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Mélissa Plaza, ex-footballeuse professionnelle : son combat contre les inégalités femmes-hommes

L’ancienne joueuse internationale de football, aujourd’hui cheffe d’entreprise et conférencière, a fait des discriminations envers les femmes son principal cheval de bataille. Des discriminations qui existent toujours dans le sport, mais aussi ailleurs.

Mélissa Plaza, ancienne joueuse internationale de football

Pas pour les filles, c’est le titre de son autobiographie, sortie en mai 2019*. Mélissa Plaza y raconte à la fois son enfance, difficile, et son parcours de footballeuse professionnelle, passée notamment par le Montpellier Hérault et l’Olympique Lyonnais. Ses sélections en équipe de France aussi : son rêve d’enfant. Et la fin de sa carrière, amère, après plusieurs blessures. Elle y parle également des discriminations qu’elle a subies en tant que femme et de sa thèse sur les stéréotypes sexués dans le sport. Docteure en psychologie sociale, Mélissa Plaza se bat désormais pour sensibiliser le grand public – et les entreprises – à la question des inégalités entre hommes et femmes.

* Autobiographie publiée aux éditions Robert Laffont.

Votre livre s’intitule Pas pour les filles ?. C’est ce qu’on vous a dit, quand vous étiez enfant, que le foot ce n’était pas pour les filles ?

Mélissa Plaza : J’ai beaucoup entendu cette phrase-là. Un peu trop souvent à mon goût. Surtout de la part des garçons. Parce que c’était leur chasse gardée. Mais très vite, je leur montrais que c’était un sport qui pouvait être pratiqué aussi par les filles. Et cela passait nécessairement par la preuve sur le terrain. On a cherché beaucoup de titres pour ce livre avec la maison d’édition. Au début, celui-ci me paraissait un peu simpliste. Finalement, on l’a gardé car cela faisait écho à une conférence TEDx que j’avais donnée. Et surtout, le cerveau ne retient pas la négation donc je me suis dit que les gens se rappelleraient « pour les filles » et non l’inverse. D’autant plus que l’on répond à la question dès la couverture puisque j’y apparais en tenue de football.

Il y a encore aujourd’hui une espèce de sacralisation de cette discipline qui fait que cela reste compliqué pour les femmes. J’ai notamment publié des chroniques dans Le Monde, pendant l’été 2019, et il y a eu une déferlante suite à l’une d’entre elles qui s’appelait « Ne dîtes plus jamais football féminin ».

Reste-t-il encore beaucoup d’inégalités entre les sportives et les sportifs de haut niveau ?

Mélissa Plaza : Oui, bien sûr ! Et quand on résume les inégalités dans le sport aux écarts de salaire, c’est un peu se leurrer. Car cela va bien au-delà. Ce sont aussi les conditions qui nous sont faites, à nous les femmes. Par exemple les équipements qui nous sont donnés qui ne sont pas à la bonne taille ou pas en quantité suffisante. Les conditions de déplacement sont différentes également : on ne part pas en train ou en avion, mais en bus ou en mini-bus. Sans parler des hôtels dans lesquels on est hébergé ou des restaurants dans lesquels on ne va pas. On mange plutôt des sandwichs dans le bus.

Être sportive de haut niveau, c’est être experte en système D. Parce qu’il faut cumuler la pratique de son sport avec une activité professionnelle à temps plein. Pour pouvoir vivre, tout simplement. Parce qu’il faut trouver du temps pour s’entraîner en dehors du travail, entre midi et deux par exemple et donc déjeuner sur le pouce. Et je ne parle même pas des sponsors qui peinent à se faire connaître, à investir, en arguant que la pratique féminine n’intéresse pas le grand public. Je pense plutôt le contraire. Quand on donne autre chose à voir, nécessairement les gens s’y intéressent.

Donc tant qu’on ne changera pas les choses en profondeur, cela n’avancera pas.

Une conférence sur l’égalité au travail à Brest

Mélissa Plaza donne aussi régulièrement des conférences. La prochaine sera intitulée L’égalité au travail : Taclons les clichés !. Organisée par Harmonie Mutuelle, elle se tiendra lors du salon SAFEXPO le 10 octobre à 17 h 45 au Parc des expositions de Brest (gratuite mais sur inscription).

Le succès de la dernière coupe du monde de football, en juin 2019, va peut-être contribuer à faire évoluer les mentalités…

Mélissa Plaza : Oui, forcément. Quand on diffuse à des heures de grande antenne une telle compétition, qu’on montre de telles athlètes, talentueuses, et que les journalistes qui commentent les matchs le font de la bonne façon, cela a forcément un impact. On donne cela à voir à des petites filles et à des petits garçons. Donc on donne sans doute envie aux filles de s’inscrire en club. On leur montre que c’est possible de jouer au foot en étant une femme. Et puis on dit aux garçons que ce n’est pas un sport qui leur appartient. Et ça aussi c’est important. Néanmoins, imaginer qu’un seul événement puisse changer durablement les choses, c’est un peu optimiste. Il faut multiplier les actions.

Mélissa Plaza, ex-joueuse de football, lors d'un match de l'équipe de France
Mélissa Plaza a été joueuse internationale de football. Ici lors d’un match opposant l’équipe de France au Canada. Crédit : DR Mélissa Plaza.

Dénoncer les inégalités entre hommes et femmes, c’était aussi l’un des objectifs de votre autobiographie ?

Mélissa Plaza : Le changement ne peut arriver sans qu’il y ait une vraie prise de conscience. Celle-ci est absolument nécessaire mais elle ne peut passer que par la visibilité de ces inégalités. Avec le livre, je voulais donner à voir ce que personne ne donne à voir, y compris les filles qui sont dans ces situations-là et qui ont honte d’être traitées de la sorte en tant qu’athlètes de haut niveau. Elles sont aussi pieds et poings liés. La plupart ne peuvent pas parler, sous peine de représailles.

Aujourd’hui, je prends la parole parce que je suis libre de le faire, parce que j’ai envie de le faire pour elles. Et parce que j’estime que ce combat est juste.

Les stéréotypes de genre n’existent pas que dans le sport mais dans toute la société ? Dans l’entreprise également ?

Mélissa Plaza : C’est un phénomène sociétal. C’est bien pour cela que l’on a du mal à les éradiquer. Dans l’entreprise, on voit bien que la mixité des métiers n’est pas encore quelque chose d’acquis. Et l’égalité salariale n’est toujours pas respectée, sans parler des écarts de retraite, de la question des violences sexistes et sexuelles… Il y a aussi le problème du congé paternité : comment peut-on espérer régler la question de l’égalité quand, à la maison, elle n’est même pas envisageable pour les couples qui le souhaiteraient ?

Bien sûr, les inégalités entre les femmes et les hommes touchent toutes les sphères de la société. Malgré tout, je crois que beaucoup d’entreprises ont envie de changer les choses. Et elles en ont la capacité. Je pars du principe qu’il ne faut pas attendre que la société change pour avancer soi-même. Il faut que chacun, à son échelle, puisse agir et proposer des solutions concrètes. Des bonnes pratiques à mettre en place en entreprise, il y en a plein.

  • Propos recueillis par Angélique Pineau
  • Crédit photo : Crédit photo : Piergab ; vidéo : Angélique Pineau

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