Ces « défricheurs » qui font bouger la France

Entrepreneurs sociaux ou responsables associatifs, ils trouvent des solutions concrètes aux maux de notre société. Portraits de citoyens qui innovent.

Ces « défricheurs » qui font bouger la France

MAÏTA DUBOIS – Elle soigne les exclus du système de santé

Maita DuboisNe lui dîtes pas qu’elle a de quoi être fière, c’est une notion qui lui est étrangère. Maïta Dubois ne voit pas les choses ainsi. En 1996, lorsque cette infirmière crée – avec trois généralistes – l’association Médecins Solidarité Lille, c’est simplement parce que l’antenne de Médecins Sans Frontières de la ville vient de fermer. Et qu’elle ne peut accepter que des centaines de personnes n’aient plus de recours pour se soigner.

Depuis, l’association a fait du chemin, et la preuve de son utilité. Du lundi au vendredi, bien avant l’ouverture, ils sont nombreux à faire la queue devant son local, en espérant une consultation. Des étrangers en attente de papiers, des sans-domicile fixe aux prises avec une addiction, des jeunes en errance partis de chez eux sans leur carte Vitale… et même ceux qui disposent d’une couverture sociale, mais ne peuvent avancer les frais. 3 000 personnes en tout, rien que l’année dernière, soignées gratuitement par une équipe de 35 bénévoles et 6 salariés : médecins généralistes, spécialistes, chirurgiens-dentistes, infirmières, psychiatres… Et des assistantes sociales qui informent les patients sur leurs droits et les aident à revenir dans le système de soins traditionnel. Médecins Solidarité Lille s’est également doté d’un bus, en 2008, et se rend depuis dans les camps de Roms.

Mère de 5 enfants, sa présidente ne regrette pas tout le temps passé à s’occuper des sans-droits, venus chercher un peu plus que des soins, du réconfort aussi. Fière non, mais passionnée ça oui.

 

SAÏD HAMMOUCHE – Le chasseur de têtes des quartiers

Said HammoucheIl a de l’assurance dans la voix et le discours convaincant. Pas étonnant qu’en seulement quelques années, Saïd Hammouche ait réussi un véritable exploit. Celui de ramener vers l’emploi près de 2 500 jeunes diplômés des quartiers populaires, qui collectionnaient jusque-là les lettres de refus. Celui qui a grandi et vit toujours en Seine-Saint-Denis ne connaît que trop bien les discriminations à l’embauche auxquelles on peut être confronté quand on habite en banlieue. Mais il refuse cette fatalité et veut faire bouger les choses. En 2007, il crée Mozaïk RH. Un cabinet de recrutement et de conseil en ressources humaines spécialisé dans la promotion de l’égalité des chances et de la diversité. À but non lucratif, qui plus est, parce qu’on peut très bien s’investir sans vouloir faire du profit à tout prix.

Sa méthode : aller chercher les offres à la source, en rencontrant les entreprises qui ont de réels besoins et les inciter à faire preuve d’imagination. Puis sonder son vivier de talents (une base de plus de 100 000 CV collectés là encore sur le terrain) et préparer au mieux les candidats grâce à des simulations d’entretien.
Aujourd’hui, son cabinet de recrutement associatif emploie 23 personnes et dispose de deux antennes, à Paris et à Lyon. Et plusieurs autres sont en projet en province et en Ile-de-France, afin d’étendre son action. Car son directeur général en est sûr : dans les quartiers, il n’y a pas que des problèmes, mais aussi beaucoup de jeunes qui ont envie de réussir.

 

GAELE REGNAULT – Elle met le numérique au service des enfants autistes

Gaele RegnaultC’est un événement personnel qui a conduit cette cadre supérieure à changer de vie. Lorsque son fils cadet est diagnostiqué « autiste de Kanner », une forme sévère, Gaele Regnault met sa brillante carrière de responsable marketing et de directrice de projets entre parenthèses. Et en cherchant pour lui des solutions d’apprentissage, elle se rend vite compte qu’il en existe peu pour les enfants atteints de ce trouble, encore moins utilisant les nouvelles technologies. Alors pourquoi ne pas les inventer ?

En 2012, elle lance LearnEnjoy, une entreprise sociale qui propose des applications ludiques et pédagogiques pour tablettes numériques. Avec des activités adaptées à l’autisme, qui permettent d’acquérir des compétences de façon progressive et encouragent les petites victoires comme les vraies réussites. Autre particularité : ces applications sont mises au point en collaboration avec des parents, des psychologues spécialisés et d’autres professionnels (orthophonistes et psychomotriciens notamment).

Disponibles en cinq langues sur les plateformes de téléchargement, elles sont utilisées aujourd’hui par environ 30 000 personnes (familles, professionnels, établissements scolaires ou centres médico-sociaux). Pas seulement pour des enfants autistes d’ailleurs, mais également pour ceux atteints d’autres troubles du développement, y compris des adultes. Une chance, pour tous ceux que Gaele Regnault qualifient « d’extra-ordinaires », de connaître eux aussi la joie d’apprendre.

 

JEAN-LOUIS KIEHL – Le défenseur des surendettés

Jean-Louis KiehlC’est un habitué des défis. À 14 ans, Jean-Louis Kiehl quitte l’école, contraint de travailler. Mais quelques années plus tard, il obtient un DEA en droit des contentieux à l’université de Strasbourg, grâce à des cours du soir. Un diplôme qui lui permet de décrocher un poste de délégué du Médiateur de la République. Et une expérience qui le confronte à la dure réalité que vivent de nombreux ménages, celle du surendettement. Il devient alors bénévole pour l’association CRÉSUS* Alsace, puis son directeur général. Entre-temps, d’autres antennes sont nées dans le reste de la France et une fédération nationale voit le jour, dont Jean-Louis Kiehl est président depuis 2009.

Son action est double : à la fois accompagner les familles surendettées pour les aider à s’en sortir et faire de la prévention pour que d’autres ne connaissent pas la même situation. Pour cela, la fédération ne cesse d’innover. Elle a notamment créé une plateforme, en collaboration avec les organismes de crédit, afin de repérer les ménages qui pourraient basculer. Ou encore un plateau de jeu pour apprendre en s’amusant à maîtriser son budget et une radio en ligne pour apporter conseils et soutien.

Depuis toujours, CRÉSUS milite également pour la mise en place d’un registre national des crédits, afin qu’une même personne ne puisse en contracter plusieurs sans qu’à un moment donné on lui dise stop. Comme il en existe déjà dans d’autres pays. Un combat de plus pour Jean-Louis Kiehl.

* CRÉSUS pour Chambre régionale du surendettement social.

 

Pour en savoir plus

  • Le local de l’association Médecins Solidarité Lille est situé au 4 boulevard de Belfort à Lille (déménagement en septembre 2015), tél. : 03 20 49 04 77.
  • Le siège de Mozaïk RH, cabinet de recrutement dédié à la diversité, se trouve au 23 rue Yves Toudic, à Paris 10e, tél. : 01 80 05 96 50.
  • Les applications pour tablettes de LearnEnjoy sont disponibles sur les plateformes de téléchargement, avec trois niveaux de difficultés.
  • La Fédération CRÉSUS regroupe 25 associations en France. Contact : 17-19-25 rue de Lausanne, 67064 Strasbourg BP 8 CEDEX, tél. : 03 90 22 11 34.
  • « Les défricheurs : voyage dans la France qui innove vraiment », un livre d’Éric Dupin, publié aux éditions La Découverte en septembre 2014.
  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : Photo-PQR/Voix du Nord – DR Mozaïk RH – Ashoska – DR Crésus

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