Comment manger local pendant le confinement ?

La crise sanitaire ayant entraîné la fermeture de la plupart des marchés, de nombreux consommateurs sont privés de leur mode d’approvisionnement habituel. Mais il existe des solutions pour acheter local, et soutenir ainsi les petits producteurs.

Comment manger local pendant le confinement ?

En ces temps de confinement, la question de l’alimentation et de l’approvisionnement est devenue centrale : comment se procurer facilement des produits frais et de qualité ? Peut-on faire ses courses en toute sécurité ? Quel avenir pour les agriculteurs ? Beaucoup de producteurs sont en effet à la peine depuis la fermeture des restaurants, des cantines scolaires et des marchés couverts ou de plein air. Fin mars, un quart d’entre eux ont toutefois été autorisés à rouvrir en respectant des protocoles sanitaires stricts.

Mais, malgré cette situation tendue, les circuits courts sont loin d’avoir disparu. Déjà plébiscitées par un nombre grandissant de consommateurs avant la crise, ces alternatives aux supermarchés connaissent même un impressionnant engouement depuis l’instauration du confinement. Entre réseaux déjà existants et initiatives ponctuelles destinées à soutenir la filière agricole, voici quelques pistes (l’inventaire est non exhaustif) pour vous approvisionner localement.

La vente directe à la ferme et le « drive fermier »

Afin de diversifier leur clientèle et leurs sources de revenus, des milliers d’agriculteurs ont installé, sur leur exploitation, un point de vente de produits directement issus de leur activité. Et crise oblige, les visiteurs affluent. « Beaucoup de confrères ont créé des circuits avec des ballots de paille pour que les gens soient bien espacés, placé du gel hydroalcoolique à l’entrée des magasins, élargi leurs heures d’ouverture… Tout le système est bien organisé et nous sommes prêts à accueillir les consommateurs », assure Jean-Marie Lenfant, agriculteur et porte-parole du réseau Bienvenue à la ferme, qui fédère 8000 professionnels et recense 4400 boutiques à la ferme.

La marque Drive fermier (ou Le Drive fermier®) permet également de s’approvisionner simplement en denrées du terroir. Le principe ? Après avoir choisi son drive au plus près de chez lui, le client fait son marché, paie en ligne et récupère ses achats à l’endroit indiqué. Il existe actuellement 45 Drive fermier et 85 points de retrait en France. Mais leur nombre devrait augmenter dans les semaines qui viennent. « Nous avons une vingtaine de demandes d’ouverture de Drive depuis le début de la crise », précise Jean-Marie Lenfant.

A savoir

En complément du réseau Bienvenue à la ferme, des collectivités ou organismes proposent également des répertoires de producteurs locaux, à l’image du site « Mon panier 76 » (créé par le département de la Seine-Maritime) ou de cette carte, mise en ligne par la Chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme, qui géolocalise les points de vente à la ferme ainsi que les marchés autorisés.

Pour plus de renseignements, rapprochez-vous de votre département ou de la Chambre d’agriculture locale.

La livraison à domicile ou sur un point de retrait

Pour permettre aux consommateurs d’accéder facilement à des aliments produits localement, différentes plateformes ont mis en place des dispositifs d’approvisionnement direct. Cultures locales travaille ainsi avec 63 producteurs de proximité et livre à Paris et dans une vingtaine de communes de la petite couronne.

Biovor, de son côté, a modifié son fonctionnement pour faire face à la situation. « En temps normal, nous proposons aux restaurants parisiens des produits bio, de saison, issus de fermes situées à moins de 150 km de la capitale, explique Gil-Antoine Gentric, co-fondateur de Biovor. Lorsque tout a fermé, des producteurs nous ont appelé à l’aide car ils avaient de la matière à écouler. Nous avons donc décidé d’offrir un nouveau débouché aux maraîchers en vendant des paniers aux particuliers franciliens. »

Biovor livre ainsi, à domicile, un assortiment de fruits et légumes : le contenu des paniers est variable en fonction des stocks des agriculteurs. De quoi aussi « faire découvrir » aux clients des aliments moins connus (carotte blanche, pomme de terre bleue d’Artois…)

« Parce qu’être confiné ne veut pas dire ne manger que des pâtes », la plateforme Promus fournit également aux Nantais, Toulousains et Lyonnais, des paniers provenant d’exploitations situées à moins de 80 kilomètres de leurs villes respectives. Dans les Hauts-de-France, Le court circuit permet de s’approvisionner auprès d’exploitants régionaux et de récupérer sa commande sur un point de retrait. En Normandie, c’est le site Les fermes d’ici qui offre le même type de service. En Occitanie, grâce à une plateforme initiée par la Région, cultivateurs locaux et commerçants s’organisent pour livrer les habitants.

