Handicap : comment un FabLab a révélé les talents de Nicolas Pousset

Nicolas Pousset a découvert en 2017 MyHumanKit, le FabLab dédié à l’innovation dans le champ du handicap à Rennes. Lui-même tétraplégique, mais surtout porté par sa curiosité et l’envie de rendre accessible à tous des aides techniques, il se lance dans un projet ambitieux : la fabrication d’un bras robotisé. Par là même, il se découvre un talent naturel pour la coordination de projet.

Handicap : comment un FabLab a révélé les talents de Nicolas Pousset

C’est entouré d’appareils et de câbles en tout genre que Nicolas Pousset nous apparaît dans la fenêtre vidéo de l’application Skype, utilisée pour notre rendez-vous. Ce mode de conversation vidéo colle parfaitement avec le personnage, féru d’électronique et d’informatique, mais aussi bidouilleur de l’atelier de fabrication numérique MyHumanKit à Rennes, consacré à l’innovation d’aides techniques dans le champ du handicap. Pourtant, il y a encore trois ans, le trentenaire, tétraplégique, ne connaissait pas l’existence de ces FabLabs, qui se développent aux quatre coins de la planète.

À l’époque, il cherchait un appareil qui puisse soutenir son bras gauche dans son fauteuil roulant, dans une position plus confortable. Il en existe bien dans le commerce. Mais ces aides techniques coûtent très cher (entre 500 et 10 000 euros selon les modèles et leur fonctionnement, mécanique ou électrique) et elles ne sont pas adaptées à chacun. Il décide alors de la fabriquer lui-même, à l’aide des plans open source (libres de droits) qu’il trouve sur Internet. Puisqu’il n’a pas les outils ni le matériel nécessaires pour cela, une amie lui conseille de se rendre au FabLab MyHumanKit de Rennes. L’aventure commence.

L’envie d’aider les autres

Au printemps 2017, il franchit les portes de l’atelier pour la première fois. En quelques séances, il fabrique un premier prototype avec l’aide des « makers » du lieu, des bricoleurs passionnés qui créent et fabriquent des objets et dispositifs innovants, sans brevets. Deux mois plus tard, un deuxième, plus adapté et plus solide, voit le jour. « Depuis deux ans, je l’utilise toujours quand je sors », nous témoigne-t-il. En suivant la philosophie de ces ateliers de fabrication numérique, la petite équipe documente le prototype et met en ligne les plans de fabrication, « espérant que cela pourra servir à d’autres ».

Piqué par le virus du FabLab, animé par l’envie de toujours apprendre de nouvelles choses et de faire des rencontres, Nicolas Pousset devient un membre actif de MyHumanKit. En plus de participer aux projets des autres makers, il initie celui de fabriquer un bras robotisé, qui, accroché à son fauteuil, « pourra aller chercher des objets et les lui apporter ». Et pour un coût, encore une fois, beaucoup moins élevé que ceux vendus dans le commerce. « Il y a beaucoup de demandes dans le monde (Inde, États-Unis…) pour ce type d’appareils qui améliore le quotidien », souligne le Rennais.

Cet ambitieux projet technologique a non seulement été rejoint par des makers du monde entier mais est soutenu par deux start-up. Orthopus et Armstrong Robotics financent en partie cette recherche, ce qui a permis d’embaucher un ingénieur robotique, indispensable au projet.

Nicolas est désormais un vrai chef de projet

De simple « bidouilleur » à chef de projet d’une équipe internationale d’un projet ambitieux. On peut le dire, le FabLab a transformé la vie de Nicolas Pousset. Même si, pour lui, « driver » des équipes s’est fait tout naturellement. Il se voit plutôt comme un « testeur qui fait des retours et donne des conseils », explique-t-il humblement.

Pour Hugues Aubin, cofondateur de MyHumanKit et vice-président du réseau français des FabLabs (RFFlabs), c’est bien plus que cela. « Nicolas Pousset est passé d’une aide pour poser son bras à l’équivalent d’un bras robot, grâce à des idées révolutionnaires. Il dirige son équipe, il prend des élèves en stage. On peut parler d’empowerment (amélioration de la capacité d’agir, N.D.L.R.) en l’espace de deux ans ». La reconnaissance du côté de la communauté des bidouilleurs est tout aussi manifeste. Il est régulièrement invité aux événements consacrés à l’innovation collaborative, comme la Maker faire à Paris ou la Paris Games Week.

Ce qui l’anime ? « Ce n’est pas tant s’équiper qu’aider d’autres à acquérir un petit peu plus d’autonomie », insiste-t-il. Le but, c’est de rendre accessibles des aides techniques et aussi de « s’éclater », apprendre et rencontrer des personnes de tous horizons.

  • Alexandra Luthereau
  • Crédit photo : Hugues Aubin

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