Un téléphone portable pour mon enfant : à quel âge ?

Entre les demandes des jeunes ados et certains discours alarmistes, difficile pour les parents de savoir quand accorder le droit à leur enfant de posséder un téléphone portable. Voici des conseils pour identifier ses besoins, l'accompagner dans son usage et le prévenir des dangers potentiels.

Enfants et téléphone portable

A l’approche de la rentrée scolaire, la question du premier smartphone est posée par beaucoup d’enfants. A quel âge faudrait-il y céder ? 90 % des Français de 12 à 17 ans possédaient un téléphone en 2018, selon le Baromètre numérique de l’Arcep. Chez les 7-12 ans, ils étaient 22 %.

« Les parents voudraient des réponses claires à la question de l’âge et de l’effet du smartphone sur le développement de leurs enfants, mais à ce stade, la science n’en a pas », prévient Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation. « On n’a pas le recul suffisant. Le peu de données qui existent sont très contradictoires. Il y a un discours alarmiste – et d’ailleurs très médiatisé – sur les dangers de ces écrans, or les choses sont plus nuancées. »

Comprendre pourquoi l’enfant veut un portable

On peut commencer par suivre la règle du « 3-6-9-12 » médiatisée par le pédopsychiatre Serge Tisseron et qui vise à préserver les apprentissages et la sociabilisation hors des écrans : avant 3 ans, pas de télévision. Avant 6 ans, pas de console de jeux personnelle. Avant 9 ans, pas d’Internet. Et avant 12 ans, pas d’Internet seul. Or qui dit smartphone, dit navigation sur Internet. « Les première demandes de la part des enfants arrivent vers 9 ans », observe Olivier Duris, psychologue clinicien et membre de l’association 3-6-9-12, qui sensibilise parents et enfants à l’exposition aux écrans, « mais c’est à l’entrée au collège que la pression augmente ». « Mon premier conseil est de comprendre pourquoi son enfant souhaite un smartphone. Est-ce uniquement parce que les autres en ont un ? Pour rentrer seul de l’école ? Ou parce qu’il emprunte sans arrêt le smartphone d’un parent pour jouer à des jeux ? Tout cela doit être discuté en famille. »

Définir une date pour le premier téléphone

Olivier Duris propose aux parents de fixer à l’avance une date à laquelle l’enfant aura le droit au smartphone. « Ainsi, il va pouvoir se préparer : parler des applications qu’il souhaite installer, choisir avec ses parents de quel modèle il a besoin… N’oublions pas que c’est un objet relativement complexe, même pour ceux qui sont nés avec ! » Même son de cloche chez Grégoire Borst : « Ce n’est pas parce qu’on les surnomme les digital natives” (nés avec le numérique, ndlr) que les jeunes ont tout compris ! Ils sont par exemple très naïfs sur le fonctionnement et le danger potentiel des réseaux sociaux, comme les adultes qui utilisent de faux profils pour entrer en contact avec des adolescents. » Il est donc crucial de se pencher avec son enfant sur l’usage de son futur téléphone : messagerie, jeux, vidéos, réseaux sociaux…

Fixer des limites sur l’usage du smartphone

Une fois le principe du téléphone accepté, et avant même son achat, il faudra fixer ensemble des limites sur son usage. « Quel que soit le domaine, un adolescent a besoin de règles », rappelle Olivier Duris. Les parents doivent fixer des plages horaires d’utilisation du téléphone et des limites de temps. Des applications permettent de le faire sans avoir à surveiller soi-même. C’est aussi l’occasion de montrer l’exemple et de décréter en famille des temps sans écran – pourquoi pas à table.

La fonction de contrôle parental permet de maîtriser les contenus auxquels son enfant pourrait être confronté. On peut bloquer l’accès à des sites au contenu « adulte » ou interdire le paiement avec carte bancaire, par exemple.

Expliquer les réseaux sociaux

Enfin, pour certaines applis, il est possible de fixer une nouvelle limite d’âge. « Les jeunes peuvent par exemple avoir un portable à 11 ans mais attendre 13 ans pour s’inscrire sur les réseaux sociaux », suggère Olivier Duris. Cela permet aux parents de prendre le temps de connaître ces réseaux et d’en expliquer les bons usages : choisir ce que l’on poste de soi, maîtriser la visibilité de son profil, éviter les mauvaises rencontres, etc.

Inutile pour autant de diaboliser ces réseaux, prévient le professeur Borst. « La puberté voit une reconfiguration très forte du cerveau, qui devient extrêmement sensible aux liens sociaux. C’est un vrai besoin : ce n’est donc pas surprenant qu’ils passent du temps sur ces réseaux, qu’ils utilisent en majorité pour discuter avec leurs copains de classe ! Et on a observé qu’obtenir un “like” sur une photo ou un post provoque dans le cerveau le même effet que recevoir un compliment. » Pas mal à l’âge où l’on a besoin de se rassurer et de développer son estime de soi… mais en gardant à l’esprit que la recherche effrénée du like doit rester sous contrôle !

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Pauline Hervé

journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

Aucun commentaire pour cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.