Solutions Solidaires : prendre soin, c’est aussi protéger ceux qui protègent

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Face à l’épreuve du Covid-19, le « prendre soin » s’est imposé comme une nécessité. Le concept de « soin mutuel » prend tout son sens dans l’idée qu’il est important de s’occuper de celui qui a pris soin. Et cela passe par la considération sociale et la revalorisation de sa rémunération.

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Prendre soin. Ces deux mots, traduit de l’anglais Care, étaient au centre d’une des tables rondes qui s’est tenue le mercredi 3 février lors de la 3e édition de Solutions Solidaires. Un incubateur d’idées et de solutions au cœur de toutes les grandes mutations sociales. Des personnalités du monde socio-économique et politique étaient invitées à réfléchir au concept de « soin mutuel » dans le contexte de la crise sanitaire liée au Covid-19 qui a tout bouleversé.

« Cette crise nous a placés face à nous-mêmes, a souligné en préambule l’un des intervenants, Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française. Elle n’a pas mis en relief que nos faiblesses. Elle a révélé de profondes inquiétudes mais aussi l’espoir d’une résilience collective. Elle nous a montré nos capacités d’adaptation et l’importance du soin que l’on doit accorder à chacun, un soin que nous doit la société et réciproquement. »

Le soin mutuel, une grande idée qui peut fédérer

La crise du Covid-19 a fait émerger des solidarités exemplaires, à grandes échelles comme à des niveaux plus modestes, entre particuliers. « Lorsque chacun prend soin de chacun, c’est l’entraide qui l’emporte. Les solidarités de proximité, les micro-solidarités appuyées par les dynamiques locales, associatives et citoyennes, expriment cet objectif, a souligné le président de la Mutualité Française. Le soin mutuel est une grande idée qui peut nous fédérer. »

Cette crise n’a fait que confirmer un état de fait : la nécessité de revaloriser le système de protection sociale. « Il nous faut impulser une société solidaire d’égalité plutôt que de corriger un système inégalitaire, a poursuivi Thierry Beaudet. En tant que mutualiste attaché aux questions de santé, je pense que l’on doit basculer d’un système d’assurance à un système de santé où les notions de prévention individuelles et collectives sont centrales. Notre société souffre d’un déficit de culture de santé publique. ».

Et de prêcher pour l’instauration d’une « véritable toile préventive » au travail, à l’école, au sein de la protection maternelle et infantile, en dépistant, en vaccinant… « On fait encore trop peu en l’espèce et on mesure que ce sont les plus vulnérables qui sont aujourd’hui à la marge des dispositifs préventifs existants. »

Ceux qui prennent soin sont « les moins reconnus »

Ses propos ont été largement partagés par Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. « Cette expérience nous a montré que la solidarité, le prendre soin sont d’une nécessité absolue. Or ceux qui prennent soin sont les moins reconnus. Ce sont ceux qui viennent en aide à la personne. Ce sont aussi ceux qui ramassaient nos poubelles quand nous étions confinés. C’est à eux que nous devons rendre la monnaie de leur pièce, eux que nous devons à présent protéger. »

Pour le syndicaliste, le constat des mois qui se sont écoulés pousse à « reconsidérer le pacte social, l’individu non pas d’un point de vue statistique mais humain, à définir une politique globale avec des choix affirmés tout en laissant la liberté d’initiatives aux acteurs territoriaux, sociaux et associatifs. »

Et la sociologue Johanna Dagorn d’observer que, paradoxalement, la mise à l’honneur de ces petits métiers du « prendre soin » s’est aussi accompagnée d’une « ubérisation* des services et d’une précarisation des plus modestes. » Certaines initiatives engagées sont cependant à saluer : « On peut se féliciter de la restauration à 1€ pour les étudiants mais on reste dans une approche citadine du problème. Tout le monde n’habite pas à proximité d’un resto universitaire. »

Saluer les efforts consentis

« Invisibles » est le qualificatif qu’a employé Jérôme Guedj, directeur de l’Observatoire des politiques sociales de la fondation Jean-Jaurès, pour définir l’état dans lequel végétaient ceux qui se sont distingués, et se distinguent encore, par leurs soins aux autres. « On a pu constater que certains d’entre eux étaient encore payés à la tâche. »

Et s’il reconnaît les efforts financiers consentis pour « mieux accompagner les métiers de la santé avec le Ségur », comme le coup de pouce à la recherche apporté avec la loi de programmation (2021-2030), Jérôme Guedj déplore que la loi sur le grand âge et l’autonomie soit reportée. « Car c’est elle qui met en lumière le soin, le care, la reconnaissance de ces métiers. »

Enfin, pour conclure, Hélène Sandragné, la nouvelle présidente du département de l’Aude, infirmière de métier, a rappelé combien les collectivités territoriales avaient leur rôle à jouer dans « le prendre soin », mais que cette notion ne pouvait être efficace qu’avec de « la réciprocité, de l’empathie » et en y « associant pleinement ceux dont on s’occupe ».

* L’ubérisation est un processus économique qui contourne, par les technologies numériques, les secteurs classiques de l’économie en créant un nouvel intermédiaire. Le terme vient de Uber, entreprise américaine qui propose des applications mobiles de mise en contact d’utilisateurs avec des conducteurs qui les transportent à moindre coût et concurrencent ainsi les taxis classiques.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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