Vrai/faux sur les circuits courts

Les circuits courts, vous en avez déjà entendu parler. Vous les utilisez peut-être même pour vos achats alimentaires. Mais savez-vous qu’ils suscitent encore beaucoup d’idées reçues ? Décryptage.

Vrai/faux sur les circuits courts

Local et circuit court, c’est la même chose.

FAUX. Quand on parle de « circuit court » en France, on fait référence uniquement au nombre d’intermédiaires entre celui qui produit et celui qui achète. Selon la définition officielle, c’est « un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte. A condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire entre l’exploitant et le consommateur ».

En théorie, il serait donc possible d’acheter un produit en circuit court venant de l’autre bout de la planète. Mais, en pratique, la plupart de ceux qui existent dans notre pays intègrent cette notion de proximité géographique. Avec l’idée de rapprocher producteurs et consommateurs d’une même région, d’un même territoire. Car c’est justement ce que ces derniers recherchent à travers les circuits courts : mieux connaître l’origine des produits, tout en soutenant l’économie locale.

Les circuits courts, c’est un truc de « bobos ».

FAUX. « Toutes les catégories sociales sont en réalité concernées, comme l’a montré une étude menée en 2013, souligne Yuna Chiffoleau, directrice de recherche en sociologie et ingénieure agronome à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique). « Les cadres, les femmes et les retraités sont les plus représentés. Mais les jeunes, les hommes, les professions intermédiaires et même les ouvriers fréquentent de plus en plus les circuits courts. »

Si l’on prend le seul exemple des AMAP, les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, il en existe plus de 2000 aujourd’hui en France. Elles regroupent environ 10 000 producteurs et 250 000 adhérents sur tout le territoire. Le mouvement n’est donc plus du tout marginal. Idem pour les magasins de producteurs. Ils sont plus de 400 en France. Sans compter les nombreuses plateformes d’achat sur internet qui se créent chaque année. À l’image de la Ruche qui dit oui, née en 2011 et qui affiche déjà 900 ruches actives et 150 000 clients.

Acheter en circuit court, cela revient plus cher.

FAUX. C’est sans doute l’idée reçue qui colle le plus à la peau des achats en circuit court : ils seraient trop chers. L’UFC Que Choisir a comparé les prix des fruits et légumes, pratiqués par les magasins de producteurs, les grandes surfaces et les primeurs (enquête réalisée fin 2017). Pour cela, l’association de consommateurs a constitué deux paniers de 15 fruits et légumes, l’un en bio, l’autre en agriculture conventionnelle. Résultat : dans les deux cas, les produits venant des magasins de producteurs étaient moins chers.

« Souvent, les personnes qui pensent que c’est hors de prix sont celles qui n’achètent pas en circuit court », explique Yuna Chiffoleau, également coauteure du livre Et si on mangeait local ? Comment les circuits courts vont changer mon quotidien*. Alors qu’une fois qu’ils ont testé, les consommateurs en apprécient le rapport qualité-prix. C’est même l’un des arguments qui les incitent à continuer. « Il faut aussi comparer ce qui est comparable. Un premier prix de grande surface n’a rien à voir avec un produit vendu en circuit court. Ce ne sont pas les mêmes modes de production, ni les mêmes variétés ou races derrière. De plus, un légume sera récolté la veille et à maturité alors qu’il aura été stocké plusieurs jours au moins avant d’être proposé en supermarché. Au final, à qualité équivalente et à condition de respecter les saisons, les produits peuvent être jusqu’à 20 % moins chers en circuit court. »

* Publié aux éditions Quæ, en 2017.

Les agriculteurs qui travaillent en circuits courts sont mieux rémunérés.

VRAI et FAUX. Le principe des circuits courts, c’est de réduire les intermédiaires au point de n’en avoir plus qu’un seul au maximum. Donc la marge des producteurs sur chaque produit est en général plus importante. Pour autant, travailler en circuit court n’est pas l’assurance d’être mieux rémunéré.

« Certains producteurs ne savent pas fixer leur prix, lorsqu’ils se retrouvent libres de le faire, indique Yuna Chiffoleau. Ils ne comptent pas toujours le temps passé par exemple à préparer des paniers, à transformer leurs produits, à faire des livraisons… Ce qui peut parfois aboutir à une situation paradoxale où la rémunération horaire serait moindre qu’en circuit long. Car ils touchent certes plus d’argent sur chaque produit vendu mais travaillent davantage. » En fait, les revenus de ces producteurs sont très hétérogènes.

« Il faut au moins cinq ans pour atteindre un rythme de croisière. Les premières années sont difficiles car il faut se constituer une clientèle. Mais ceux qui arrivent à bien organiser leur travail s’en sortent mieux, voire beaucoup mieux qu’en circuit long. Et le plus important pour les producteurs en circuit court, ce n’est pas tant un chiffre d’affaires élevé qu’un apport régulier de trésorerie. »

Les circuits courts, c’est meilleur pour l’environnement.

VRAI et FAUX. L’Ademe s’est interrogée sur l’impact des circuits courts de proximité. Et la conclusion de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie est claire. « Réduire la distance entre le producteur et le consommateur permet dans certains cas de réduire les impacts du transport. Cependant, la grande diversité de ces circuits ne permet pas d’affirmer qu’ils présentent systématiquement un meilleur bilan environnemental que les circuits « longs », notamment en matière de consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre ». Sarah Martin, chargée de mission alimentation durable à l’Ademe, précise : « Même sur une distance courte, on peut avoir un impact significatif si on n’a pas bien réfléchi à sa logistique. C’est le cas par exemple d’un producteur qui ferait 50 kilomètres pour amener des produits au marché dans une camionnette pas totalement remplie et qui en reviendrait à vide. »

Mais plus encore que le type de transport utilisé, les modes de production comptent aussi. « Une tomate peut être produite à côté de chez vous mais hors saison et sous serre chauffée. Elle aura alors un impact énergétique très important », ajoute Sarah Martin. Reste que ce genre de pratiques est moins répandu dans les exploitations qui commercialisent en circuit court. Déjà, parce qu’elles sont plus nombreuses à travailler en agriculture biologique : 10 % contre 2 % seulement en circuit long. « Elles ont aussi d’autres effets positifs, notamment sur la biodiversité, explique Yuna Chiffoleau de l’INRA. Ces exploitations permettent de maintenir certaines variétés anciennes ou locales. Elles entretiennent davantage les paysages et évitent l’urbanisation autour des villes. »

Par ailleurs, les circuits courts – par définition – rapprochent les producteurs des consommateurs. Ces derniers vont ainsi pouvoir poser plus facilement des questions sur les modes de production. Et donc avoir une influence positive sur eux.

  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : PeopleImages / Getty et vidéo : Angélique Pineau

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