Hôpital : au coeur d’un service d’urgences

Des patients qui en ont assez d’attendre et qui s’énervent, le manque de lits... C’est le quotidien de l’équipe médicale d’un service d’urgences. Sans oublier le bonheur de sauver des vies. Plongée au cœur de celui de l’hôpital d’Albi, dans le Tarn.

Hôpital : au coeur d’un service d’urgences

9 heures aux urgences de l’hôpital d’Albi. Des parents originaires de Bretagne de passage dans la région arrivent, inquiets, avec leur bébé qui a de la fièvre. « Il va falloir attendre longtemps ? », demandent-ils. À l’accueil, Josée, aide-soignante, tout en demandant le motif de leur venue et leur couverture sociale, les rassure.

Ce jour-là, les jeunes parents se retrouveront rapidement dans l’un des « box » des urgences pris en charge par une infirmière puis un médecin. Mais parfois l’attente est longue même à 9 heures. « Il faut savoir que le matin, nous ne commençons pas à zéro !, explique Rodolphe Maignal, chef de pôle SAMU-Urgence-Réanimation de l’hôpital d’Albi. Les patients de la nuit sont encore là car tous les examens n’ont pas pu être réalisés ou il n’y a pas de lit disponible dans tel ou tel service. Hier par exemple, dès le matin, nous avons eu beaucoup de monde donc, en milieu de matinée, nous avions 5 ou 6 patients en attente sur des brancards dans le couloir. »

 

« On ne peut pas attendre »

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Après une journée « tendue », celle-ci semble commencer plus calmement. À 9 h 30, un couple de personnes âgées arrive. Le mari souffre d’insuffisance cardiaque, sa femme est inquiète. « On ne peut pas attendre », explique-t-elle à l’accueil. Cette phrase résonne tous les jours et même plusieurs fois par jour. Hier, des patients en sont même venus aux mains dans la salle d’attente. À l’accueil, l’aide-soignante et les secrétaires médicales sont habituées à ces situations et gardent le sourire pour répondre au téléphone, gérer les dossiers d’hospitalisation et la facturation.

9 h 45 : les pompiers arrivent avec un homme de 93 ans sur un brancard. Il vient de faire une chute à domicile et s’est ouvert le front. Ce patient a besoin de soins urgents, il est immédiatement pris en charge et sa plaie suturée.

 

« Trier » les urgences

Et même si un patient arrive sans les pompiers ou le Samu, l’urgence peut être vitale. C’est pourquoi une infirmière d’accueil et d’orientation est là, de 13 h à 21 h, pour « trier » les urgences. Aujourd’hui, c’est Véronique. « Nous allons voir les patients, nous évaluons leurs symptômes et nous classons leur dossier par ordre de gravité », explique-t-elle. Une couleur leur est attribuée, elle détermine l’ordre de passage. Cela facilite le travail de l’équipe médicale et améliore la prise en charge du patient.

 

Des pathologies et des publics différents

Un papa arrive avec sa fille d’une dizaine d’années pour des maux de tête et des vomissements. La petite fille est prise en charge puis, après un appel au pédiatre de garde, orientée vers le service pédiatrie. Ce jour-là, il y avait de la place. Ce n’est pas toujours le cas. Et les médecins sont confrontés chaque jour à ce problème : trouver des lits disponibles.

« Nous n’avons pas de circuit identifié pour les personnes âgées de plus en plus nombreuses aux urgences. Elles sont âgées et souffrent de plusieurs pathologies. Il est alors très difficile de trouver un service adapté pour les accueillir. Souvent à l’approche du week-end, elles arrivent par défaut aux urgences pour un problème qui n’a pas été réglé dans la semaine. Nous devons donc travailler avec les gériatres pour faire de la prévention et éviter ce genre de situation », ajoute Rodolphe Maignal.

Tout au long de l’après-midi se succéderont des enfants qui ont chuté à l’école transportés par les pompiers, une personne âgée confuse qui a changé subitement de comportement, un jeune homme blessé au pied suite à un accident domestique, une petite fille de 17 mois souffrant d’une gastro- entérite depuis plusieurs jours… Autant de pathologies et de publics différents. C’est le quotidien des urgences.

