L’association Pâtes au beurre préserve la relation parents-enfants

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Depuis plus de 20 ans, le réseau des associations Les Pâtes au beurre, qui compte une quinzaine d’antennes en France, soutient la parentalité. Ici, nulle recette miracle mais un accueil et de l’écoute avec des professionnels aguerris et des échanges entre parents.

Pâtes au beurre association parentalité

Il y a quatre ans, Marie*, tout juste séparée du père de son enfant, est confrontée à des « problèmes d’autorité » avec son fils, alors âgé de trois ans. Elle se rend alors, pour la première fois, à l’association Pâtes au beurre, un lieu d’écoute et de soutien psychologique destiné aux familles et consacré au lien parents-enfants. « C’est le premier dispositif que j’ai trouvé », précise-t-elle.

Il faut dire qu’aux Pâtes au beurre, nul besoin de rendez-vous. On sonne à la porte. Une personne nous accueille, puis nous invite à nous asseoir à la table de la cuisine, aux côtés d’autres parents et des deux psychologues, toujours présents lors des permanences. Un café et des petits gâteaux sont à disposition.

On se pose, on écoute, on prend la parole si on veut. Pour évoquer les crises de colère du petit dernier, les doutes qui nous assaillent à l’idée de la naissance prochaine de son premier enfant, du cannabis trouvé dans les poches de son ado, des problèmes de sommeil de son enfant ou de son agitation, de son comportement agressif à l’école ou encore de son sentiment d’épuisement en tant que parent.

Une réponse à la pénurie de soins psychologiques

Cette association a été créée il y a plus de 20 ans. Sophie Marinopoulos, sa fondatrice, travaille alors en tant que psychologue à la fois dans le centre de planification et d’éducation familiale (contraception, IVG, santé sexuelle…) d’une maternité et dans un centre médico-psycho-pédagogique (CMPP). Très vite, elle constate non seulement le « vacillement » face au « devenir parent » et donc le besoin de soutien des parents, mais aussi la pénurie de consultations dans ces centres de soins psychologiques. Les délais d’attente pour un rendez-vous y atteignent alors six ou neuf mois, voire un an.

La situation n’a d’ailleurs pas évolué. Pire, alors que la France comptait environ 5 000 pédopsychiatres il y a une vingtaine d’années, ils sont environ 600 aujourd’hui.

Les Pâtes au beurre : un lieu d’écoute et de soutien gratuit, anonyme, sans rendez-vous

La psychologue et psychanalyste imagine alors un lieu accessible à tous, quel que soit son milieu social, sans entrave administrative ou financière. Un lieu qui puisse répondre, sans attendre, aux demandes des parents. Cet endroit prendra la forme d’une structure d’accueil associative gratuite, anonyme et sans rendez-vous, inspirée de la Maison verte créée par la psychanalyste Françoise Dolto dans les années quatre-vingt et destinée aux parents d’enfants de 0 à 3 ans. La différence, c’est qu’aux Pâtes au beurre tous les parents et futurs parents peuvent s’y rendre, accompagnés ou non de leurs enfants, quel que soit l’âge de ces derniers.

« Depuis les années quatre-vingt, le monde a changé. Les enfants vont à la crèche, des familles divorcent, des enfants vivent en garde alternée, les familles monoparentales sont nées. Or dans les structures comme les CMPP (centres médico-psycho-pédagogiques), il faut systématiquement amener son enfant avec soi. Un parent seul ne peut pas demander de soutien, comme les pères n’ayant pas la garde de leur enfant », souligne Sophie Marinopoulos.

Voilà pour l’ambition de l’association. Pour la forme, Sophie Marinopoulos opte pour un espace d’accueil parents-enfants, chaleureux et convivial, autour d’une collation. Ce sera une cuisine, un lieu familier de toutes les familles, propice aux confidences. Quant au nom de l’association, il s’est imposé rapidement. « Les pâtes au beurre sont un plat populaire, simple, apprécié de tout le monde, qu’on prépare dans toutes les familles quand débarque du monde à la maison », souligne-t-elle.

Le premier accueil Pâtes au beurre (PAB) est inauguré à Nantes en 1999. Depuis, 15 autres antennes ont ouvert un peu partout en France et une en Belgique, à Bruxelles.

