Lucia Iraci : « La beauté est un droit »

Grâce à ses salons de beauté solidaires, Lucia Iraci donne aux femmes en difficulté un peu d’attention et l’occasion de se sentir belles. Et tente ainsi d’atténuer les bleus à l’âme.

Lucia Iraci : « La beauté est un droit »

Coiffeuse professionnelle, Lucia Iraci crée l’association Joséphine pour la beauté des femmes en 2006 puis deux salons de beauté solidaires, à Paris en 2011 et à Tours en 2012. Avec un but : donner aux femmes en situation de précarité la possibilité de prendre soin d’elles. Estimant qu’elles aussi en ont le droit.

 

Entretien avec…

Lucia Iraci, fondatrice et présidente de l’association Joséphine pour la beauté des femmes

 

Comment est née votre idée de créer des salons de beauté solidaires ?

J’ai toujours eu envie de venir en aide aux femmes d’une façon ou d’une autre. Je trouve que, dans notre société, on leur demande beaucoup et elles ont très vite un sentiment de culpabilité si elles n’arrivent pas à tout assumer. Et quand, en plus, elles ont peu de ressources, élèvent seules leurs enfants, sont victimes de violences ou se battent contre la maladie, elles n’ont bien souvent ni les moyens ni l’envie de se faire belles.

J’ai donc eu l’idée d’accueillir ces femmes dans mon salon parisien, les jours de fermeture, afin de leur donner la possibilité de se faire coiffer gratuitement. Mais après plusieurs années, j’ai pensé qu’il serait préférable de créer un endroit rien que pour elles, où elles pourraient se sentir à l’aise, sans être jugées. C’est ainsi qu’est né le premier salon Joséphine, dans le 18e arrondissement à Paris, un an et demi avant celui de Tours.

 

Concrètement, que proposez-vous aux femmes ?

Elles peuvent venir se faire coiffer et faire une couleur pour trois euros, être maquillées, épilées ou encore avoir une manucure pour un euro. Des choses qui étaient devenues un luxe. C’est important pour elles de payer, même si c’est peu, afin de se sentir comme n’importe quelles clientes, sans que ce soit de la charité.

Elles peuvent aussi bénéficier de conseils en image ou se faire prêter des vêtements pour un entretien d’embauche ou une occasion spéciale. On peut également leur proposer, si elles le souhaitent, un soutien psychologique ou des conseils de prévention santé. Par ailleurs, nous organisons régulièrement des séances de yoga et de sophrologie.

Toutes nos activités sont assurées par des professionnels compétents. En plus de quelques salariés, une cinquantaine de bénévoles permettent à l’association de fonctionner. Mais nous sommes toujours à la recherche de nouvelles personnes, prêtes à donner de leur temps, en particulier des coiffeurs, des maquilleurs et des esthéticiens.

 

Ce qu’elles y trouvent va au-delà de simplement « se faire belles » ?

Évidemment. Toutes ces femmes ont en commun de s’être oubliées car elles ont d’autres priorités, d’autres préoccupations dans la vie que de prendre soin d’elles. Seulement, quand quelqu’un s’occupe de vous, vous écoute et vous sublime, vous commencez à relever la tête. Et ce n’est que comme ça que l’on peut aller de l’avant.

Pour moi, la beauté est un droit. Car quand on soigne son apparence, on ne traite pas que la surface, c’est bon pour l’estime de soi et pour garder l’envie de se battre. Il faut bien comprendre que quand on coiffe une femme pendant une heure, c’est comme si on lui caressait le visage pendant une heure, qu’on lui disait : non, vous n’êtes pas transparente, vous méritez que l’on vous regarde.

 

Près de 3 000 femmes* par an fréquentent vos salons de Paris et de Tours. Vous êtes surprise par ce succès ?

Malheureusement, non. Je suis plus peinée que surprise. D’autant que ce chiffre ne correspond qu’à celles qui ont osé franchir la porte de nos salons, mais il y en a beaucoup plus qui se cachent et ne sortent pas de chez elles.Nos clientes arrivent jusqu’à nous, soit par le bouche-à-oreille, soit sur les conseils de leur assistante sociale ou d’une association avec qui l’on travaille. On les reçoit sur rendez-vous. La coordinatrice fait le point avec elles sur leurs souhaits, leurs attentes et ce qu’on peut leur proposer. Chacune est suivie pendant 12 mois.

On envisage de créer d’autres salons en province : à Poitiers, Clermont-Ferrand, Rennes ou encore Marseille. Mais le prochain à voir le jour devrait être celui de Moulins, dans l’Allier, au printemps normalement. Ce qui est compliqué à chaque fois, c’est de trouver les financements pour monter le projet mais aussi les bénévoles pour pouvoir fonctionner au quotidien et répondre à la demande.

* Chiffre 2013.

 

Pour en savoir plus

  • Propos recueillis par Angélique Pineau
  • Crédit photo : Didier Parizy

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