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Cette enseignante apprend aux enfants à se méfier des fake news

Et si la lutte contre la désinformation passait d’abord par l’éducation des plus jeunes ? C'est le pari de Rose-Marie Farinella, enseignante en Haute-Savoie, qui apprend aux enfants à reconnaître les fake news, ces informations mensongères sur internet.

Cette enseignante apprend aux enfants à se méfier des fake news

Pourquoi attendre que les enfants soient au collège, où ils sont déjà adeptes des réseaux sociaux, pour leur parler des risques de la manipulation sur internet ? Pour Rose-Marie Farinella, mieux vaut le faire le plus tôt possible. Depuis 2014, cette ancienne journaliste, devenue enseignante en maternelle, se rend chaque semaine dans la classe de CM2 de son école de Taninges, en Haute-Savoie, pour y donner un cours un peu particulier. Ce cours a pour but d’apprendre aux enfants à débusquer les fake news. Des contenus fabriqués de toutes pièces pour nous tromper.

« Je recevais beaucoup de fausses informations de ce type sur ma boîte mail et j’en voyais aussi passer sur Facebook. Alors je me suis demandé comment les enfants pouvaient s’y retrouver si les adultes eux-mêmes avaient parfois du mal à distinguer le vrai du faux, raconte Rose-Marie Farinella. C’est comme cela qu’est née cette idée. » Et n’ayant pas trouvé d’outils pédagogiques spécifiques sur la désinformation destinés aux enfants, elle a décidé de les créer, en s’appuyant sur son expérience de journaliste.

Des techniques pour déjouer les fake news

À travers ce projet d’éducation aux médias, l’enseignante espère ainsi faire des enfants de vrais cybercitoyens. Car pour elle, développer leur esprit critique est aujourd’hui aussi important que de leur apprendre à lire, écrire et compter.

Pendant plusieurs mois, Rose-Marie Farinella donne des clés aux élèves pour qu’ils puissent faire la différence entre une info et une intox sur le Web. Avant d’aborder les fausses informations, elle leur fait découvrir ce qu’est une « vraie » information et comment travaillent les journalistes. Elle leur apprend également à vérifier les sources (qui a écrit l’article ? sur quel site ? est-il sérieux ?), à recouper les informations, à les contextualiser ou encore à comprendre le fonctionnement d’un moteur de recherche.

Elle leur enseigne aussi à décrypter les images : reconnaître les photomontages (de plus en plus sophistiqués), déterminer si une photo correspond bien à l’événement qu’elle illustre ou si elle a été recyclée du passé. Des techniques essentielles pour éviter de croire naïvement aux fake news.

Des enfants nés avec internet

Même à dix ans, tous les élèves ont déjà été faire un tour sur le Web, et même sur les réseaux sociaux. Parfois avec leurs parents, leurs frères et sœurs, entre copains ou même seuls. Ils sont nés quand internet existait déjà et cela se ressent dans leurs échanges avec l’enseignante.

D’ailleurs, Rose-Marie Farinella se dit souvent « bluffée » par la pertinence de leurs remarques. Dernièrement, elle a travaillé sur les publicités cachées, en particulier dans les vidéos sur YouTube. Et certains élèves ont spontanément évoqué la notion de placement de produits. « Ils savaient ce que c’était avant même que je leur explique. Parfois, ils m’apprennent des choses également. Ce sont eux qui m’ont parlé la première fois des Illuminati et des reptiliens. Des théories du complot que je ne connaissais pas. C’est valorisant pour eux de découvrir que l’on est émerveillé par leur savoir. »

Les Illuminati et les reptiliens : de quoi s’agit-il ?

Selon certaines théories du complot, les « Illuminati » seraient une organisation conspiratrice qui agirait dans l’ombre pour contrôler le monde. Et certains de ces membres seraient infiltrés au sein de gouvernements, de grands groupes ou encore parmi les artistes.

Quant aux « reptiliens », eux aussi tenteraient de nous manipuler, notamment en usant de la télépathie. Descendants des dinosaures, ils seraient également présents partout. Barack Obama en serait même un, selon les adeptes de cette théorie.

Une pédagogie ludique qui plaît aux élèves

« C’est une méthodologie que je leur apprends. On réfléchit ensemble. Je ne leur dis pas ce qu’il faut faire mais je les amène à se poser des questions », souligne Rose-Marie Farinella. Elle les transforme ainsi en véritables détectives du Web, traquant les fake news. À la fin de l’année, une cérémonie est organisée. Les élèves obtiennent leur diplôme d’apprentis « hoaxbusters » (chasseurs de fausses rumeurs). Et à cette occasion ils prêtent serment, la main sur le cœur : « Je jure sur la tête de la souris de mon ordinateur qu’avant d’utiliser ou de retransmettre une information, toujours je la vérifierai ».

Pour intéresser les enfants, l’enseignante privilégie ainsi les activités ludiques. Elle utilise le dessin, la photo, la vidéo, les jeux de rôle… « Ils rédigent aussi des articles. Ce qui est une autre manière de travailler le français, sans en avoir l’air », assure-t-elle. Avec cette pédagogie innovante, Rose-Marie Farinella réussit à captiver les élèves. Pour son initiative, elle a reçu plusieurs récompenses, dont le 3e prix mondial d’éducation aux médias de la part de l’Unesco en 2017.

Apprendre aux enfants à se méfier des fake news

La Semaine de la presse à l’école

Une autre enseignante, Sophie Mazet, fait ce même type de travail, cette fois-ci auprès d’élèves d’un lycée de Seine-Saint-Denis classé ZEP. Cette professeure d’anglais y a créé un cours « d’autodéfense intellectuelle » qui a donné lieu à un livre*.

Et d’autres mènent des ateliers d’éducation aux médias afin de sensibiliser les élèves. Ils s’appuient le plus souvent sur les ressources pédagogiques du CLEMI, le centre pour l’éducation aux médias et à l’information. D’ailleurs, chaque année, à la fin du mois de mars, le CLEMI organise la Semaine de la presse et des médias dans l’école. L’occasion d’apprendre aux enfants ce qu’est l’information… mais aussi la désinformation.

* Manuel d’autodéfense intellectuelle (Robert Laffont, 2015).

POINT DE VUE

L’éducation aux médias : « une éducation à la citoyenneté »

Serge Barbet est directeur délégué du CLEMI, le centre pour l’éducation aux médias et à l’information.

Serge Barbet
Crédit photo : CLEMI

« Pendant 30 ans, l’éducation aux médias et à l’information était surtout l’initiative de professeurs volontaires, intéressés par ce sujet. Mais désormais, cela fait entièrement partie du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. C’est-à-dire ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire (jusqu’à ses 16 ans). C’est inscrit dans la loi de refondation de l’École de 2013. Ces pratiques ont donc vocation à se généraliser à tous les niveaux, et ce dès le plus jeune âge.

Au CLEMI, nous créons des ressources pédagogiques pour les enseignants et nous les formons, afin de les accompagner dans cette démarche. C’est important car l’éducation aux médias est une éducation à la citoyenneté. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui à l’ère des sociétés numériques. »

À noter : la Semaine de la presse et des médias dans l’école a lieu du 23 au 28 mars 2020. 230 000 enseignants et près de 4 millions d’élèves y ont participé en 2019.

Pour en savoir plus :

La chaîne YouTube Hygiène Mentale, créée par un enseignant, propose des vidéos montrant des extraits des cours de Rose-Marie Farinella.

  • Angélique Pineau-Hamaguchi
  • Crédit photo : Freepik

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