Parrainage de proximité : un engagement citoyen au service d’un enfant

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Le parrainage de proximité consiste en la mise en relation entre un adulte bénévole et un jeune fragilisé, qu’il vive dans sa famille ou non. Initiée par des parents en quête d’appui ou par des professionnels du champ social, la démarche prend la forme de temps partagés entre filleul et parrain. Elle permet d’offrir un soutien affectif et éducatif ainsi qu’une ouverture sociale et culturelle à un enfant.

parrainage de proximité

Donner la possibilité à un jeune fragilisé de bénéficier de liens privilégiés avec un bénévole désireux de lui consacrer du temps et de l’attention : tel est le principe du parrainage de proximité. La démarche – qui peut émaner des parents ou être suggérée par des professionnels du champ social – vise à offrir à un enfant une présence structurante et une figure d’attachement supplémentaire. Mis en œuvre avec l’aide d’une organisation tierce (voir encadré), le dispositif s’adresse « à tous les enfants et adolescents : ceux qui vivent en famille, comme ceux qui n’ont pas de lien régulier avec elle », précise le collectif Tous parrains, composé de plusieurs associations agissant en faveur de cet engagement solidaire.

Encore largement méconnue – à l’heure actuelle, environ 3 000 enfants sont concernés par le système – cette action de solidarité de proximité a toutefois vocation à se développer : dans sa Stratégie nationale de prévention et de protection de l’enfance 2020-2022, le gouvernement a en effet annoncé vouloir atteindre 10 000 parrainages à horizon 2022.

parrainage de proximité illustration
© France Parrainages

« Aucun parrainage ne se ressemble »

« Le parrainage de proximité a commencé avec des enfants placés en institution mais, au fur et à mesure des évolutions de la société, on s’est rendu compte que d’autres jeunes pouvaient en avoir besoin », précise Intissar Koussa, responsable des actions France chez France Parrainages, l’acteur de référence dans le domaine. « C’est notamment le cas des enfants qui vivent dans des familles vulnérables d’un point de vue socio-économique, qui font face à des problématiques liées à l’isolement ou aux barrières culturelles. »

Fondé sur des valeurs d’échange, de bienveillance et de confiance, le parrainage de proximité prend la forme de moments partagés, quels qu’ils soient (sorties, activités culturelles, repas, week-ends, vacances…) « Aucun parrainage ne se ressemble, précise Intissar Koussa. Certains enfants veulent juste avoir un espace de vie à eux et jouer dans leur chambre avec leur parrain, tandis que d’autres souhaitent partager une passion, un hobby ou encore travailler un projet d’insertion socio-professionnelle. Le positionnement des parrains/marraines est aussi variable : certains, en accord avec la famille, vont endosser un rôle éducatif ; d’autres seront plus dans une posture amicale, voire fraternelle avec l’enfant. Dans tous les cas, les bénévoles sont accompagnés dans leur pratique par un travailleur social de l’association. »

Créer « un lien fort » avec un enfant et une famille

« Grâce à cet encadrement, il y a un tiers à qui parler, cela permet de trouver des solutions quand on se pose des questions », explique Floriane, qui est devenue la « marraine de cœur » d’Elona en 2017. L’éducatrice en crèche de 36 ans et la fillette de 12 ans, qui se voient tous les quinze jours environ – ensemble, elles sont allées au cinéma et à la piscine, ont fait des séances shopping et des pique-niques et ont participé à des ateliers beauté et cuisine – ont noué une relation complice et pudique. « Elle n’est pas très bavarde, mais elle me fait des dessins avec ‟je t’aime” écrit en gros et se jette dans mes bras quand j’arrive, raconte Floriane. L’année dernière, elle m’avait fait la surprise de m’apporter un cadeau le jour de mon anniversaire ! Je sais que je compte pour elle et elle sait qu’elle compte pour moi. »

Si cette mère de famille, investie de longue date dans des activités bénévoles, a franchi le pas du parrainage de proximité, c’est parce qu’elle souhaitait « faire quelque chose de plus concret ». « Le système permet de s’engager directement auprès d’un enfant et d’une famille, et cela crée un lien très fort, explique Floriane. Je pense que cette relation a donné une stabilité à Elona. Faire des choses qu’elle ne faisait jamais lui a permis de grandir, de s’affirmer. Je la trouve beaucoup plus ouverte, et sa maman, qui l’élève seule, est plus sereine ! »

Le parrainage épaule les parents dans leur rôle

« Le parrainage de proximité est un dispositif qui a de nombreux bienfaits, aussi bien pour l’enfant que pour sa famille, confirme Intissar Koussa. Ainsi, 60 % des enfants parrainés ont de meilleurs résultats scolaires et 58 % d’entre eux voient leurs relations avec leurs parents s’améliorer. Quant aux parents, ils sont 62 % à dire que le parrainage les épaule dans leur rôle. »

Sans compter que la crise du Covid a encore renforcé les demandes – et même élargi les profils des parents en quête d’une aide extérieure. « Les bouleversements liés aux confinements (chômage partiel, télétravail, école à la maison…) ont déstabilisé le socle organisationnel de nombreuses familles, et pas uniquement celles qui sont en grande précarité, explique Intissar Koussa. Le contexte a aussi fait réfléchir beaucoup de gens –notamment les parents solo – à la question du réseau, de l’entourage. De plus en plus de familles émettent ainsi le souhait de pouvoir être davantage en lien avec le parrain ou la marraine de leur enfant. Le système est perçu comme un outil préventif. Une façon de ne plus être seul en cas de problème. »

Comment devenir parrain de proximité ?

Le parrainage de proximité est ouvert, a priori, à tous les volontaires à condition qu’ils soient majeurs et qu’ils disposent d’un casier judiciaire vierge. Pour devenir parrain ou marraine, il faut s’adresser à un organisme qui propose le dispositif. Il en existe plusieurs : France Parrainages, Parrains par mille, le Secours catholique ou encore Grands-Parrains (cette association est spécialisée dans la mise en relation entre enfants privés de leurs grands-parents et bénévoles souhaitant devenir papis/mamies de cœur).

Les dossiers et motivations des candidats sont examinés et au moins deux entretiens sont organisés avec les parrains/marraines potentiels. L’association s’assure aussi que tous les membres du foyer (conjoint, enfants) adhèrent au projet.

Puis, en fonction des attentes et des souhaits éventuels des bénévoles (sur l’âge et le sexe de l’enfant, notamment) et des profils et besoins des jeunes en recherche de parrainage, la structure s’emploie à former le duo le plus « compatible » possible. Une ou plusieurs rencontres sont ensuite prévues avec l’enfant et sa famille. Si l’ensemble des parties prenantes valide la relation, le binôme est constitué et une convention de parrainage, qui définit les rôles de chacun, est signée.

Le parrain ou la marraine s’engage à construire une relation dans la continuité avec son/sa filleul(e), mais la fréquence des rencontres est souple, en fonction du rythme et des disponibilités de chacun. Le parrainage a par ailleurs vocation à ne pas avoir de limite dans la durée afin d’apporter un repère stable à l’enfant.

  • Crédit photo : © France Parrainages
Auteur article
Natacha Czerwinski

journaliste spécialisée dans les sujets de société (éducation, famille, environnement, initiatives positives...)

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