Théo Curin, nageur handisport, veut « casser les codes »

À 19 ans, Théo Curin, double vice-champion du monde de natation handisport, amputé des quatre membres, est devenu l’égérie d’une grande marque de cosmétique pour homme. Avec une médaille de bronze en poche aux derniers championnats mondiaux de para-natation, et un rôle de chroniqueur à la télé, le jeune sportif prouve que rien n’est impossible. Rencontre.

Théo Curin, nageur handisport, veut « casser les codes »

Est-ce facile de concilier les entraînements de natation, qui sont prenants, avec les tournages, les interviews, les cours et la vie de lycéen ?

Théo Curin : J’ai la chance d’avoir du monde autour de moi qui organise au mieux cet emploi du temps un peu chargé. Je n’ai pas envie de bâcler, que ce soit la natation, les cours, les rendez-vous avec les sponsors, les interviews avec les médias… Ça fait partie de moi, de toujours vouloir faire les choses au mieux. La natation reste aujourd’hui ma priorité, mais tout ce que je fais à côté, c’est ce qui m’éclate aussi. C’est vraiment la récompense du travail que je fournis depuis que je m’entraîne à Vichy tous les jours. Ça me plaît de vivre à 100 milles à l’heure !

Quels sont vos objectifs sportifs ? Visez-vous une qualification aux Jeux paralympiques de Tokyo cet été ?

T.C. : Je suis revenu des Championnats du monde de para-natation avec une médaille de bronze en septembre dernier. D’arracher cette troisième place, cela m’a fait du bien, de même qu’à mon coach et à mon équipe. Cela me permet de rester motivé et d’avoir la hargne pour les jeux de Tokyo. Car oui, cette année, l’enjeu est de me qualifier pour les Jeux paralympiques de 2020. Je ne me donne pas d’objectif de place ou de temps, mais je vais me donner à fond. Le maître mot, ce sera le plaisir, parce qu’il ne faut pas oublier qu’on fait du sport avant tout pour soi, pour se faire du bien, et pas que pour les médailles. Si je me qualifie aux Jeux, je partirai là-bas sereinement, sans trop de pression.

Est-ce que le regard des gens sur le handicap a changé ces dernières années ?

T.C. : Le regard des gens est en train de changer. Il y a cinq ans, on n’aurait jamais pu imaginer une personne amputée des quatre membres faire la une d’un magazine ou encore devenir égérie pour une grande marque de cosmétique. Ce sont quelques exemples qui démontrent que les mentalités sont en train de changer et je me bats au quotidien pour ça. Mais je n’ai pas envie que les gens ne m’associent qu’au handicap. J’ai envie de me battre pour la différence en général, parce que finalement, tout le monde est différent. Il faut arrêter de montrer des mannequins qui se ressemblent. Les personnes qui se trouvent trop petites, trop grandes, trop grosses, trop maigres, elles ont toutes un charme différent et il faut l’assumer. J’ai vraiment envie de casser les codes.

Vous jouez dans la série Vestiaires, sur France 2, et vous avez une chronique au Magazine de la santé, sur France 5. Cela contribue aussi à changer le regard sur le handicap et la différence.

T.C. : Vestiaires, c’est une véritable échappatoire. Je suis super heureux, car c’est une autre façon pour moi de faire passer des messages avec humour. De jouer la comédie et de devenir acteur pour quelques heures, c’est toujours un plaisir. Et la chronique au Magazine de la santé, c’est un challenge stimulant, d’autant plus que c’est potentiellement le métier que je veux faire plus tard. Travailler à la télévision, ce serait mon rêve le plus fou. Et ce serait encore un beau message, qu’une personne en situation de handicap ait sa propre émission. Je me rends compte de la chance que j’ai, à seulement 19 ans, d’être chroniqueur à la télévision. Je veux faire de mon mieux et prouver que même avec un handicap et même en étant jeune, on peut faire ce que l’on veut dans la vie.

Harmonie Heroes : le défi d’être animateur

Depuis l’année dernière, Théo Curin est également l’animateur de la websérie Harmonie Heroes : mission handisport, initiée par Harmonie Mutuelle. À travers quatre épisodes, elle vise à mettre en lumière des héros du quotidien qui doivent vivre avec un handicap. Pour la deuxième saison qui sera diffusée dès janvier 2020, Estelle Denis, journaliste et animatrice de télévision, et Stéphane Diagana, champion du monde d’athlétisme, tenteront de courir l’Harmonie Mutuelle semi de Paris les yeux bandés avec un guide. Théo sera de la partie pour les accompagner dans ce défi.

Quelle est votre plus grande fierté quand vous regardez votre parcours ?

T.C. : On est passé par des moments un peu compliqués avec ma maladie. À l’âge de 6 ans, j’ai été frappé par une méningite foudroyante. Pour me sauver la vie il a fallu m’amputer de mes deux bras et de mes deux jambes. Mais tout ce que j’arrive à faire aujourd’hui, c’est en quelque sorte un cadeau que j’offre à ma famille en leur disant « regardez, on en a bavé pendant quelques années, mais aujourd’hui, c’est que du bonheur ». Je veux aussi donner un message de soutien et de courage à toutes les personnes qui vivent quelque chose de difficile. Malgré les difficultés, il peut vous arriver de belles choses dans la vie et on peut quand même s’en sortir.

Vous avez eu un modèle quand vous étiez petit, qui vous a donné envie de dépasser vos limites : Philippe Croizon. Aujourd’hui, pensez-vous être à votre tour un modèle pour certains jeunes ?

T.C. : Mon objectif est aussi de faire passer certains messages aux jeunes, parce que c’est notre futur. Et c’est pour cette raison que j’aime bien faire des interventions dans des lycées et les collèges pour raconter mon histoire. J’adore ces moments qui sont sans filtre. Il n’y a pas de tabou. Dès que les élèves ont une question qui leur passe par la tête, ils vont la poser. Parfois c’est très rigolo, mais c’est aussi hyper pertinent. Je leur réponds avec plaisir. Les adultes ne vont pas poser ces questions, parce que c’est un peu gênant, parce que pour eux, ça ne se dit pas. Même si je n’ai répondu qu’à une seule question d’un élève, je me dis qu’il rentrera chez lui et dira peut-être à ses parents : « Aujourd’hui, j’ai vu un mec sans bras et sans jambe qui a réussi à faire ça ! » C’est mon objectif, en tout cas.

  • Cassandra Poirier
  • Crédit photo : Velobs

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