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Marie-Amélie Le Fur

Rencontre avec Marie-Amélie Le Fur

Double médaillée d’or aux Jeux Paralympiques, Marie-Amélie Le Fur nous confie ses sentiments après cette belle aventure. Et son engagement pour faire connaître le handisport. Rencontre.

Vous qui avez fait de la citation de Saint-Exupéry votre devise « Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité », vous l’avez vraiment mise en pratique à Rio ?

Marie-Amélie Le Fur : C’est vrai, avec tout mon entourage, on avait un rêve : un deuxième titre paralympique. Il est accompli et même plus, puisqu’on revient avec deux médailles en or, sur 400 m et en longueur, ainsi qu’une en bronze sur le 200 m. Mais au-delà de la performance que l’on construit en équipe, les Jeux de Rio ont vraiment été très forts humainement. J’ai fait de belles rencontres, j’ai pris le temps de partager et de vivre avec l’équipe de France, toutes disciplines confondues. Nous avons vécu des moments riches en émotion, aussi bien dans les victoires que dans les défaites. Et aujourd’hui, ce n’est pas fini puisqu’on revit ce rêve par procuration à travers des mots, en le racontant. Au niveau sportif, même si j’ai pris beaucoup de plaisir à Rio, je ne sais pas encore quand je repartirai. Le corps et l’esprit sont très fatigués, je dois donc me reposer puis décider si je suis capable de repartir jusqu’en 2020 à Tokyo. En attendant, en 2017, je vais me mobiliser en faveur de la candidature de Paris 2024.

 

À 6 ans, vous pratiquiez déjà l’athlétisme. À 16 ans, à la suite d’un accident de scooter, vous êtes amputée de la partie inférieure de la jambe gauche et vous reprenez l’entraînement quatre mois après. Comment avez-vous trouvé cette force ?

M-A. L. : Je me suis reconstruite par le sport avec la natation et la plongée au départ puis la course ensuite. Mon entourage m’a beaucoup aidée également, il m’a donné envie d’aller plus loin. C’est important de ne pas être seule et de ne pas se battre que pour soi. Dans chaque situation, j’essaie de tirer le positif même si je suis bien consciente des difficultés. C’est une véritable démarche de construction.

 

Dès 2005, vous devenez championne de France handisport sur 200 m, la course est un véritable « moteur » pour vous ?

M-A. L. : Le sport est une passion. A travers lui, c’est la possibilité de se fixer des objectifs de plus en plus durs, et donc de progresser humainement et physiquement. Il y a toujours de nouveaux rêves, de nouvelles ambitions et des objectifs à atteindre.

 

« La différence est quelque chose de positif. »

Marie-Amélie Le Fur

 

Vous vous mobilisez pour faire connaître le handisport en allant dans les écoles. Quel message faites-vous passer ?

M-A. L. : Tout simplement que le handicap n’est pas une fin en soi. La vie ne s’arrête pas là. La différence est quelque chose de positif, et c’est important d’y croire. Cela fait maintenant cinq ou six ans que je vais à la rencontre des enfants. Ils sont très réceptifs, on peut leur parler du handicap sans qu’ils n’aient de préjugés. Je veux aussi développer le handisport dans mon département, le Loir-et-Cher, afin de faciliter l’accessibilité des clubs sportifs aux personnes en situation de handicap. J’ai eu moi-même des difficultés à trouver un club handisport, je suis d’ailleurs licenciée dans un département voisin. Aujourd’hui, l’offre est très hétérogène en France et varie selon les départements. Il faut rassurer les clubs et les bénévoles, qui ont parfois peur de ne pas être à la hauteur : le sport n’est pas si différent que l’on soit valide ou en situation de handicap.

 

Comment justement faire bouger les lignes en France ?

M-A. L.  : Aujourd’hui, on est plus à l’aise avec le sujet du handicap. L’accueil de la médiatisation des jeux paralympiques de Rio prouve que les Français sont prêts à voir des images. Mais il reste encore beaucoup de choses à faire. Il faut diminuer les peurs et oser en parler librement et naturellement. Nous devons utiliser des images positives, que ce soit dans le domaine du sport, de la culture ou du monde de l’entreprise et montrer que le handicap est vecteur de performance. Il faut bousculer notre façon de faire, sortir de nos carcans et cela fera progresser tout le monde. L’accessibilité doit être améliorée. Le handicap ne doit plus être un casse-tête ou un problème.

 

En savoir plus

Pour trouver un club handisport, rendez-vous sur handisport.org où une carte de France permet de localiser les associations près de chez vous.

 

Des titres régionaux aux Jeux de Rio

Marie-Amélie Le Fur commence l’athlétisme dès l’enfance. Et très vite, elle décroche des titres départementaux et régionaux. Son accident de scooter en 2004, stoppe, momentanément son ascension. Amputée de la partie inférieure de la jambe gauche, elle revient très vite sur la piste. En handisport cette fois. Elle enchaîne les médailles et les titres. En 2012, elle décroche l’or sur 100 m aux Jeux paralympiques de Londres avant de compléter sa moisson, cet été à Rio, avec deux titres et une médaille de bronze. L’équipe de France paralympique est rentrée avec 29 médailles (9 en or, 5 en argent et 14 en bronze).

  • Cécile Fratellini
  • Crédit photo : G.Picout

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