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Handicap : rencontre avec le fondateur des cafés Joyeux

Entrepreneur, Yann Bucaille Lanrezac est à l’initiative des cafés Joyeux. Ces coffee-shops où les employés sont porteurs d’un handicap mental ou de troubles cognitifs. Il en existe déjà deux en France : à Rennes et à Paris. Et d’autres sont en projet.

Handicap : rencontre avec le fondateur des cafés Joyeux

Que voulez-vous montrer à travers vos cafés Joyeux, des cafés dans lesquels les employés sont en situation de handicap ?

Yann Bucaille Lanrezac : L’objectif, c’est de montrer qu’on a tous – vous, moi, nos équipiers Joyeux – une place dans la société. À commencer par la cité, c’est-à-dire le cœur de la ville. L’idée, c’est de montrer que c’est possible dans une entreprise ordinaire, un café comme les autres, de faire de la qualité, d’être à la fois bon et beau, et que cela peut fonctionner avec des personnes en situation de handicap. Et même être rentable. Certes, la rentabilité, on ne l’atteint pas encore, mais on est sur la bonne voie.

Mon rêve, ce serait surtout qu’il y ait des serveurs « joyeux » dans tous les cafés, et non pas qu’ici. Mais pour cela, il faut que la société dépasse ses peurs. Je me souviens d’un client qui m’a confié être entré par hasard dans notre café de Rennes, sans savoir qui nous étions. Dès qu’il a compris, il en est aussitôt ressorti, apeuré. Puis il est finalement revenu, quelques jours plus tard. Il a dit qu’il regrettait son geste, que sa mauvaise réaction l’avait empêché de dormir. Si nos cafés servent à faire changer ne serait-ce qu’une personne, alors le pari est réussi.

 

Handicap - Ce café qui rend EN VIDÉO : Handicap : ce café qui rend « joyeux »

Découvrez notre reportage en images au café Joyeux de Rennes.

 

 

Comment est née l’idée de créer le premier café Joyeux, à Rennes ?

Yann Bucaille Lanrezac : Elle est née de la rencontre, en 2014, avec un jeune autiste. Il savait que j’étais chef d’entreprise et il m’a demandé du travail. Mais je n’avais rien à lui proposer. Ce garçon, Théo, était très triste que je ne puisse rien faire pour lui. Lui voulait simplement me dire que, au-delà de sa différence, il pouvait être utile. Il voulait simplement travailler.

Car ce n’est pas juste un monde où seuls les plus rapides font partie de la course. Un beau marathon, c’est un marathon où ceux qui le termineront en 5 heures ont le droit de prendre le départ eux aussi. Et non pas seulement les champions qui le courront en deux heures. Dans un monde où tout le monde court, il y a de la place pour Théo et pour les équipiers Joyeux. Je me suis donc dit qu’en tant qu’entrepreneur, je pouvais – que je devais – faire quelque chose. Cela m’a pris environ deux ans pour mûrir le projet et le mettre sur pied.

 

Tous vos employés portent deux chaussures de couleurs différentes. Pourquoi ?

Yann Bucaille Lanrezac : C’est pour montrer que la différence est une chance. Pour marcher, vous avez besoin de vos deux pieds. Vous seriez bien embêtés si vous aviez deux pieds gauches. Vous ne pourriez pas avancer. C’est un style que j’ai moi-même adopté au quotidien, au travail. Quand je suis dans le métro, quand j’ai un rendez-vous avec un banquier ou avec un client étranger, je porte toujours des chaussures de couleurs différentes. Souvent, cela suscite de la surprise, de la curiosité. Tant mieux si ça engage la discussion.

 

Aujourd’hui, comment fonctionnent vos cafés de Rennes et de Paris ?

Yann Bucaille Lanrezac : On fonctionne comme une entreprise ordinaire, comme un café comme les autres. Au total, une vingtaine de personnes en situation de handicap travaillent dans nos deux établissements. Nos employés sont formés, ils ont des horaires et chacun a des tâches à accomplir pour la bonne marche du café. Avec toutefois nos particularités qui font qu’on prend parfois notre temps.

Il y a besoin d’une certaine pédagogie et surtout d’une grande confiance pour que chacun de nos équipiers trouve sa place, se sente à l’aise. À partir du moment où on leur fait confiance, on se rend compte que ça peut très bien marcher. Et les gens sont souvent agréablement surpris car, finalement, on sert plus qu’un café. On le fait avec le cœur.

 

L'équipe du café Joyeux
Une partie de l’équipe du café Joyeux de Rennes, autour de son fondateur Yann Bucaille Lanrezac. (crédit : café Joyeux)

 

Allez-vous ouvrir d’autres cafés Joyeux, ailleurs en France ?

Yann Bucaille Lanrezac : On a eu beaucoup de demandes pour en ouvrir d’autres, plus d’une centaine. Donc c’est très stimulant et en même temps on veut y aller très progressivement. Il ne faut pas aller trop vite. Dans un monde idéal, ce serait bien d’en ouvrir deux, trois, peut-être quatre par an. En tout cas, en 2019, ce ne sera pas plus. C’est très engageant et cela mobilise beaucoup d’énergie, même si on sent que l’on peut fédérer beaucoup de gens autour de ce projet. Joyeux n’a pas vocation à devenir une chaîne de restaurants. Ce sera plutôt une famille de cafés.

 

Vous êtes entrepreneur et vous avez déjà mené différents projets. Celui-ci a une saveur particulière ?

Yann Bucaille Lanrezac : Comme tous les projets entrepreneuriaux, ce qui est motivant, c’est qu’on part d’une page blanche, un peu en mode start-up. Il faut tout construire. On fédère une équipe de gens très engagés, très motivés et très compétents et on a envie de réussir. La saveur particulière de Joyeux, c’est qu’on le fait avec des personnes avec lesquelles on n’a pas l’habitude de travailler car elles sont souvent mises de côté. Et c’est ce qui en fait tout l’intérêt. Ce qui nous procure de la joie, c’est d’avancer ensemble, avec nos différences. Car ces personnes nous apportent beaucoup plus que ce que l’on ne pouvait imaginer.

  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : Café Joyeux

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