L’urgence à repenser la protection sociale, éreintée par la Covid-19

La crise sanitaire et ses conséquences économiques ont accru les inégalités sociales, déjà présentes en France. Le système de protection sociale actuel montre ses limites. La question de son devenir est relancée. Ce samedi 5 septembre, elle était au cœur d’un débat au Festival des Idées de La Charité-sur-Loire.

festival des idées

« Quelle protection sociale après la Covid-19 ? », tel était le thème d’un des débats proposés dans le cadre du Festival des Idées, qui s’est déroulé du 4 au 6 septembre à La Charité-sur-Loire, dans la Nièvre. Initialement prévue en juillet, la 2e édition de ce rendez-vous annuel a été, justement, repoussée pour cause de coronavirus. L’épidémie, au centre des préoccupations sanitaires des organisateurs, n’a pas empêché le déplacement d’un auditoire masqué plutôt fourni.

Nicolas Leblanc, médecin conseiller santé du groupe mutualiste VYV, animait ce débat. Il a rappelé, en préambule, l’impact ravageur de la crise sanitaire et économique consécutive à la Covid-19 sur le quotidien de tout un chacun, les limites du modèle social actuel. « Les règles originelles, à vertu universaliste, de notre système de protection sociale n’empêchent pas de profondes inégalités sur le territoire français. » Certes, ces disparités existent depuis longtemps « mais l’épidémie les a révélées et accentuées ».

Un festival pour réfléchir sur le sens de la société

Le Festival des Idées, lancé à l’automne 2018, rassemble citoyens, médias, acteurs du monde politique et social, de sensibilités diverses, qui veulent débattre, réfléchir sur le sens et à la finalité de la société, la notion de bien commun. Et ainsi dégager des axes d’actions, des alternatives sociales, démocratiques, écologiques…

S’interroger sur l’essence même de la protection sociale

Une fois ce constat posé, quelles solutions envisager pour améliorer le système de protection sociale ? Doit-on rebattre complètement les cartes ? Réajuster le dispositif pour plus d’efficacité ? Pour le député des Landes, Boris Vallaud, intervenant au débat, le plan de relance de 100 milliards initié par l’État conforte ces inégalités. Les plus vulnérables, dont font partie les jeunes, en sont les grands oubliés. « Il n’y a pas d’aide sociale spécifique stipulée bien que la crise les ait frappés au premier chef. » Lui préconise l’ouverture du RSA dès 18 ans et d’une aide individuelle à l’émancipation.

Alfred Spira, médecin épidémiologiste, insiste sur la nécessité d’une refonte globale « du secteur de la santé mais aussi des revenus, de la fiscalité à redistribuer de façon efficace, de l’éducation, des transports… » Éric Chenut, vice-président délégué du Groupe MGEN et vice-président de VYV 3, estime que la protection sociale devrait être « réinterrogée dans son essence même pour retrouver ses capacités à réduire les inégalités ». Il est rejoint sur ce point par la philosophe Fabienne Brugère, qui prône, « un changement radical du modèle social, de nos modèles structurels ».

La nécessaire revalorisation des métiers modestes

Cécile Duflot, directrice générale de l’ONG Oxfam France, souligne que les inégalités de genre sont une illustration manifeste de cette crise sanitaire : « Il faut saluer le travail des médecins mais aussi des infirmières, des aides-soignantes, femmes au front de cette épidémie, dont le revenu doit être repensé. »

Des métiers à revaloriser et à protéger, comme le remarque Boris Vallaud : « La Covid-19 nous force à nous interroger sur la valeur du travail. Celui dont on ne peut se passer est celui des plus modestes. » Et de rappeler qu’en 1968, la grève des éboueurs à New-York a été entendue, devant la nécessité de leurs fonctions. Leurs revendications ont été acceptées, à la différence de celles exigées par les banquiers centraux irlandais, mobilisés un an après, « qui n’ont rien obtenu ».

Combattre les inégalités

Alfred Spira plaide pour un système de protection sociale adaptée, différencié pour « mieux protéger les plus vulnérables » et combattre les inégalités. « Avant, on appelait ça de la discrimination positive. Aujourd’hui, on parle d’universalisme proportionné. » Pour conclure, Éric Chenut insiste sur le risque de distorsion entre le discours et les actes dans les changements à impulser.

La parole doit être ouverte à tous. Les particularismes, l’esprit collectif sont à respecter scrupuleusement. « Le groupe de protection sociale VYV a été constitué par un ensemble de mutuelles afin d’offrir des couvertures adaptées à chacun, de permettre un accès effectif aux soins, aux protections et ainsi prendre en compte les situations les plus fragmentées, les moins linéaires de l’existence ».

Légende de la photo : De nombreux débats ont été organisés durant le Festival des idées du 4 au 6 septembre 2020.

  • Crédit photo : DR
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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