De nouvelles formes d’engagement au service de la solidarité

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Les mutations sociales et environnementales ont fait apparaître de nouvelles façons de s’engager. Des initiatives citoyennes, qui répondent à des problématiques précises, avec pragmatisme et efficacité. Présentation de quelques-unes de ces nouvelles voix de la solidarité.

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Vous aussi, vous avez envie de vous engager ? Mais comment celles et ceux qui ont franchi le pas sont-ils passés à l’action ? Quels sont aujourd’hui les ressorts de l’engagement et les différentes manières d’agir en faveur de la solidarité ? Pour répondre à ces questions, Essentiel Santé Magazine a organisé une Agora mutualiste sur le thème « Solidarité : existe-t-il de nouvelles façons de s’engager aujourd’hui ? », le jeudi 21 octobre 2021 à Paris.

Les personnes invitées à témoigner étaient en fait les héroïnes de notre podcast Les Nouvelles Voix de la Solidarité : Nolwenn Febvre de l’association Les P’tits doudous, Elise et Anne Faivre de la chaîne YouTube Diab’Aide, Diariata N’Diaye de l’association Resonantes, Charlotte Mahr de la plateforme Web myCharlotte et Tara Heuzé-Sarmini de l’association Règles Elémentaires. Elles sont venues y raconter leur histoire, décrire les mécanismes de leur engagement, partager les doutes et les espoirs qui ont accompagné la mise en route de leur initiative.

Elles étaient accompagnées de Stewart Chau, consultant et responsable des études politiques et sociétales de l’institut de sondage ViaVoice, venu apporter un éclairage complémentaire sur les nouvelles dynamiques de l’engagement solidaire.

Les nouvelles formes d’engagement ont des origines multiples

À la manière dont nos invitées présentent leur engagement, on comprend que chacun d’entre eux est le fruit d’un parcours spécifique. Diariata N’Diaye a créé en 2015 l’association Resonantes puis l’application App-Elles, qui lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes. Artiste slameuse, son engagement a d’abord pris la forme d’un spectacle qu’elle a écrit sur cette problématique. « Je l’ai fait presque pour moi. Puis, sans trop savoir où j’allais, j’ai été happée par le sujet. »

Anne et Elise Faivre ont quant à elles identifié un manque, sur les réseaux sociaux qu’elles utilisaient. « Nous passions beaucoup de temps sur YouTube, et nous avons constaté qu’on pouvait y apprendre beaucoup de choses : jouer d’un instrument de musique, se maquiller, cuisiner… mais il n’y avait rien sur le diabète » se souviennent-elles. Les deux sœurs, elles-mêmes diabétiques de type 1, lancent alors leur chaîne Diab’Aide, pour informer les malades et le grand public sur cette pathologie.

Mais l’origine d’une action solidaire peut aussi venir des autres, comme dans le cas de Tara Heuzé-Sarmini. « En Angleterre, j’ai été sollicitée pour une collecte de produits d’hygiène intime à destination de femmes sans-abri. N’ayant jamais été sollicitée sur ce sujet en France, j’ai interrogé les professionnels de santé, les acteurs de la lutte contre la précarité et l’exclusion, qui m’ont expliqué que les besoins étaient énormes. » De cette prise de conscience est née Règles Elémentaires, une association qui combat la précarité menstruelle et qui a déjà redistribué à ce jour plus de 10 millions de produits d’hygiène.

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Cette conférence-débat était retransmise en direct sur la page Facebook d’Essentiel Santé Magazine. A revoir ici : https://fb.watch/8OsQyCS_NX/. Crédit photo : SEB LEBAN

L’action est aussi une solution pour faire face aux difficultés

« Je me suis dit : soit je m’en vais, soit j’essaie d’améliorer un peu le système », explique Nolwenn Febvre, infirmière anesthésiste au CHU de Rennes. Face à la détresse des enfants arrivant dans son service avant une opération chirurgicale, elle a ressenti le besoin d’agir pour améliorer leur bien-être. « On se dit qu’on ne peut pas changer le monde, mais qu’une première action est possible », se souvient Nolwenn Febvre, qui aura d’abord l’idée d’offrir des doudous aux enfants.

