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Le Refuge, des structures d’accueil pour les jeunes LGBT

Depuis 15 ans maintenant, l’association le Refuge accueille des jeunes LGBT*, âgés de 18 à 25 ans, rejetés par leur famille. Rencontre avec Nicolas Noguier, président et fondateur de l’association.

Le Refuge, des structures d’accueil pour les jeunes LGBT

Vous avez créé le Refuge en 2003. Comment vous est venue l’idée ?

Nicolas Noguier : Je viens d’un petit village près de Béziers, j’ai donc vécu en milieu rural. Et au fur et à mesure que je découvrais mon attirance pour les garçons, je le vivais dans un grand isolement. Je n’étais pas dans l’anonymat d’une grande ville. J’avais du mal à m’accepter et je n’étais pas prêt à affronter le regard des autres. J’ai intériorisé un rejet de mes parents, j’avais peur qu’ils l’apprennent. Je me suis demandé ce qu’il m’arriverait si je me retrouvais à la rue du jour au lendemain. J’ai constaté qu’il n’y avait pas de structures d’hébergement en France. En revanche, à Manchester, cela existait. J’ai échangé avec eux. Je me suis projeté et je me suis dit que ce serait bien qu’il y ait ce type de structures en France.

Ensuite, j’ai passé des journées et des nuits entières à contacter des travailleurs sociaux. Je leur demandais si dans le cadre de leur travail ils avaient été confrontés à de jeunes garçons ou filles isolés dans des structures d’hébergement. Je m’attendais à ne pas avoir de réponse car le sujet était encore tabou. C’était il y a plus de 15 ans. Et finalement, j’ai eu beaucoup de retours, ils avaient rencontré des jeunes fragilisés, ils ne savaient pas forcément comment leur parler. On s’est alors retrouvé une petite centaine à échanger puis un noyau dur de 30 personnes. On a décidé de se fédérer et on a fondé l’association le Refuge. Le premier jeune a été hébergé en 2005 à Montpellier. Aujourd’hui, il existe 18 centres (Marseille, Rennes, Lyon, Toulouse, Lille…) sur la métropole et les DOM-TOM. Près de 300 jeunes ont été accueillis en 2017 dans des appartements ou dans des hôtels en cas d’urgence.

 

Quel est le rôle de ces centres ? Aider les jeunes à construire un projet de vie ?

N.N. : Les jeunes que nous accueillons ont été victimes de rejet de la part de leur famille. Dans un premier temps, les centres leur permettent de se retrouver dans un endroit où ils peuvent être eux-mêmes, sans se sentir jugés. La plupart du temps, ils sont au moins deux par appartement. Si l’un ne va pas bien, l’autre peut nous contacter. C’est rassurant. Nous leur proposons des temps collectifs avec les bénévoles : jeux de société, sorties à l’extérieur, groupes de parole… Dans certains centres, nous avons des travailleurs sociaux qui les aident dans leurs démarches d’insertion.

Nous proposons aussi un accueil de jour. Des jeunes peuvent ainsi passer pour avoir des conseils, se rassurer, parler avec d’autres jeunes ou des bénévoles. Une ligne d’écoute 7j/7 et 24h/24 est également mise en place au 06 31 59 69 50 (ndlr : appel non surtaxé).

 

Avez-vous des nouvelles des jeunes après leur départ du Refuge ?

N.N. : On prend des nouvelles au début, après on les laisse revenir. Ils ont parfois besoin de se détacher. Mais souvent, ils nous informent quand ils ont trouvé un travail et passent nous voir aux permanences. Ils savent que le Refuge sera toujours là pour eux.

 

Quels sont les projets du Refuge ?

N.N. : On essaie de rester sur une dynamique de croissance en pérennisant l’existant. Nous avons aussi un projet d’ouverture d’une structure d’hébergement à Angers début 2019.

On se développe avec des conférences dans des petits villages animées par des bénévoles. C’est un travail de fourmi mais on a constaté que sur la ligne d’écoute, beaucoup de jeunes appelaient de milieu rural.

L’association intervient aussi de plus en plus en milieu scolaire, nous avons eu l’agrément du ministère de l’Education nationale. Des bénévoles vont dans les collèges ou les lycées à la demande des proviseurs. L’objectif étant de lutter contre les préjugés, l’homophobie… Il y a beaucoup de travail à faire pour déconstruire certains préjugés. Car dans quelques années, ces jeunes seront parents à leur tour. Enfin, on accompagne aussi des associations en Europe. Nous sommes sur un projet de fédération européenne. Le Refuge a ainsi été créé en Suisse, en Italie et en Belgique. Nous avons des liens forts avec eux, ils ont gardé le même nom.

 

Muriel Robin est marraine de votre association. Quel est son rôle ?

N.N. : Muriel Robin est marraine depuis deux ans. Elle était passée nous voir à Montpellier alors qu’elle y jouait une pièce. Elle était venue passer l’après-midi avec les jeunes. Ensuite, elle nous donnait des nouvelles régulièrement. Je lui ai donc demandé d’être marraine. Elle est impliquée et proche des jeunes. Une véritable ambassadrice.

 

Le Refuge a reçu le Prix innovation Mutuelle 2018 lors du Congrès de la Mutualité Française. Une reconnaissance pour vous ?

N.N. : C’était un très grand moment. Nous avons des valeurs communes avec les mutuelles, une sensibilité sociale développée. Alors, avoir un prix du secteur mutualiste était touchant au nom des valeurs qu’il porte. C’était une belle reconnaissance.

 

Depuis la création du Refuge il y a 15 ans, trouvez-vous que le regard de la société à changer sur l’homosexualité ?

N.N. : La société évolue mais les difficultés subsistent. Quand c’est l’enfant d’un ami qui est homosexuel ça ne pose pas de problème, quand c’est le sien c’est différent ! Un exemple : le meilleur ami d’un jeune était homosexuel, les parents le considéraient quasiment comme leur second fils. Il venait à la maison sans problème. Mais quand leur propre fils leur a dit qu’il était homosexuel, ça s’est mal passé.

Une de nos missions est justement la médiation. Quand les jeunes arrivent, ils ne sont pas encore prêts à renouer le dialogue car l’altercation avec leur famille vient souvent de se produire. Ils sont plus dans la colère. Mais quand ils se sentent plus forts, certains renouent des liens. Nous pouvons jouer les médiateurs. Nous pouvons aussi nous tourner vers la famille au sens plus large comme les grands-parents, les oncles et tantes. Nous essayons ainsi qu’il préserve des liens avec des membres de leur famille.

*LGBT : lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres.

  • Propos recueillis par Cécile Fratellini
  • Crédit photo : Afp.com/Sylvain Thomas

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