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Sommes-nous toujours solidaires ?

À en croire certains, la solidarité ne serait plus ce qu’elle était. Nous serions devenus plus égoïstes, moins engagés, plus critiques aussi à l’encontre de notre modèle social. Alors la solidarité « à la française » a-t-elle réellement du plomb dans l’aile ?

Sommes-nous toujours solidaires ?

À la fin du dernier Téléthon, en décembre 2018, l’ambiance était un peu morose. Les promesses de dons étaient en net repli (- 8,3 % par rapport à 2017). Une baisse de la mobilisation liée simplement au climat social ou à un désintérêt des Français ? Les médias s’en sont fait l’écho, posant la question du devenir des programmes de recherche faute de moyens suffisants. Quelques semaines plus tard, la campagne 2018 du Téléthon s’est finalement soldée par un résultat en recul de « seulement » 3,7 %, avec plus de 85 millions d’euros récoltés.

« Les Français savent se mobiliser. La solidarité ponctuelle, spontanée, fonctionne très bien dans notre pays, rassure Jacques Malet, président fondateur de l’association Recherches & Solidarités. On le voit d’ailleurs à chaque fois qu’il se passe une catastrophe, comme des inondations ou un tremblement de terre. Les Français n’hésitent pas à donner des vêtements ou de l’argent, pour le village d’à-côté ou pour un pays lointain. »

TÉMOIGNAGE : « Être 100 % solidaire et ne pas penser qu’à soi »

JuliaJulia, 10 ans, est déléguée de sa classe de CM1 et une lectrice assidue d’Essentiel Santé Magazine.

« La solidarité existe encore aujourd’hui. Par exemple quand on va chercher des légumes bio, c’est grâce à des agriculteurs locaux qui se sont regroupés pour former une association. Et quand on apporte les devoirs à quelqu’un qui est malade, c’est être solidaire. La solidarité se manifeste aussi avec des gens qui se réunissent pour des actions, comme quand je vais avec ma famille manifester pour le climat. C’est être 100 % solidaire et ne pas penser qu’à soi. »

7,5 milliards de dons en un an

La générosité des Français a été mesurée pour la première fois l’an dernier. La Fondation de France, à travers son observatoire de la philanthropie*, a voulu savoir ce que représentaient les dons, sous toutes leurs formes : financiers et matériels, legs, quêtes sur la voie publique, financement participatif, microdons… À la fois les dons des particuliers et ceux des entreprises. Et le montant est impressionnant : 7,5 milliards d’euros en une seule année. C’est plus que le budget du ministère de la Justice pour 2019.

Même en temps de crise, les Français n’ont pas cessé d’être généreux. Toutefois, depuis la réforme de l’impôt sur la fortune (ISF), les associations commencent à tirer la sonnette d’alarme face à la récente baisse des dons. « Il faut attendre quelques mois pour dresser le bilan, tempère Jacques Malet. Car les personnes qui ne sont plus assujetties à l’ISF vont peut-être se mobiliser dans le cadre de l’impôt sur le revenu. Même si la défiscalisation n’est alors que de 66 % au lieu de 75, si vous soutenez une cause depuis des années, il y a peu de chances que vous la laissiez tomber du jour au lendemain ».

* Panorama national de la générosité de la Fondation de France, réalisé en 2018 sur les dons de l’année 2015.

DONS : qu’en est-il de la solidarité familiale ?

Pas moins de 8 millions d’aidants familiaux se consacrent à un parent âgé, un conjoint dépendant ou à un enfant en situation de handicap. Parfois jusqu’à l’épuisement. Et les Français ne donnent pas que leur temps. La moitié aident financièrement leur famille ou parfois leurs amis, soit en leur versant de l’argent soit en prenant en charge certaines dépenses. Une solidarité financière surtout au bénéfice des jeunes et des ménages les plus pauvres.

Le bénévolat change mais ne faiblit pas

L’engagement est une autre forme de solidarité, qu’il s’exerce au sein d’une association, d’une mutuelle, d’un syndicat, autour d’une mairie, d’une école, d’un lieu de culte ou même en dehors de toute structure (une tendance en hausse). Simplement en donnant un coup de main à un voisin par exemple. Aujourd’hui, un Français sur quatre donne de son temps à une association. Le bénévolat continue de progresser, surtout chez les jeunes. Mais il reste moins développé dans notre pays que chez certains de nos voisins (la France se situe seulement dans la moyenne européenne). Et il connaît des évolutions.

Désormais, on ne veut plus forcément s’engager sur la durée, on veut changer plus souvent de cause. Le bénévolat ponctuel prend ainsi de plus en plus d’ampleur, y compris chez les plus de 65 ans, traditionnellement les plus investis. Les associations tentent de s’adapter, mais elles ont tout de même besoin de bénévoles réguliers pour mener des projets sur le long terme. Car 85 % d’entre elles n’ont pas de salariés.

