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Rebecca Shankland : « Être solidaire nous fait du bien »

Quels sont les liens entre solidarité et bien-être ? La réponse de Rebecca Shankland, maître de conférences en psychologie à l'Université Grenoble Alpes.

Rebecca Shankland : « Être solidaire nous fait du bien »

Qualifieriez-vous les Français de « solidaires » ?

Une enquête menée par France Bénévolat a estimé qu’en 2016-2017, 25 % des Français étaient engagés dans une action bénévole. Parmi celles-ci, une part importante concerne des actions solidaires, c’est-à-dire qui visent à soutenir des personnes en situation de vulnérabilité ou traversant une période difficile. Sur cette base, il semble donc que les Français puissent être considérés comme solidaires, même s’il existe encore une marge de progression possible !

Rebecca ShanklandMaître de conférences en psychologie, Rebecca Shankland est responsable du Diplôme Universitaire de psychologie positive à l’Université Grenoble Alpes et chercheure au Laboratoire Interuniversitaire de Psychologie.

Crédit photo : DR.

Souvent, les personnes qui font du bénévolat le font pour aider les autres mais aussi parce que cela leur apporte un épanouissement personnel. Comment expliquer cela ?

Lorsque les personnes s’engagent dans des actions solidaires au départ, elles ne visent pas une augmentation de leur propre bien-être. Toutefois, elles prennent conscience en le faisant, que cela donne plus de sens à leur vie, augmente leur sentiment de compétence et leur pouvoir d’agir. Cela contribue à se sentir socialement utile, améliore l’estime de soi et le bien-être durable.

De plus, l’engagement associatif permet d’entrer en relation avec des personnes de manière constructive, ce qui augmente le sentiment de lien social et participe au bien-être et à l’épanouissement personnel.

À lire aussi : « L’engagement donne du sens à notre vie, un sentiment d’estime de soi »

Notre interview de Christophe André, médecin psychiatre et auteur de nombreux livres sur la psychologie des émotions.

Cela veut donc dire qu’être solidaire nous fait du bien ?

Oui, cela génère des émotions positives grâce au lien social, à la confiance en soi, au pouvoir d’agir. Ces émotions à leur tour permettent à l’individu de mieux accéder à ses ressources personnelles pour les mettre en œuvre face aux situations qu’il rencontre.

Les recherches menées dans le champ de la psychologie positive ont ainsi montré que les émotions positives favorisaient les capacités à résoudre des problèmes de manière créative, à développer de nouvelles compétences, et aident ainsi à faire face aux difficultés d’une manière plus adaptée. Ainsi, le sens de la vie, la confiance en soi et la proximité sociale font du bien sur le long terme.

Peut-on aller jusqu’à dire qu’être solidaire est bon pour la santé ?

Oui, les recherches montrent un effet sur le bien-être durable, et même un effet sur la santé et le rétablissement dans le cadre de maladies. Par exemple, des personnes atteintes de cancer à qui les chercheurs avaient proposé de répondre pendant plusieurs semaines à une ligne d’écoute téléphonique pour venir en aide à d’autres patients atteints de cancer, ont présenté des niveaux d’amélioration des marqueurs biologiques nettement supérieurs aux autres patients issus des mêmes services hospitaliers.

De plus, cette amélioration était supérieure à celle des patients ayant reçu le soutien. Il y a donc un effet spécifique lié au sentiment de pouvoir soutenir d’autres personnes.

Chacun d’entre nous a-t-il besoin de solidarité ?

Oui, de toute évidence, mais ce n’est pas si simple… car il faut encore être en mesure d’accepter l’aide et oser en demander parfois ! Actuellement, mes recherches portent sur la prévention de l’épuisement parental. On constate que de nombreux parents n’osent pas demander de l’aide, alors qu’ils se sentent presque à bout. Les parents que nous accompagnons évoquent la honte de demander de l’aide. Ils estiment qu’ils devraient être en mesure « d’assumer » seuls les tâches qui leur incombent.

Pourtant, les ressources personnelles font parfois défaut en raison de la fatigue, de l’anxiété parentale. Et les recherches menées notamment par Moïra Mikolajczak et Isabelle Roskam de l’Université de Louvain, en Belgique, ont mis en évidence un risque multiplié par dix de négligence et de maltraitance envers l’enfant lorsque l’on est en situation d’épuisement parental. La solidarité est ainsi essentielle pour diminuer les risques de ce type et favoriser un mieux-être des parents et des enfants.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, mais qui me semble particulièrement révélateur de l’importance de l’acceptation de la solidarité comme faisant partie des besoins humains fondamentaux.

  • Propos recueillis par Angélique Pineau
  • Crédit photo : Getty

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