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Rencontre avec Philippe Croizon

Philippe Croizon face aux lecteurs d’Essentiel Santé Magazine

Le sportif de l'extrême quadri-amputé a accepté de rencontrer nos lecteurs et d'échanger avec eux sur le handicap, son parcours et ses exploits. Un beau moment de partage à revivre en vidéo.

Fin mars 2017, pendant près de deux heures, Philippe Croizon a répondu sans tabou aux questions des lecteurs d’Essentiel Santé Magazine. Revivez cette rencontre en regardant notre vidéo.

 

 

Vous avez traversé la Manche puis relié les cinq continents à la nage, et terminé le Dakar cette année. Quel est votre prochain défi ?

Philippe Croizon : Dormir ! Non, je plaisante. Disons que je ne pense pas déjà à mon prochain défi sportif. Je n’ai pas de plan de carrière. Il n’y a pas chez moi de volonté d’en faire toujours plus, les idées arrivent comme ça. La traversée de la Manche à la nage, c’était un rêve, j’avais envie de le faire, c’est tout. Peu importe que je sois une personne handicapée. Pour les cinq continents, j’ai voulu retrouver mon équipe car, après plusieurs années passées ensemble sur ce premier challenge, c’était très difficile de se quitter. Pour le Dakar, là encore, l’idée est venue comme ça. Mais après, il faut du temps pour la concrétiser, notamment pour réunir les financements.

 

Après votre accident en 1994 (une électrocution qui vous a privé de vos quatre membres), comment avez-vous trouvé la force de continuer à vivre ?

P.C. : Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il m’a fallu sept ans exactement. Sept ans pendant lesquels je suis passé par toutes les phases : le déni, la dépression, la colère. J’ai même tenté par deux fois d’en finir. Pendant toute cette période, j’étais en mode « gros con ». J’attendais tout des autres, notamment qu’ils soient à mon service. Je ne quittais pas mon canapé. Et le jour où ma femme est partie, j’ai pris conscience qu’il fallait que je change. Ensuite, j’ai trouvé mon épanouissement dans le sport. C’est un outil puissant de résilience, de dépassement de soi, vous savez. Aujourd’hui, grâce à lui et bien sûr au soutien de mes proches, je vis pleinement. Ah oui, j’ai oublié de vous dire : j’ai aussi retrouvé l’amour !

 

Vous avez une capacité incroyable à mobiliser les autres, à les convaincre de vous suivre dans vos projets. Comment faites-vous ?

P.C. : J’ai la chance de tomber sur des gens au moins aussi fous que moi ! Passionnés, en tout cas. Je pense qu’il faut d’abord croire en soi, il est alors beaucoup plus simple de convaincre les autres. C’est mon mode de fonctionnement. Toutefois, on y arrive plus facilement quand on les rencontre. Souvent, quand on envoie un mail, il reste sans réponse. Mais quand on a la chance de pouvoir défendre son projet, son idée, en face à face avec quelqu’un, celui-ci peut se rendre compte à quel point on est motivé.

Si j’avais un conseil, je dirais surtout qu’il faut oser, provoquer la chance. Cette leçon, je l’ai tirée de ma rencontre avec le docteur Busnel, médecin au centre de rééducation de Kerpape*, dans le Morbihan. Un jour, il m’a dit cette phrase : « Pour toi, rien n’est interdit ». Et depuis, j’essaie de l’appliquer au quotidien. Mais ce que j’ai accompli n’a été possible que grâce à toute une équipe autour de moi. Et quand on n’est pas tout seul, on se dit que l’on doit aller jusqu’au bout, pour ne pas se décevoir et ne pas LES décevoir.

 

Ne pensez-vous pas que le regard sur le handicap, dans notre société, est en train de changer petit à petit ?

P.C. : Si, je le crois, même s’il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à une banalisation du handicap. Des initiatives comme la série Vestiaires sur France 2, le film Patients de Grand Corps Malade ou la jeune Mélanie porteuse de trisomie 21 (qui a présenté la météo à la télé) contribuent à rendre le handicap plus visible dans notre société, dans les médias. Et c’est une bonne chose. On a vu également l’engouement suscité par les Jeux paralympiques de Rio. Le regard, parmi les citoyens, commence à changer. On va progressivement vers l’acceptation. Mais les pouvoirs publics ne vont pas assez loin, pas assez vite pour accompagner ce mouvement. L’État se repose trop sur les associations.

* Le centre de Kerpape, à Ploemeur, est un établissement mutualiste de soins de suite et de réadaptation. Philippe Croizon y a été soigné après son accident.

 

 

  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : Serge Loyauté-Peduzzi / Crédit vidéo : Méchant Loup

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