Covid-19 : une pandémie qui creuse les inégalités sociales et sanitaires

La crise sanitaire est globale et touche le monde entier. Mais, compte tenu de leur exposition au virus, de leurs conditions de vie et de leurs fragilités, les plus pauvres sont les plus durement impactés. Un nouvel accroissement des inégalités contre lequel Marie-Aleth Grard, vice-présidente d’ATD Quart Monde, lutte au sein du Conseil Scientifique Covid-19.

Covid-19 : une pandémie qui creuse les inégalités sociales et sanitaires
Marie-Aleth Grard
Marie-Aleth Grard, vice-présidente d’ATD Quart Monde. Crédit photo : DR.

Militante depuis plus de 30 ans pour ATD Quart Monde dont elle assure la vice-présidence, Marie-Aleth Grard représente le Mouvement au Conseil économique, social et environnemental (CESE). Depuis le 20 mars 2020, elle siège au Conseil Scientifique Covid-19 qui conseille l’exécutif sur la crise du coronavirus et, étudie des moyens de tempérer les conséquences psychologiques de cette pandémie.

Parmi les spécialistes (sociologue, anthropologue, immunologue, épidémiologiste…) réunis, Marie-Aleth Grard apporte sa propre expertise : la connaissance de la réalité des plus démunis.

Porter la parole de ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté

Quel est le rôle du Conseil Scientifique Covid-19 et comment travaille-t-il ?

Marie-Aleth Grard : C’est, comme son nom l’indique, un conseil de scientifiques qui permet au gouvernement de disposer des dernières informations scientifiques pour l’aider dans ses décisions. Il donne des avis sur l’état de la crise sanitaire et les mesures envisagées pour y faire face.

Concrètement, nous avons une à deux conférences téléphoniques quotidiennes où nous débattons autour d’un ordre du jour. Nous travaillons de manière très collégiale et entendons les autres agences (Haute Autorité de Santé, Santé publique France…) qui apportent leur propre éclairage à l’exécutif. Régulièrement, le Conseil publie des avis publics et il est en lien permanent avec le président de la République et le premier ministre.

Pourquoi avoir rejoint le Conseil Scientifique Covid-19 ?

M-A. G. : Mon nom a été proposé par le président du Sénat. Celui-ci pensait qu’on ne réglerait pas cette crise sanitaire à coups d’amendes et qu’il fallait que le vécu des plus démunis soit connu au sommet de l’État. J’y siège pour amener la parole des plus de 9 millions de personnes qui, dans ce pays, vivent sous le seuil de pauvreté et que l’on n’entend pas. J’apporte ma connaissance de la réalité de la grande pauvreté et l’expérience du terrain que je partage avec d’autres associations qui s’occupent notamment des personnes à la rue.

Les plus démunis plus exposés au Covid-19

En quoi ces populations ont-elles été davantage exposées à la crise sanitaire ?

M-A. G. : On vit le confinement plus difficilement quand on vit dans la rue ou que l’on est mal logé. Le pays compte 4 millions de mal logés et 12 millions de personnes subissant la crise du logement. Et malgré la mise en place d’un hébergement prioritaire pour 12 000 personnes, chaque jour 2 000 autres ne trouvent pas de solution auprès du 115 à Paris.

Mal logées, ces familles sont également plus exposées au risque sanitaire compte tenu de comorbidités plus fréquentes (hypertension, diabète, obésité, asthme sévère, maladies cardiovasculaires et pulmonaires chroniques) qui entraînent généralement le développement de formes plus sévères de Covid-19.

L’impact économique a-t-il lui aussi été plus important ?

M-A. G. : Ceux qui occupaient un emploi précaire l’ont parfois perdu et avec, une partie de leurs ressources alors qu’ils étaient contraints de s’approvisionner dans les commerces de proximité dont les prix sont souvent beaucoup plus élevés. Certains ont donc rencontré de véritables difficultés pour se nourrir. Durant cette période, les distributions alimentaires ont d’ailleurs enregistré une forte augmentation de la demande.

Par ailleurs, ces familles n’ont souvent pas d’accès à internet et utilisent des cartes prépayées pour téléphoner. Elles se trouvent plus rapidement coupées des services publics, pourtant indispensables (CAF, Pôle Emploi…), quand ceux-ci restreignent l’accès physique.

Des inégalités aussi dans l’accès à l’école

Les inégalités se sont-elles creusées aussi sur le plan de l’éducation ?

M-A. G. : Tout miser sur le numérique a exclu, de fait, les 1,2 million d’enfants vivant dans la grande pauvreté (3 millions vivant dans des familles sous le seuil de pauvreté). On a fait comme si la continuité pédagogique allait de soi. Or, c’est loin d’être le cas, en particulier, pour ces familles.

Au-delà des nouvelles technologies auxquelles tous n’ont pas accès, ces parents-là en particulier n’ont pas toutes les clés et ils ont souvent peur de ne pas bien faire, de se tromper. Certains enseignants, sachant que ces enfants avaient peu accès au numérique, ont eu recours au papier et se sont démenés pour appeler les familles. Mais faute d’incitations, cela n’a malheureusement pas été généralisé, laissant des enfants sans aucune ressource pour travailler à la maison.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Yann Cabaret

journaliste spécialisé dans les sujets de société et de protection sociale (solidarité, environnement, retraite, chômage, assurances...).

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