Témoignage : « Le coronavirus nous a encore plus soudés »

Sophie et Olivier sont commerçants. Obligés de fermer leur laboratoire photo, ils racontent leur confinement avec leurs trois enfants. Entre inquiétude pour le lendemain et relativisme face au présent.

Témoignage : « Le coronavirus nous a encore plus soudés »

L’appartement est agréable, très ajouré. Suffisamment spacieux pour que chacun puisse vaquer à ses activités ou s’isoler. Dehors, il fait beau. Les fenêtres sont grandes ouvertes. Le chant des oiseaux vient bercer le calme olympien des lieux. Sophie et Olivier, commerçants photographes à Montpellier, travaillent sur l’agencement de leur site internet professionnel. Leur bureau est improvisé dans le salon. L’aînée de leurs trois enfants, Lou-Ann, 15 ans, fait ses devoirs. Sa cadette de 13 ans, Zoé, lit. Le benjamin de la fratrie, Camille, 11 ans, joue dans sa chambre. La famille respecte strictement les règles du confinement imposées pour éviter les risques de circulation de contamination du Covid-19. Pas de sorties. Même pas pour une baguette de pain. Les courses se font dans les drives alentours.

La crainte des conséquences économiques du Covid-19

La tranquillité ambiante n’a pas été au rendez-vous les premiers jours. Car Sophie et Oliver ont dû fermer leur laboratoire photo. Avec toutes les conséquences économiques et les angoisses du lendemain qui en découlent.

« On ne peut pas être sereins. On a mis dix ans pour asseoir nos activités. Et là, d’un coup, on se retrouve impuissants devant cette inconnue, ce gouffre, qui paralyse le monde », observe Sophie, inquiète. « Avec d’autre collègues indépendants, nous nous soutenons. On s’appelle. On communique sur des dispositifs mis en place, les perspectives », poursuit Olivier. Et surtout, le couple planche tous les jours sur la reprise, la survie de son entreprise, déterminé à rouvrir, ce 11 mai, son commerce aménagé pour recevoir la clientèle dans le strict respect des mesures sanitaires.

Le matin, les deux parents se lèvent à 6 h. Comme s’ils allaient devoir travailler. S’informent sur la situation en épluchant les médias en ligne, puis réveillent les enfants vers 8 h. « Nous nous habillons, Sophie se maquille. C’est important de mettre des cadres et de ne pas se laisser aller », confie Olivier. « On a fixé des règles : chacun bosse jusqu’à midi et reprend après le déjeuner jusqu’à 17 h. Evidemment, on peut se permettre des pauses. Le weekend, c’est champ libre, ainsi que le mercredi après-midi ».

Pas évident de superviser la classe des enfants

Le nez sur l’ordinateur ou le téléphone portable à l’oreille pour appeler le comptable ou un ami entrepreneur n’empêchent pas le couple de veiller sur ses trois enfants. Les devoirs sont encadrés. « On se rend compte que ce n’est pas évident de superviser la classe, de répondre à toutes les questions. C’est un vrai métier d’être enseignant », reconnaissent les deux parents.

Personne ne vient se plaindre de cette routine suspendue dans le temps. Il n’y a pas de tensions majeures. Pas de rébellion. Pas d’autorité qui ne tienne. Tout s’est mis en place naturellement. Il faut dire que la famille est très unie. Chacun respecte l’autre. « Ce confinement nous a soudés encore plus. Nos enfants ont toujours été notre point d’ancrage, une richesse importante. Nous avons la chance d’être un noyau solide », souligne Sophie.

Réfléchir sur le sens de la vie

Le week-end, le temps se partage entre les loisirs et les proches, les amis. A défaut de ne pouvoir se voir, de prendre physiquement des nouvelles, le téléphone tourne à plein régime. Tout comme les vidéo-discussions via les applications. « Ma sœur est interprète en langue des signes. Elle intervient parfois derrière les officiels, comme le ministre de la Santé, donc ça nous permet de la voir. Les enfants sont scotchés devant la télé dès qu’elle apparaît », sourit la maman.

Face à cette crise sanitaire si brutale et exceptionnelle, Sophie réfléchit beaucoup. Sur le sens de la vie. Entre inquiétude et relativisme. « Nous sommes si peu de choses. Tout peut basculer du jour au lendemain. Cela remet les pendules à l’heure sur ce qui est primordial, prioritaire », continue-t-elle. Son mari acquiesce. Tout aussi ému. Leurs liens n’en sont que plus profonds.

  • Patricia Guipponi
  • Crédit photo : S et O Le Studio

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