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Ces associations qui proposent un autre regard sur les réfugiés

De l’artisanat à la cuisine en passant par les cours de langue ou l’entrepreneuriat, les initiatives qui mettent en valeur les compétences et le potentiel des réfugiés se multiplient. Une façon de casser les clichés sur les migrants – et de faciliter leur insertion.

Ces associations qui proposent un autre regard sur les réfugiés

Rassemblés en arc de cercle autour de la cheffe, les participants suivent avec attention ses gestes et ses conseils. Car, pour préparer le menu du jour – riz aux légumes, curry de lentilles, sambole à la noix de coco – la dizaine de cuisiniers amateurs a fort à faire. Il faut laver, couper, remuer, assaisonner, le tout sous le regard bienveillant de Sriyani, venue faire découvrir ces plats traditionnels du Sri Lanka à l’occasion d’un « atelier citoyen » organisé à Paris par un trio d’associations, dont Eat and Meet Bus. « Notre but est d’utiliser la cuisine pour créer du lien social et favoriser l’échange entre Parisiens et personnes réfugiées », explique Camille Marshall, co-fondatrice de cette structure innovante créée fin 2016.

Et ça marche. « J’aime transmettre, confie la souriante Sriyani, qui n’hésite pas à agrémenter ses recettes d’anecdotes sur la culture sri lankaise. Si on sait quelque chose, il faut le donner aux autres… » « J’ai appris plein d’astuces, comme éplucher le gingembre avec une cuillère, s’enthousiasme Jonathan, 26 ans. Mais, au-delà de la cuisine, l’atelier permet aussi de mieux connaître l’histoire d’une personne. Car elle n’est pas que réfugiée.»

Se rencontrer autour d’une passion commune

Depuis quelques années, de plus en plus d’initiatives s’emploient à proposer un autre regard sur les personnes migrantes, notamment en misant sur leurs compétences. Le but ? Briser les clichés sur les réfugiés, encourager les rencontres avec les « locaux » et montrer tout ce que les nouveaux arrivants peuvent apporter à leur société d’accueil.

« Bien sûr, dans le secteur des migrations, on ne peut pas se passer des acteurs traditionnels qui sont là pour répondre aux enjeux primaires, humanitaires, souligne Maëlle Briand, responsable communication de l’association Singa. Mais pour construire des modèles pérennes, il faut aussi trouver des solutions en phase avec les besoins sociétaux. »

« Faire avec plutôt que faire pour », c’est précisément la philosophie de cette structure pionnière dans l’inclusion. Depuis 2012, Singa a développé tout un écosystème favorisant le vivre-ensemble et l’égalité des chances, à l’image du programme « Buddy ». Celui-ci permet de constituer un binôme entre une personne française et une personne réfugiée qui souhaitent se retrouver autour d’une passion commune (pratique d’un sport, visites d’exposition…) « Les nouveaux arrivants ont besoin de rencontrer des gens qui ne sont pas forcément payés pour les accompagner, explique la porte-parole. Et des études montrent que les Français aussi ont envie de mieux connaître ceux qui viennent d’ailleurs. »

À travers son incubateur et accélérateur Finkela, Singa donne aussi un coup de pouce aux démarches qui valorisent les migrations. 70 projets ont déjà été soutenus, dans des domaines aussi divers que le design, la mode ou le journalisme. « C’est grâce à la diversité de cultures qu’on peut construire une société riche économiquement et socialement », insiste Maëlle Briand.

Quand les réfugiés deviennent enseignants

« Ce qui me frappe, c’est que nous, en tant qu’Européens, nous soyons considérés comme des expatriés et favorisés dans nos parcours professionnels à l’étranger, alors que des personnes qui viennent de Syrie ou du Soudan ne bénéficient pas du tout de la même reconnaissance », déplore Hélène Ramajo, présidente de l’association Causons, qui entend elle aussi casser les codes en « inversant les rôles ».

