Partager et agir au quotidien pour dépasser l’éco-anxiété

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De plus en plus de personnes, surtout les jeunes, sont préoccupées par la dégradation de l'environnement. Si elle ne devient pas paralysante, cette éco-anxiété peut être un bon déclencheur pour passer à l'action.

Photo d'une jeune femme portant un masque et s'inquiétant pour l'avenir de la planète

Qu’appelle-t-on éco-anxiété ?

C’est un ensemble d’émotions inconfortables (anxiété, impuissance, inquiétude de l’avenir) ressenties en réaction à la dégradation globale de l’environnement. La notion d’éco-anxiété a été théorisée en 1996 par Véronique Lapaige, médecin et chercheuse belge.

Elle est souvent confondue avec la « solastalgie ». Alice Desbiolles médecin de santé publique et auteure de L’eco-anxiété : vivre sereinement dans un monde abîmé, tient à préciser : « L’éco-anxiété est anticipatoire et « eschatologique » (liée à la fin du monde). La solastalgie est davantage tournée vers le présent ou le passé : c’est la nostalgie d’une nature menacée de disparaître. »

Thierry, 48 ans, a récemment ressenti les effets de l’éco-anxiété. « Cet été, entre les inondations catastrophiques, les incendies géants et après un an et demi de pandémie, je me suis senti pris de panique à l’idée que c’est dans ce monde-là que nous allions vivre désormais. J’en suis venu à regretter d’avoir fait des enfants. Ma femme m’a fait remarquer que « ça tournait à l’obsession ». » C’est en lisant des articles sur l’éco-anxiété qu’il a pu mettre un mot sur son malaise, et découvrir qu’il n’était pas le seul éco-anxieux.

L’éco-anxiété est-elle une maladie psy ?

Ce n’est pas une pathologie. Pour Alice Desbiolles, c’est plutôt « une réaction adaptative, normale face à une prise de conscience des enjeux environnementaux ». Néanmoins, si les pensées anxieuses commencent à générer des troubles qui invalident la vie personnelle et professionnelle (insomnies, ruminations, perte de plaisir) et que la souffrance morale devient trop importante, il convient de consulter un médecin.

« Cet aspect pathologique n’est pas le plus fréquent, souligne la médecin. Il apparaît quand la personne est débordée par ses émotions. » Le risque est que l’éco-anxiété se transforme en dépression.

Qui touche-t-elle ?

Phénomène conceptualisé récemment, l’éco-anxiété n’est pas encore chiffrée précisément et peut toucher tout le monde. Mais les jeunes semblent y être plus sensibles. En France, plus de 90 % des 18-24 ans se disent préoccupés par le réchauffement climatique, contre 85 % dans la population générale, selon un sondage Ifop. Un récent sondage mené auprès de 10 000 jeunes dans dix pays, révèle que 75 % des 16-25 ans jugent l’avenir effrayant.

45 % affirment même que l’anxiété climatique affecte leur vie quotidienne de manière négative. Les plus touchés sont ceux qui vivent dans des pays du Sud, concrètement déjà très impactés par le changement climatique.

Comment sortir de l’éco-anxiété ?

  • En parler

« C’est un sujet qui peut beaucoup isoler, explique Charline Schmerber, psychothérapeute spécialisée dans l’éco-anxiété et la solastalgie. Pour les personnes que j’accompagne, souvent, c’est difficile d’en parler avec leur conjoint, avec la famille, parce qu’on passe pour le Cassandre, le porteur de mauvaises nouvelles. » Rejoindre une association, un forum ou des réseaux de personnes concernées par le sujet peut faire du bien.

Si un jeune ado ou un enfant semble très perturbé par les changements environnementaux, Véronique Lapaige, la chercheuse belge, conseille de ne surtout pas faire de ses émotions un problème de santé mentale. « Il faut les laisser respirer, éviter de répéter en boucle à quel point notre monde est voué à une fin terrible ».

  • Agir

« Ce qui permet de mieux vivre avec l’éco-anxiété, c’est de se sentir utile », indique Charline Schmelcher. Elle suggère de commencer par « faire sa transition écologique au quotidien  », en accordant son mode de vie avec ses valeurs.

Certains choisissent de s’engager collectivement, comme Thierry qui a rejoint une Amap (Association pour le maintien de la culture paysanne) et dit maintenant « avoir l’impression de faire sa part et se sentir moins impuissant ». L’action aide à sortir de l’émotion paralysante.

  • Éviter la boulimie d’informations

« Une fois qu’on est éco-anxieux, et donc conscient des problèmes, continuer à ingurgiter des infos anxiogènes n’est plus positif, insiste Alice Desbiolles. Se couper des constats et se tourner vers les solutions, voici ce qu’on peut mettre en place ».

Elle invite à se déconnecter des réseaux sociaux – « notre cerveau n’est pas fait pour cumuler autant d’informations » – pour se reconnecter au vivant, à la nature.

  • Passer du temps dans la nature

Aller marcher dans une forêt, ou simplement passer du temps dans un parc en ville, jardiner si on le peut… Les bienfaits de la nature sur l’anxiété sont prouvés : moins de colère, de fatigue, de tristesse et troubles de l’attention.

Une étude britannique de Natural England montre que passer au moins deux heures par semaine dans un milieu naturel favorise le bien-être et contribue à une meilleure santé mentale.

Pour aller plus loin :

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Getty Images

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