Les AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne)

Le système des AMAP, né en 2001 en France, est fondé sur un partenariat entre un producteur et un groupe de consommateurs. Ces derniers s’engagent généralement sur une saison, pour préfinancer la production agricole. « C’est comme une souscription : on achète à l’avance des parts de récolte », précise Evelyne Boulongne, administratrice et porte-parole du MIRAMAP. Le mouvement inter-régional des AMAP dénombre aujourd’hui environ 2000 associations (et 250 000 adhérents) sur toute la France. Et, ces dernières semaines, les sollicitations grimpent.

« En ce moment, tout le monde se recentre sur l’essentiel – la nourriture, la santé, les liens sociaux – et le modèle des AMAP répond à tout cela, analyse Evelyne Boulongne. Il est vertueux (il favorise la vente directe et locale), solidaire (les consommateurs soutiennent le paysan quels que soient les aléas), économique (les produits bio sont au prix du non bio) et sécurisé (tout est prépayé et les conditions de distribution ont été aménagées). »

Attention toutefois : si certaines AMAP ne sont pas complètes et accueillent bien volontiers des adhérents supplémentaires, d’autres ne peuvent pas répondre aux nouvelles demandes. Renseignez-vous auprès des réseaux locaux.

A lire aussi : C’est quoi une AMAP ?

La Ruche qui dit oui !

Avec ses 5000 agriculteurs participants, ses 750 points de distribution et ses 210000 membres actifs, le réseau La Ruche qui dit oui !, créé en 2011, est déjà bien implanté sur le territoire. Grâce à son organisation simple (on sélectionne une « ruche » à proximité de son domicile, on fait ses courses en ligne et on les récupère une fois par semaine) et flexible (pas d’abonnement ni d’obligation de commande), ce dispositif de mise en relation entre particuliers et cultivateurs locaux connaît également un engouement grandissant depuis le début du confinement.

« Les ventes ont été multipliées par deux ou trois et nous avons énormément de premières commandes, souligne Clémence Fernet, chargée de communication externe au siège de l’entreprise. Cela prouve que les gens ont confiance dans les circuits courts – nos produits parcourent en moyenne 49 km – et qu’ils veulent soutenir l’agriculture locale. »

A Paris et en Île-de-France, un service baptisé La Ruche à la maison, qui permet de se faire livrer à domicile, explose lui aussi. « Comme les créneaux de livraison sont vite saturés, il faut se connecter tôt le matin (dès 7h) pour pouvoir obtenir un rendez-vous six jours après », conseille Clémence Fernet.

Une carte pour connaître les initiatives

Lancé par quatre amies (trois journalistes et une photographe culinaires), Le Marché Vert est une carte collaborative recensant les initiatives permettant de « bien (se) nourrir pendant le confinement tout en soutenant les acteurs d’une agriculture respectueuse du vivant ».

« Lorsque la fermeture des marchés a été annoncée, nous avons réfléchi à une façon d’aider les petits producteurs à écouler leur marchandise localement », raconte Céline Maguet, à l’origine du projet avec Jill Cousin, Zazie Tavitian, et Anne-Claire Héraud. Le principe ? Grâce à un formulaire, chacun peut référencer les adresses de proximité pratiquant la vente directe et fonctionnant en circuit court (ferme, magasin de producteurs, épicerie, marché…). Les participants sont invités à préciser les catégories de produits proposés (fruits et légumes, viande, poisson…), le mode d’agriculture pratiquée (bio, conventionnelle…) ainsi que les jours et horaires d’ouverture et/ou de distribution. Toutes les informations sont ensuite vérifiées et la carte complétée au fur et à mesure.

Depuis son lancement, le 28 mars, cet outil solidaire a déjà recensé 1 200 adresses et cumulé 420 000 vues. « Grâce au Marché Vert, beaucoup de gens découvrent des initiatives près de chez eux qu’ils ne connaissaient pas, se réjouit Céline Maguet. Les consommateurs se rendent compte que le tissu agricole français est très riche et que, pour s’alimenter, il y a beaucoup d’alternatives aux supermarchés… ».

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Natacha Czerwinski

journaliste spécialisée dans les sujets de société (éducation, famille, environnement, initiatives positives...)

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