Soupçon de maltraitance sur un enfant : que faut-il faire ?

Des cris de l’autre côté de la cloison de l’appartement, un comportement agressif à l’école, des bleus qui dépassent de la manche du pull… Autant de signes qui doivent alerter. Face à des soupçons de violences, il ne faut pas hésiter à réagir et à signaler la situation pour protéger l’enfant.

Juste un mur

« Seul un quart des personnes qui suspectent des violences contre un enfant donne l’alerte », constate le docteur Gilles Lazimi, médecin généraliste et militant associatif qui a participé à l’opération de sensibilisation « Juste un mur »*. La peur de se tromper ou de s’immiscer dans la vie privée, le manque de connaissances sur la procédure à suivre constituent autant de freins au signalement. Mais « il ne faut pas hésiter à intervenir », martèle le docteur Lazimi, avant d’ajouter : « Le seul risque, c’est de sauver un enfant. »

En cas de doute, appelez le 119

La Convention relative aux droits de l’enfant, adoptée par les Nations unies le 20 novembre 1989, indique qu’un mineur doit être protégé « contre toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié ». Il en va de la responsabilité des États mais également de celle des citoyens. « Et pourtant, en France, un enfant meurt tous les cinq jours des suites de violences familiales, rappelle Gilles Lazimi. D’autant que ce chiffre est certainement sous-estimé car seuls les décès à la suite desquels une autopsie est réalisée sont comptabilisés. » Pour mettre fin à ce fléau, il est donc important de signaler les situations à risque. Mais comment réagir ? « La première chose à faire est de contacter le 119 “Allô enfance en danger” si l’on a constaté des maltraitances ou pour faire part de ses soupçons, conseille le médecin généraliste. Et en cas de danger imminent, il faut contacter le 17, la police ou la gendarmerie. »

Un faisceau d’indices

Les signes qui peuvent faire penser à des actes de maltraitance sont nombreux. « Un voisin peut être alerté par des violences sonores : des bruits de coups, des cris ou des pleurs récurrents, explique le docteur Lazimi. Mais il peut aussi y avoir des violences verbales, c’est-à-dire des insultes, des propos dévalorisants ou des humiliations de la part des adultes. Les signes physiques aussi sont révélateurs de situations de violence, comme des traces de coups, de blessures ou de brûlures bien sûr, mais aussi la survenue d’un retard important au niveau psychomoteur (retard du langage, de la marche, de la coordination). Une apparence négligée ou sale est aussi un indice à prendre en compte. Enfin, les troubles du comportement, un enfant qui change de façon d’être en présence de certaines personnes, qui devient triste, craintif, mutique, qui a peur, ou encore qui a des préoccupations sexuelles inadaptées pour son âge, doivent attirer l’attention. C’est bien sûr un faisceau de signes qui doit nous alerter. » Les violences faites aux enfants sont exercées dans huit cas sur dix dans un cadre familial. Elles sont le premier facteur de risque de tentative de suicide, d’addictions et de décrochage scolaire chez les jeunes.

*L’association Innocence en danger, qui lutte contre les violences faites aux enfants, a mené le 22 octobre une opération de sensibilisation intitulée « Juste un mur », place de la République, à Paris. Trois murs ont été érigés pour symboliser l’histoire de trois enfants décédés suite à des violences qui n’avaient pas été signalées par leurs voisins.

Comment fonctionne le 119 ?

On ne le rappellera jamais assez, le 119 est le numéro à contacter pour signaler des violences subies par un enfant. Le service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger est accessible gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Des écoutants répondent aux appels passés anonymement par les adultes comme par les enfants. Ils évaluent la situation, donnent des conseils et, si besoin, contactent les services de secours (police, pompiers). Ils rédigent également un compte rendu d’entretien, qui est envoyé à la cellule de recueil des informations préoccupantes (Crip) du département concerné. Celle-ci étudie le dossier et propose des solutions adaptées (accompagnement éducatif par l’aide sociale à l’enfance, mesure de protection par la justice…).

  • Benoit Saint-Sever (ANPM-France Mutualité)
  • Crédit photo : DR

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