L’accueil familial, une alternative méconnue à la maison de retraite

Le dispositif, qui permet à des personnes âgées ou handicapées d’être prises en charge au domicile de particuliers agréés, offre un cadre de vie chaleureux et sécurisant.

L’accueil familial, une alternative méconnue à la maison de retraite

Tous les matins, c’est immuable, Christine Pécriaux installe six bols sur la table. Pour les six membres de sa « grande famille recomposée de tous les âges », comme aime à la définir cette quadra au rire facile. Il y a le sien, bien sûr, celui de son mari et de son fils Dylan, 8 ans. Mais il y a aussi les tasses de Thérèse, 89 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer, de Jacqueline, 83 ans, fort diminuée à la suite d’un AVC, et de Renaud, 24 ans, qui souffre d’un retard mental. Et si ces trois personnes partagent la vie quotidienne du foyer (sorties à la mer, fêtes de Noël…), elles ont toutefois une place un peu à part. Ce sont les « accueillies » de Christine Pécriaux. Car, depuis cinq ans, cette Pas-de-Calaisienne est accueillante familiale.

« Quand j’ai eu mon 3e enfant, j’ai eu besoin de travailler de chez moi, d’avoir un autre rythme, confie cette ancienne coiffeuse. J’ai toujours aimé le contact et là, j’ai vraiment trouvé le métier qui me correspond. » Sa plus grande joie ? Voir « ses » personnes accueillies retrouver goût à la vie, petit à petit. « Quand elle est arrivée chez moi, Thérèse ne faisait plus rien. Elle a réappris le tricot en me regardant. Elle était aussi très agressive, aujourd’hui elle est souriante, agréable. L’accueil familial permet aux personnes âgées de rester en lien avec les choses de la vie », assure cette professionnelle dynamique, qui se bat aussi pour faire connaître le dispositif. Et pour que les personnes âgées et leurs proches puissent avoir « le choix ».

À mi-chemin entre le domicile et la maison de retraite

Car, même si la plupart des seniors espèrent vieillir chez eux, dans leur environnement familier, il n’est pas toujours possible – dépendance oblige – de les maintenir à domicile. La maison de retraite, qui pâtit d’une image très négative, reste une solution souvent subie. Selon une récente étude du Credoc*, seuls 19 % des aînés qui viennent d’entrer en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou qui s’apprêtent à le faire ont pris cette décision eux-mêmes. Or, l’accueil familial permet justement d’offrir un système à mi-chemin entre le maintien à domicile et l’hébergement collectif en établissement.

Le principe ? Proposer à une personne âgée (ou handicapée) de bénéficier d’une prise en charge permanente, temporaire voire séquentielle (tous les week-ends, par exemple) au sein d’une famille agréée et contrôlée par le Conseil départemental.

Pour obtenir l’agrément, qui est délivré après une enquête sociale et pour une durée de 5 ans, l’accueillant familial doit mettre à disposition une chambre individuelle d’au moins 9 m² et des équipements adaptés au niveau d’autonomie de la personne accueillie. Celle-ci doit avoir accès aux pièces communes, participer à la vie quotidienne du foyer et pouvoir bénéficier d’un accompagnement personnalisé. On considère qu’il y a aujourd’hui en France 10 000 accueillants agréés et 15 000 personnes accueillies (un même accueillant peut recevoir jusqu’à trois personnes).

* Credoc : Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.

Les avantages de l’accueil familial

« Tout le monde connaît le principe de l’accueil d’enfants, peu de gens ont entendu parler de l’accueil d’adultes, déplore Belén Alonso, présidente de Famidac, l’association de référence des accueillants familiaux. Pourtant, c’est un dispositif performant qui présente de nombreux avantages.

C’est une solution malléable : en fonction des envies de la personne âgée, elle peut vivre à la campagne, en ville, dans une famille avec des enfants ou non… Elle est également prise en charge 24h/24, sans qu’elle change ses habitudes, car l’accueillant se doit de maintenir les liens de l’accueilli avec sa famille, ses amis, voire son animal de compagnie. »

Autre atout non négligeable : « C’est une solution économique, poursuit Belén Alonso. Même si le prix journée est librement négociable, il restera toujours moins cher qu’en EHPAD. Enfin, l’accueil est individualisé et plus sécurisant que dans certaines institutions qui manquent parfois de personnel. »