Améliorer les liens entre parents et enfants

Sa mission se résume en quelques mots : veiller à prendre soin des liens familiaux. « Ce qui nous caractérise, c’est notre rapport à l’autre. Tout notre équilibre psychique tient dans ces liens que nous constituons très précocement et dont on doit prendre soin, détaille Sophie Marinopoulos. Sauf que cette santé relationnelle a été oubliée au profit d’une santé sanitaire, centrée sur le corps ».

Pour la fondatrice des Pâtes au beurre, « la cadence a pris le pas aujourd’hui sur les rites familiaux. Il faut tout faire vite. Les parents sont de plus en plus surinformés sur la manière de coucher bébé, le changer, l’alimenter… mais ce qui concerne la vie psychique, c’est-à-dire tout ce qui se joue dans la relation, est méconnu. Les parents sont devenus de grands techniciens mais ne dialoguent pas assez avec leur enfant ».

Pour préserver ou restaurer cette santé des liens, la méthode ou plutôt la philosophie des Pâtes au beurre repose sur « l’écoute de la vie psychique pour démêler les problématiques afin que chacun puisse trouver ses propres réponses à ses questions », résume Sophie Marinopoulos.

Association Pâtes au beurre
Il existe aujourd’hui une quinzaine d’antennes de l’association Les Pâtes au beurre en France (une en Belgique). La première est née à Nantes en 1999. Crédit photo : Les Pâtes au beurre

Redonner aux parents la capacité à penser

L’antenne de Poitiers a ouvert en 2019, à l’initiative d’une poignée de psychologues. Leur motivation est simple : « Aider les gens et les familles », en rompant avec « cette santé devenue plus une question de marchandise que de personnes », souligne Daniel Villain, président de la structure. Avec cette démarche, « on favorise la capacité des parents à penser ce qu’ils vivent et à imaginer des solutions », décrit-il.

Ici, nulle recette prête-à-l’emploi donc. Cette démarche va « à l’encontre des concepts à la mode tels que le développement personnel ou de parentalité positive », observe Sophie Marinopoulos. Et d’abonder : « Le principe de “vous posez une question, je vous dis ce qu’il faut faire” annule le singulier, c’est-à-dire toute possibilité de permettre au parent de se demander ce qu’il a envie de transmettre à son enfant, quelles sont ses valeurs… ».

Aux Pâtes au beurre, les familles sont invitées à parler, elles échangent entre elles. Spontanément, elles creusent les sujets, évoquent leur histoire, leur propre enfance… Les deux professionnels expérimentés sont là, eux, pour écouter et préserver la sécurité psychique des uns et des autres. Et cela soulage. « Avec les psychologues, on peut parler de solutions qu’on peut trouver nous-mêmes, témoigne Marie. Je vois bien que quand je parle dans la cuisine des Pâtes au Beurre, mon fils écoute. Quand on repart, ça va mieux, je suis plus calme et je sais que je peux revenir. »

Les Pâtes au beurre : un espace et du temps pour poser et penser les problèmes

Cela dit, « on ne fait pas de soins thérapeutiques mais de l’accueil », prévient Daniel Villain. Pour plein de familles, ces accueils suffisent. Pour d’autres, l’intensité de la souffrance est tellement forte, que seuls, ils ne peuvent résoudre les difficultés. Dans tous les cas, les Pâtes au beurre ouvrent un espace et du temps de rencontre pour poser et penser leurs problèmes, ne serait-ce que durant l’attente d’un rendez-vous ou pour se décider à aller vers des soins thérapeutiques. En cela, c’est un outil de prévention.

Forte de son expérience et convaincue par le besoin d’une véritable politique de santé culturelle, au sens de « santé des liens », Sophie Marinopoulos a rédigé un rapport remis en janvier 2019 au ministère de la Culture. Roselyne Bachelot, son actuelle ministre, a demandé un kit de communication sur la question, à diffuser dans les bibliothèques ou les musées pour sensibiliser à l’importance de l’éveil de l’enfant dans son lien avec ses parents. Le début peut-être d’une meilleure prise en compte de l’importance de la santé relationnelle.

* Le prénom a été modifié.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Alexandra Luthereau

journaliste spécialisée dans les sujets économie sociale et solidaire.

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