime d’eux-mêmes grâce à l’atmosphère bienveillante et tolérante de l’école et à l’environnement riche de la friche où se trouvent de nombreux acteurs de l’ESS avec qui ils travaillent, donnent un coup de main… ce qui leur permet de se sentir utiles », continue-t-elle. Un exemple, bientôt, les jeunes vont participer à l’éco-construction de cabanes végétalisées, qui serviront de cabanes à outils pour le futur potager de la friche.

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Un million d’emplois dans l’environnement d’ici 2050

En France, 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans aucun diplôme chaque année. Le chômage touche encore plus durement ces jeunes. Quand, dans le même temps, un million d’emplois seront créés dans les métiers de la transition écologique d’ici 2050, selon l’Ademe. « Dans la transition, il y a du travail pour tous les niveaux de diplôme, souligne la coordinatrice. Ces métiers ne sont pas délocalisables, sont valorisants et ils sont porteurs de sens. En effet, ils sont rattachés à un mouvement collectif sans précédent qui constitue l’enjeu premier du XXIe siècle face au changement climatique ». En somme, des métiers adaptés à ces jeunes sortis du système scolaire sans diplôme ou qui ont quitté la fac avec l’envie de se réorienter sans savoir dans quel domaine exactement.

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Sensibilisation au réchauffement climatique et ses impacts

Outre la découverte des métiers de l’agriculture urbaine, des énergies renouvelables, du réemploi, de l’économie circulaire, ou de la réparation de vélos, l’idée est aussi de sensibiliser ces jeunes, en majorité issus de classes populaires, à la transition écologique. « Aujourd’hui, il existe un énorme fossé entre une jeunesse engagée, impliquée dans cette transition et une autre déconnectée de ces enjeux. Comment imaginer un futur commun si le constat sur le réchauffement climatique, les changements que cela implique en matière de production et de consommation ne sont pas partagés ? », s’interroge Cécile Gueguen. Pour ce faire, plusieurs formats existent : les formations de préqualification de un ou trois mois donc, les journées découverte ou encore les actions de sensibilisation auprès des collégiens. Finalement, ETRE ambitionne de relever plusieurs défis : raccrocher les jeunes, accélérer la transition écologique et former des gens aux métiers de la transition. En cela, « notre école est unique », commente-t-elle. Et le concept se multiplie depuis le lancement de la première école en Occitanie en 2017. Aujourd’hui, il existe une dizaine de projets ETRE en France, réunis au sein du réseau national des écoles de la transition écologique. En Ile-de-France par exemple, l’objectif est d’installer au moins une école dans chaque département d’ici cinq ans.

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Accompagnement professionnel individuel des jeunes

Mariama était étudiante en sciences de l’ingénieur à la fac avant de démarrer la formation de préqualification de l’école. Encore « perdue », elle ne sait pas si elle va poursuivre sa licence l’an prochain, bifurquer vers des études en agronomie ou bien continuer à ETRE Paris avec le parcours de trois mois à la rentrée scolaire prochaine. En revanche, ce qui est certain c’est qu’ici, elle « se sent bien ». « J’aime toutes les activités. Surtout le travail du bois. Je suis à fond. C’est pratique, concret, on est sur le terrain ».

Si les échanges et la pair-émulation entre ces jeunes aux parcours différents participent à la dynamique de remobilisation du groupe, les jeunes sont aussi accompagnés individuellement pour les aider à s’orienter et construire leur projet professionnel. En prenant en compte leurs envies, leurs capacités, leurs goûts et leur situation. Car tous n’en sont pas au même stade. Certains sont très éloignés de l’insertion et font face à des problèmes d’hébergement, d’addictions, de papiers… « Sur ce groupe, nous menons un gros travail de remobilisation. Notre ambition est avant tout de leur donner envie, leur ouvrir des perspectives. Avec d’autres groupes, on va plus loin dans l’acquisition de connaissances et la construction du projet », précise Nicolas Mulet.

Au premier semestre 2021, ETRE Paris a sensibilisé 40 jeunes aux métiers de la transition écologique, dont 23 qui ont suivi le dispositif long entre un et trois mois. Sur les 14 jeunes de la première promotion de la formation préqualifiante de l’année, 10 ont trouvé une formation à un métier de l’environnement dans un autre organisme – souvent des partenaires du monde associatif – et quatre « se posent encore des questions ». « Mais ce ne sont que des sorties positives », précise Cécile Gueguen. Parmi ces quatre, l’un deux s’est découvert un véritable goût pour les distributions alimentaires. Il en fait tous les jours en tant que bénévole. Pour d’autres, bien entendu, l’insertion est plus compliquée mais « nous avons l’espoir d’avoir tout de même planté chez eux une graine, qui pourrait germer plus tard ».

  • Crédit photo : ETRE Paris
Auteur article
Alexandra Luthereau

journaliste spécialisée dans les sujets économie sociale et solidaire.

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