L’association Les P’tits doudous, née de cette initiative, ira ensuite plus loin en imaginant un jeu vidéo qui permet à l’enfant, depuis une tablette numérique, de devenir acteur de son arrivée au bloc opératoire. Aujourd’hui, il existe une centaine d’associations Les P’tits doudous en France. « Il faut oser se lancer. On n’a rien à perdre, on ne peut qu’améliorer les choses », défend Nolwenn Febvre.

Charlotte Mahr, elle, se souvient d’un « arrêt sur image » suite à la récidive de son cancer du sein. « J’ai réfléchi à ce que je pouvais faire. Je me suis entourée, j’ai mis en place des activités qui m’aidaient au quotidien, et m’ont permis de mieux vivre ce deuxième cancer. » En prenant conscience de l’importance des soins de support dans le parcours du malade, lui vient l’idée de faire profiter les autres de son expérience. Avec son mari, Grégoire, elle crée alors myCharlotte, une application d’accompagnement aux personnes atteintes de cancer.

Le numérique, support indispensable des nouvelles formes d’engagement

Omniprésent dans les initiatives des héroïnes du podcast Les Nouvelles Voix de la Solidarité, le numérique est-il devenu incontournable aujourd’hui ? Pour Diariata N’Diaye, il représente le moyen le plus efficace pour atteindre sa cible, les 18-24 ans. « On ne peut pas se passer du numérique. Tout le monde à un téléphone, c’est logique de passer par lui », explique-t-elle. « C’est notre monde, approuve Nolwenn Febvre. Le numérique offre des outils très puissants ».

Pour Charlotte Mahr, il ne peut pas se substituer pour autant au monde réel. « Le digital vient soutenir un accompagnement humain » précise-t-elle. Mais le recours à ces outils ne va pas forcément de soi, lorsque l’on n’est pas un expert. « En montant notre projet, on se découvre de nouvelles compétences, tout en comprenant qu’il y a encore beaucoup à faire », raconte Elise Faivre de la chaîne YouTube Diab’Aide. « Il a fallu tout apprendre et s’appuyer sur d’autres personnes. Mon mari s’est par exemple formé au code. » se souvient Charlotte Mahr.

Pour Tara Heuzé-Sarmini, le défi du numérique est plus facile à relever qu’on ne le croit. « Le digital faisant partie de nos vies, il n’est pas très compliqué de se former ou de bien s’entourer. » Ce pas vers le numérique était indispensable à la réussite des P’tits doudous, pour Nolwenn Febvre. « C’est aussi l’univers quotidien des enfants. Il fallait leur proposer un outil qui leur parle, c’est pourquoi on a choisi de créer un jeu vidéo. »

Stewart Chau
Stewart Chau, consultant au sein de l’institut de sondage ViaVoice, est intervenu lors de cette Agora pour apporter son expertise sur les évolutions de l’engagement. Crédit photo : SEB LEBAN.

Vie professionnelle, vie personnelle et engagement sont aujourd’hui étroitement liés

« En cherchant à concilier les temps professionnels et personnels, nous avons construit des temps assez hermétiques, qui ne doivent pas se croiser. Or, les intervenantes qui témoignent racontent toute une réconciliation entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle en réalité, analyse Stewart Chau, responsable des études politiques chez ViaVoice. C’est une grande force de l’engagement d’aujourd’hui. Et les entreprises doivent l’accompagner. »

Ces nouvelles formes d’engagement demandent aussi de la souplesse, selon Charlotte Mahr, de myCharlotte. « L’engagement, c’est un équilibre. Et par définition, un équilibre, c’est mouvant, donc on le redéfinit régulièrement. »

Tara Heuzé-Sarmini, fondatrice de Règles Elémentaires, ne croit pas non plus au compartimentage des temps de vie. « Être engagée, ce n’est pas une casquette qu’on met entre le travail et la vie perso. Cela fait partie de ma personnalité, c’est un tout : je suis engagée au travail, dans mon association, dans ma famille… »

  • Solal Duchêne
  • Crédit photo : SEB LEBAN

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