Don de lait maternel : un geste généreux au service des bébés prématurés

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Encore largement méconnu, le don de lait maternel (encadré par les lactariums) est pourtant indispensable. Il permet en effet de sauver la vie des nouveau-nés les plus fragiles.

lait maternel

Pourquoi le don de lait maternel est-il important ?

Le lait maternel est reconnu comme étant extrêmement bénéfique pour la santé et le développement des nouveau-nés les plus vulnérables. Il est même vital pour les prématurés de moins de 37 semaines, et encore davantage pour ceux nés à moins de 32 semaines. « Les bébés prématurés ne peuvent boire que du lait maternel car leur système digestif, notamment, est trop immature pour tolérer les préparations infantiles », explique le Dr Delphine Lamireau, pédiatre et responsable des deux lactariums (voir encadré) du CHU de Bordeaux (sites de Bordeaux et de Marmande).

Or, « pour plusieurs raisons (problème médical, difficulté à mettre en route leur lactation…), les mamans qui viennent d’avoir un bébé prématuré n’ont pas forcément de lait, sans compter que certaines d’entre elles ne peuvent pas toujours être présentes auprès de leur enfant en réanimation néonatale, poursuit le Dr Lamireau. C’est pour cela que nous faisons appel à des donneuses. »

C’est en constatant son fort « potentiel de lactation » après la naissance de son premier enfant que Tania Nunes da Silva s’est intéressée au don de lait maternel. « Qui plus est, comme mon fils régurgitait, j’étais obligée de tirer mon lait et de le jeter afin que le débit soit moins puissant, raconte cette aide-soignante/auxiliaire de puériculture de 33 ans, aujourd’hui maman de trois enfants âgés de 6 ans, 2 ans et 3 mois. Ce gaspillage me faisait mal au cœur, alors je me suis renseignée pour savoir comment donner mon lait. »

La jeune maman a ensuite réitéré cette démarche généreuse après ses deux autres accouchements. « C’est une fierté d’aider des bébés qui en ont besoin et de contribuer à quelque chose de bien », sourit Tania, qui donne actuellement environ 1,6 litre de lait par semaine.

Quelles sont les conditions pour donner son lait ?

« La plupart des femmes qui viennent d’avoir un bébé et qui sont à l’aise dans leur allaitement peuvent donner, souligne le Dr Delphine Lamireau. Il y a toutefois quelques contre-indications : la consommation de tabac, de drogue et d’alcool ainsi que la prise de certains médicaments. Les mamans qui ont été transfusées en produits sanguins labiles (globules rouges, plaquettes, plasma) ne sont pas non plus autorisées à donner. »

Chaque donneuse doit remplir un questionnaire médical, qui sera validé par un médecin ou une sage-femme. Un dépistage sérologique est également pratiqué lors du premier don à partir d’une prise de sang de la maman, et renouvelé tous les trois mois. Celui-ci sert à éliminer tout risque d’infection aux hépatites B et C ainsi qu’aux virus HIV et HTLV (rétrovirus infectant les globules blancs du sang et pouvant causer divers cancers comme des leucémies et des lymphomes). L’ensemble du dossier sera ensuite validé par le médecin responsable du lactarium.

« La maman donneuse ne signe aucun engagement, ni par rapport à une durée ni à une quantité, même si un don minimum de 400 ml est requis afin que le processus ne soit pas trop coûteux pour le lactarium », indique le Dr Lamireau.

La spécialiste précise également qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un surplus de lait pour faire un don. « Plus on allaite, plus on exprime de lait, rappelle la pédiatre. Donc, une maman qui a un allaitement bien installé peut facilement avoir un biberon de 200 ml en plus par jour, et il n’y a aucun risque qu’elle manque de lait pour son propre bébé. »

À noter qu’il est impératif d’avoir un congélateur chez soi pour pouvoir se lancer dans le processus de don.

Comment faire un don de lait maternel ?

Si vous voulez effectuer un don, commencez par prendre contact avec le lactarium le plus proche de chez vous. Le site de l’Association des lactariums de France répertorie toutes les banques de lait du pays. Les responsables vous expliqueront, en détail, quelle est la procédure à suivre (celle-ci peut légèrement différer d’un établissement à un autre).

À la différence du don de sang, le recueil de lait maternel se fait à domicile, par la mère elle-même, qui devra ensuite placer les biberons au congélateur en attendant qu’un collecteur ou une collectrice vienne les récupérer (la fréquence de passage est variable selon la zone géographique et la capacité de stockage de la donneuse).

Pour aider les mamans dans leur don, les lactariums mettent en général du matériel à leur disposition, notamment des biberons de collecte stériles à usage unique.

Afin de ne pas contaminer leur lait, les donneuses doivent respecter quelques règles d’hygiène de base : bien se laver les mains et les essuyer avec un essuie-tout à usage unique et tirer leur lait dans un endroit propre. Le matériel utilisé pour le recueil (téterelles et tubulures*, coquilles, tire-lait manuel) doit aussi être systématiquement dégraissé avec de l’eau chaude et du liquide vaisselle, rincé puis stérilisé. « Au début, on se dit qu’il y a beaucoup de consignes mais au final, ça se fait très facilement car ce sont des mesures de bon sens, fait remarquer Tania Nunes da Silva. Personnellement, je tire mon lait pour la collecte un peu avant de faire téter mon bébé et ce n’est absolument pas une contrainte ! »

Que devient le lait maternel une fois collecté ?

Dans les lactariums, le lait fourni par les mamans donneuses est analysé puis pasteurisé à 62,5 °C pendant 30 minutes, ce qui vise à éliminer bactéries, champignons et virus. Une fois traité et recongelé, ce lait – devenu anonyme – peut être conservé huit mois.

Le lactarium de Marmande, le plus grand de France (quelque 16 000 litres de lait y sont collectés chaque année), est aussi le seul à pouvoir transformer, après pasteurisation, le lait maternel en poudre sèche. Ce processus de lyophilisation facilite le transport et permet une conservation prolongée de 18 mois à température ambiante. À noter que ce lait lyophilisé est destiné exclusivement aux services de néonatologie des DOM-TOM.

*La téterelle est la partie en forme d’entonnoir du tire-lait, qui épouse la forme du sein et du mamelon. La tubulure est un tuyau de petit diamètre qui permet de raccorder le tire-lait électrique au set de pompage.

Lactariums, mode d’emploi

Il existe 35 lactariums en France, répartis sur tout le territoire national. Ces structures, qui dépendent des hôpitaux, sont de deux types. Les lactariums « à usage interne » prennent uniquement en charge le lait des mères destiné à leur propre enfant hospitalisé dans l’établissement. Les lactariums « à usage interne et externe », quant à eux, gèrent à la fois les dons personnalisés et les dons anonymes.

Ces banques de lait maternel collectent environ 80 000 litres de lait par an. Celui-ci est quasiment exclusivement destiné aux bébés prématurés. Dans de rares cas, certains enfants présentant des pathologies digestives, cardiaques ou rénales peuvent également en bénéficier.

Attention : seuls ces lactariums (dont la mission est également de promouvoir l’allaitement et d’accompagner les mères et leur nouveau-né), sont habilités à recueillir, traiter, conserver et distribuer du lait humain, qui est un produit de santé délivré sur prescription médicale (et remboursé à 100 % par la Sécurité sociale). Les dons directs de lait d’une mère à un bébé autre que le sien sont interdits en raison du potentiel risque infectieux.

 

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Natacha Czerwinski

journaliste spécialisée dans les sujets de société (éducation, famille, environnement, initiatives positives...).

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