« Vis mon sport » : faire vivre sa passion aux autres

Quatre athlètes handisport ont accepté de faire découvrir leur sport à des jeunes en compagnie de Philippe Croizon. Ce qui a donné naissance à la web-série « Vis mon sport »*. Rencontre.

« Vis mon sport » : faire vivre sa passion aux autres

Sandrine, judokate : « Le judo m’a permis de m’intégrer »

Sandrine est montée sur le tatami à l’âge de 9 ans, « pour faire comme ses frères ». « Et puis étant malvoyante, les sports de ballon étaient plus compliqués pour moi. Avec le judo, les sensations passent par le tactile, on peut se repérer facilement », explique la jeune femme aujourd’hui âgée de 32 ans.

Elle a commencé la compétition avec des sportifs valides avant d’entamer une carrière en handisport. « Le sport m’a permis de m’intégrer. Sur un tatami, les gens ne peuvent pas fuir et puis il y a du respect. Jamais personne ne m’a insultée ». Sandrine a enchaîné les compétitions nationales et internationales tout en étant masseur-kinésithérapeute. Les titres ne lui manquent pas : double championne du monde, championne d’Europe et double vice-championne paralympique.

Blessée en demi-finale aux derniers jeux paralympiques, Sandrine espère bien avoir sa revanche lors des prochaines olympiades pour oublier ce « goût d’inachevé ». La web-série « Vis mon sport » est, pour elle, l’occasion de parler de sa passion. « Je veux faire découvrir le handisport aux valides, explique-t-elle et aussi montrer aux personnes en situation de handicap que l’on peut faire du sport, s’amuser, rencontrer plein de gens. Bref être un sportif à part entière et non pas une personne handicapée ».

 

Timothée, athlète : « Le sport m’a aidé à évoluer sur le plan humain »

« Je vis des choses que je n’aurais pas forcément vécues en voyant ». Timothée, 24 ans, vit à fond sa passion pour l’athlétisme. Né avec des problèmes de vue, une succession d’opérations des yeux et de malchance (chocs, coups…) ont rendu le jeune homme aveugle. « Même si j’étais malvoyant, à l’adolescence, je faisais beaucoup de dessin en optimisant mon potentiel visuel. Donc, quand j’ai perdu la vue, j’ai eu du mal à l’accepter, je me suis renfermé. Et finalement le sport m’a aidé à évoluer sur le plan personnel et humain ».

Aujourd’hui, Timothée court en binôme avec un guide, Cédric Felip. Il a été médaillé de bronze sur 400 m aux championnats du monde d’athlétisme handisport en 2013 et double champion d’Europe d’athlétisme handisport en 2014. Il vient de battre les records d’Europe du 100 m et du 200 m au mois de mai. Son prochain objectif : plusieurs médailles aux championnats du monde en octobre. « J’aimerais que le regard change sur le handisport grâce à cette série car souvent les gens entendent plus  » handi  » que  » sport  » et pourtant nous sommes avant tout des sportifs. En voyant les images, si des jeunes en situation de handicap ont envie de faire du sport, alors ce sera gagné ».

 

Souad, joueuse de tennis : « Le sport est un bon moteur »

À 22 ans, Souad est victime d’un grave accident de voiture. Paraplégique, cette grande sportive a dû arrêter ses passions comme le basket ou le saut en hauteur. Si cet « accident de parcours » comme elle dit a bouleversé sa vie, il l’a également fait mûrir. « Il faut un peu de temps pour s’en remettre mais c’est la même personne qui grandit. Et puis ça m’a permis de voir la réalité en face et de me poser les bonnes questions professionnellement. Je faisais des études de géographie pour devenir vulcanologue, ce n’était plus possible et je ne voulais pas m’orienter vers le professorat ».

Qu’à cela ne tienne, elle participe quelques années plus tard à un concours de créateur d’entreprise et monte son cabinet de courtage en assurances où elle propose notamment des produits en faveur des personnes à mobilité réduite.
Côté sport, elle met un peu plus de temps à trouver son bonheur. « J’avais peur de ne jamais retrouver les sensations que j’avais au basket. J’ai essayé la natation et puis le tennis. Et là je prends beaucoup de plaisir à jouer en fauteuil, c’est moins violent et c’est joli ».

Souad a fait de la compétition pendant plusieurs années, elle a dû s’arrêter pour des problèmes de santé et reprend progressivement. Elle devrait participer à un tournoi en Italie cet été. La série « Vis mon sport » lui a permis de transmettre son expérience. « La vie n’est pas triste et le sport est un bon moteur », conclut-elle.

 

Théo, nageur : « Même avec un handicap, on peut faire du sport de haut niveau »

Il y a quelques années, Théo avait encore peur de l’eau. Aujourd’hui, à 14 ans, il se prépare pour les championnats du monde handisport de natation, à Glasgow en juillet prochain. Beau parcours pour ce jeune homme amputé des quatre membres, à l’âge de 6 ans, suite à une méningite.

C’est grâce à sa rencontre avec Philippe Croizon – qui le surnomme son « mini-moi » – que Théo s’est jeté à l’eau. « Au début, je nageais juste comme ça deux fois par semaine. Aujourd’hui, j’ai deux entraînements par jour, un le matin et un le soir ». Car Théo a rejoint, depuis deux ans, le pôle France jeunes handisport natation au Creps** de Vichy où il est interne en 4e. Il ne revient chez ses parents, en Lorraine, que pour les vacances scolaires. « Au début c’était un peu difficile mais maintenant tout va bien, il y a une très bonne ambiance ».

Il y a quelques mois, Théo a participé à sa première compétition internationale à Berlin, « un avant-goût de Glasgow », dit-il. « Je ne suis pas encore stressé mais j’y pense de plus en plus et je suis pressé d’y aller pour représenter la France ». Quant à la série « Vis mon sport », Théo a tout de suite dit oui à Philippe Croizon. « Faire découvrir à d’autres jeunes mon sport, ça m’a plu. Et je voulais leur montrer que même si on a un handicap, on peut faire du sport de haut niveau ».

 

* Avec Harmonie Mutuelle et soutenu par Léquipe.fr.
** Centre de ressources, d’expertise et de performance sportives.

 

Pour en savoir plus

  • Retrouvez tous les épisodes de la web-série ici.
  • Cécile Fratellini
  • Crédit photo : ©Alfa Ré

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