Des disparités à l’échelle du territoire

Le système de l’accueil familial est, en théorie, accessible à tous les seniors qui le désirent, quel que soit leur degré de dépendance. « La question, c’est celle des limites que se fixent l’accueillant et l’accueilli, précise la responsable associative. Car l’accueil familial reste une rencontre et une relation de gré à gré. »

Pour trouver un accueil conforme à ses attentes ou à celles d’un proche, le Conseil départemental est l’interlocuteur prioritaire. Celui-ci délivre en effet, sur sollicitation, la liste des accueillants familiaux agréés. À charge ensuite pour le demandeur de les contacter. « Les services sociaux seront en mesure de vous dire à quelles aides vous pouvez prétendre », ajoute Belén Alonso, qui recommande également de consulter le site de Famidac. Une « carte de France » des accueillants et un système de petites annonces permettent de prendre connaissance des places proposées.

Car l’accueil familial est loin d’être uniforme à l’échelle du territoire. Ainsi, selon une enquête menée en 2014 par l’Ifrep*, le nombre d’accueillants familiaux agréés peut varier de 2 à 507 par département. En fonction de votre lieu de vie, la recherche d’une place peut donc s’apparenter à un parcours du combattant. « Un conseil départemental qui est convaincu que ce système est une bonne solution va le développer et tout faire pour vous aider, explique Belén Alonso. Mais certains autres, qui n’y sont pas favorables, peuvent aller jusqu’à refuser de vous fournir la liste des accueillants agréés… »

* Institut de formation, de recherche et d’évaluation des pratiques médico-sociales.

Une plateforme novatrice pour « valoriser » le dispositif

Pour faciliter la mise en relation entre accueillants et personnes désireuses d’être accueillies, Paul-Alexis Racine-Jourdren a créé CetteFamille. Cette entreprise sociale et solidaire, née en 2016, se propose, contre rémunération, de « construire les meilleurs binômes possibles ». Des entretiens poussés permettent de cerner les conditions de vie, les goûts et les habitudes des accueillis comme des accueillants.

Mais l’objectif de CetteFamille – qui dispose d’un réseau de près de 5 000 lits dans 80 départements – est aussi de simplifier les démarches administratives pour les deux parties. « Quand une personne vit en EHPAD, on lui présente une facture à la fin du mois, décrit Paul-Alexis Racine-Jourdren. Mais, dans l’accueil familial, il y a un contrat à remplir, des avenants, des assurances… Le dispositif peut paraître très compliqué. »

Cette entreprise sociale et solidaire, qui a noué des partenariats avec plusieurs départements (elle y fait alors office de plateforme de référence pour orienter les demandeurs), entend aussi servir de « tampon » et de « tiers de confiance ». Car, entre le bénéficiaire, l’accueillant et la famille « naturelle » de l’accueilli, la dynamique est parfois complexe.

« Au quotidien, nous faisons beaucoup de conseil, indique Paul-Alexis Racine-Jourdren. Les départements sont bien sûr les garants du dispositif, mais ils n’ont pas la capacité d’assurer une présence en continu sur ces questions très spécifiques. Avec CetteFamille, nous proposons de nouveaux outils mais aussi un autre regard sur l’accueil familial. Car il est dommage que ce modèle ne soit pas plus valorisé. »

 

Accueillant familial : un statut qui reste à construire

Même s’il existe depuis près de 30 ans, le système de l’accueil familial – instauré par la loi du 10 juillet 1989 – pâtit encore aujourd’hui d’un manque de visibilité dû, en grande partie, au statut bancal des accueillants. « Tant qu’au niveau national il n’y aura pas un cadre qui motive les accueillants à continuer et qui donne envie à d’autres de demander l’agrément, l’accueil familial ne pourra pas se développer comme on voudrait », estime Belén Alonso, la présidente de Famidac. Cette association, qui fédère les accueillants familiaux et leurs partenaires, se bat pour obtenir la même reconnaissance que les assistantes maternelles.

Parmi ses revendications, le droit aux prestations chômage – lors du départ (ou du décès) de l’accueilli, l’accueillant se retrouve aujourd’hui sans ressources – ainsi qu’une formation diplômante. Une façon, souligne Belén Alonso, de « donner une image professionnelle à l’accueil familial », loin du cliché du « dévouement » encore trop souvent associé à ce métier.

  • Natacha Czerwinski
  • Crédit photo : Eva-Katalin / Getty

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