La structure propose en effet à ceux qui le désirent de prendre des leçons d’arabe, de persan et de russe sous la houlette d’un professeur natif. Trente enseignants réfugiés, désireux de partager leur langue et leur culture, ont ainsi été formés par l’association pour dispenser des cours collectifs et particuliers. Et les bénéfices se ressentent de part et d’autre. « Les séances sont beaucoup axées sur la vie quotidienne et les apprenants se rendent mieux compte des similitudes entre ici et ailleurs, détaille Hélène Ramajo. Du côté des personnes réfugiées, le fait d’avoir chaque semaine face à soi des gens qui écoutent, qui s’intéressent, c’est très gratifiant !

Causons n’offre pas un emploi à plein-temps mais sert de tremplin à l’insertion sociale et professionnelle. Beaucoup de nos enseignants veulent d’ailleurs retourner vers des parcours universitaires ou des formations pour faire valoir leurs qualifications. »

Reconnecter les artisans réfugiés avec leur métier

« Souvent, on oriente les personnes réfugiées non pas vers ce qu’elles savent et aiment faire, mais là où il y a du travail… Or, trouver une place juste dans la société permet une immersion beaucoup plus durable », estime Ghaïta Tauche-Luthi, responsable communication de la Fabrique nomade. Cette association, née en janvier 2016, a pour ambition de reconnecter les artisans d’art, réfugiés, avec leur métier.

« Quand ils arrivent en France, ils sont confrontés à plusieurs freins : la barrière de la langue, la méconnaissance du marché, l’absence de réseau et un manque de confiance en soi très fort, souligne Ghaïta Tauche-Luthi. Notre mission est de les aider à réaliser que leur savoir-faire, ce n’est pas rien ! Certains ont même des compétences qui se perdent en France et qui intéressent beaucoup les professionnels. »

Pendant plusieurs mois, les artisans bénéficient d’un accompagnement pluriel, entre cours de français, visites de musées ou de boutiques et collaboration avec un designer. Ils sont également invités à animer des ateliers pour le grand public. « La dizaine d’artisans qui sont passés par la Fabrique en ont été métamorphosés, assure Ghaïta Tauche-Luthi. Ils sont beaucoup plus libres, plus autonomes. Notre céramiste chinois nous disait par exemple qu’avant, il avait tout le temps peur quand il marchait dans la rue… Savoir qu’il a gagné cette confiance grâce à nous, c’est énorme. »

Pour en savoir plus :

Eat and Meet Bus, l’intégration par la cuisine
L’association, qui travaille avec trois chefs à l’heure actuelle mais cherche à faire d’autres rencontres, organise régulièrement des ateliers à Paris ou proche banlieue. Les informations sont à retrouver sur leur page Facebook.

Singa, « faire avec plutôt que faire pour »
Présente dans 10 villes en France, 8 villes d’Europe et même à Montréal, Singa compte environ 25 000 membres, dont 5 000 à Paris. L’association a développé plusieurs outils pour encourager l’entrepreneuriat et faire se rencontrer « locaux » et nouveaux arrivants, dont le programme « Buddy ». Celui-ci bénéficiera bientôt d’une plateforme dédiée : https://singa.io/.

Causons, quand les personnes réfugiées deviennent enseignantes
Outre les cours de langue, l’association (qui est implantée à Paris mais espère ouvrir prochainement des antennes à Lyon, Toulouse et dans d’autres villes de France) propose des activités culturelles (autour de la littérature, de la danse, de la musique…) gratuites et ouvertes à tous.

La Fabrique nomade, favoriser l’insertion professionnelle des artisans réfugiés
La quatrième promotion d’artisans (qui compte dix personnes) intègre les locaux de l’association, situés dans le 12e arrondissement de Paris, en avril 2019. Ils seront accompagnés pendant 9 mois. Différents ateliers (tissage, vannerie, couture, céramique…) sont accessibles au grand public tout au long de l’année (dates et informations sur le site).

  • Natacha Czerwinski
  • Crédit photo : Getty Images

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