L’évolution des comportements offre en même temps de nouvelles possibilités. Le numérique, par exemple, permet de s’engager à distance, depuis chez soi, pour ceux qui ont peu de temps à donner ou qui ne peuvent pas se déplacer.

ENGAGEMENT : un vivier de bénévoles possibles

25 % des Français donnent de leur temps au sein d’associations, soit 13 millions de personnes. Mais ils pourraient être bien plus nombreux. Une réserve potentielle qui représente tout de même 38 % des Français. Parmi eux, certains donnent déjà du temps mais en dehors de toute structure. D’autres ont déjà été bénévoles au sein d’associations et pourraient reprendre. Enfin, un Français sur 10 pourrait être tenté de devenir bénévole pour la première fois, si l’occasion se présentait.

Les champions d’Europe de la protection sociale

« À côté de cette solidarité privée, qui dépend du bon vouloir de chacun, il y a aussi une solidarité publique, organisée par l’État, rappelle Axelle Brodiez-Dolino, historienne chercheuse au CNRS et membre de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Et elle ne date pas d’hier. Les premières lois sociales, en faveur des pauvres, des vieillards indigents, des malades, des enfants, des femmes en couche… remontent à la fin du XIXe siècle. Elles se sont renforcées au cours du XXe siècle : la Sécurité sociale date de 1945, le minimum vieillesse de 1956, la loi sur le handicap de 1975, le RMI de 1988 (devenu le RSA depuis)… »

Notre système de protection sociale repose sur la solidarité : on contribue, à travers les cotisations sociales, les impôts et autres taxes, à aider ceux qui en ont besoin, avec l’idée que chacun sera un jour aidé à son tour. Un système qui permet d’être ¬assuré face aux risques sociaux (maladie, incapacité, chômage, vieillesse). Et malgré quelques remises en cause, la majorité des Français y restent attachés. Quand on leur rappelle qu’un tiers du revenu national est dédié au financement de la protection sociale, plus de six sur dix trouvent cela « normal ». 22 % jugent même cela « insuffisant »*.

« La France est le pays d’Europe, et même du monde sans doute, qui consacre la plus grande part de son PIB à la protection sociale, rappelle Axelle Brodiez-Dolino**. L’essentiel finance les retraites et la maladie, et non les minima sociaux comme on l’entend parfois. »

* Baromètre d’opinion Drees 2017 (étude de l’institut BVA), publié en 2018.
** Axelle Brodiez-Dolino est l’auteur de La protection sociale en Europe au XXe siècle (Presses universitaires de Rennes, 2014).

Peut mieux faire en matière de solidarité

« C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles le bénévolat n’est pas aussi développé qu’il le pourrait en France. Aux États-Unis par exemple, où l’État aide beaucoup moins ceux qui en ont besoin, la grande majorité des gens font du bénévolat. C’est culturel, presque naturel. Ils ont dans l’idée que les citoyens doivent se retrousser les manches », explique Jacques Malet de Recherches & Solidarités. Mais en réalité, l’un n’empêche pas l’autre ! On a donc encore des progrès à faire en matière de solidarité. » À bon entendeur…

Alexandre Jollien, philosophe : « La solidarité, c’est ce qui nous rend solides, ensemble »À lire aussi : « La solidarité, c’est ce qui nous rend solides, ensemble »

Notre interview du philosophe Alexandre Jollien sur la solidarité.

OPINION

Solidarité : qu’en pensent les Français ?

Le mot solidarité évoque avant tout l’entraide pour les Français. Elle est aussi associée à d’autres valeurs comme le partage, l’union et l’altruisme. Et elle se caractérise avant tout par le temps (donné à un proche dans le besoin ou à une association) et par le don d’objets, de vêtements, de nourriture ou d’argent.

  • Près de 8 Français sur 10 participent à la solidarité, à titre personnel ou professionnel (61 % occasionnellement et 18 % régulièrement).
  • Les premiers acteurs de la solidarité ? Les associations (72 %), devant la famille (54 %), à égalité avec les citoyens eux-mêmes.
  • Les domaines d’action prioritaires ? La pauvreté (48 %), l’aide aux plus démunis (38 %) et l’accès aux soins et à la santé (31 %), devant le logement, l’accès au travail, le handicap et l’éducation.

Source : enquête Ipsos pour Harmonie Mutuelle (décembre 2018).

  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : iStock

Un commentaire pour cet article

  1. BOULLAND

    Les Français ne sont pas solidaires si l’on n’est pas un accréditeur comme un organisme associatif.
    Mon exemple corrobore mon opinion. Quand bien même j’ai lancé le 02 février de cette année une cagnotte Leetchi intitulée « Appel à la solidarité de chacun en faveur d’un chômeur de longue durée qui veut créer sa boutique BIO » à ce jour je n’ai reçu aucune participation malgré ma proposition en échange de bien vouloir offrir aux plus généreux des produits biologiques de qualité.

    J’attends seulement un geste minimal de 1 euro de participation.

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