 

Témoignages à Albi

Rodolphe Maignal, chef de pôle SAMU Urgence-Réanimation – « Parfois le seul recours de consultation non programmée »

« Aujourd’hui, on ne peut pas demander aux patients d’éviter de venir aux urgences car c’est parfois leur seul recours de consultation non programmée, notamment entre minuit et 8 h. Nous rencontrons des situations extrêmes : les uns viennent pour des boutons qu’ils ont depuis six mois quand d’autres vont rester à leur domicile avec un infarctus. Mais ce n’est pas aux patients de s’adapter, c’est aux urgences de se réorganiser. Nous devons travailler plus et mieux avec tous les spécialistes de santé, les filières doivent être clairement organisées : prise en charge des infarctus, des AVC, des enfants, des personnes âgées… »

 

Arnaud Vanstraceele, aide-soignant – « c’est un service vivant »

« Je travaille aux urgences depuis deux ans, c’est un choix, car j’avais envie d’apprendre rapidement beaucoup de choses. Ici, on voit une multitude de pathologies, c’est un service vivant, ce n’est jamais la même chose. Nous accueillons le patient, l’installons dans le box, prenons les constantes (ndlr : température, tension…). Nous travaillons en collaboration avec l’infirmière, le médecin, c’est une équipe pluridisciplinaire. »

 

Frédérique Raynaud, médecin urgentiste depuis 23 ans – « Dur, parfois violent, mais tellement intense »

« L’afflux aux urgences ? Ce n’est pas la faute du patient. Aujourd’hui, notre système de soins est complexe, les patients ont du mal à s’y retrouver. Lorsqu’un patient appelle le 15, il est orienté vers un médecin de garde, un spécialiste ou les urgences, il faudrait pouvoir faire la même chose à l’entrée des urgences, c’est-à-dire réorienter si besoin un patient vers le bon interlocuteur, cela lui éviterait d’attendre des heures… Si les cas médicaux n’ont pas changé, notre métier a évolué au niveau pénibilité, administratif et relationnel. Mais malgré tout, c’est un métier qui me plaît beaucoup, c’est dur, parfois violent, mais tellement intense ».

 

Yoanna Balay, interne en 7e année de médecine – « Une bonne école pour acquérir des réflexes »

« Ici, le rythme est soutenu et stimulant. Nous sommes polyvalents. C’est une très bonne école pour acquérir des réflexes. Nous réalisons l’examen clinique du patient, ensuite nous demandons l’avis au médecin de garde avec qui nous pouvons échanger et discuter du dossier. »

 

« Il faut arrêter de fermer des lits »

Le point de vue de Patrick Pelloux, président de l’association des médecins urgentistes de France (AMUF)

« Avant 1988, chaque hôpital devait avoir son service d’urgences. Suite à un rapport officiel sur les urgences, elles se sont structurées et professionnalisées. Mais on est peut-être allé trop loin, car on est passé de plus de 3 000 services d’urgences en 1988 à 690 aujourd’hui. Et puis la population vieillit, les comportements changent, le profil médical aussi, c’est-à-dire que l’on ne souffre plus d’une mais de plusieurs maladies.,Aujourd’hui, les urgences doivent être réorganisées avec une meilleure gestion des lits : il faut arrêter de fermer des lits ! Sur 100 passages par jour aux urgences, on sait que 20 % des patients seront hospitalisés : il faut intégrer ce besoin dans la gestion des lits. Mais aujourd’hui, on manque de moyens. »

 

Quel numéro pour quelle « urgence » ?

  • Le 15 est le numéro du Samu qu’il faut appeler lorsqu’un proche ou vous-même êtes dans une situation de détresse vitale (perte de connaissance, paralysie d’un membre, douleurs thoraciques…). Lorsque vous cherchez un médecin de garde la nuit, le week-end et les jours fériés, vous pouvez appeler le 15, vous serez alors mis en contact avec un médecin régulateur qui vous orientera vers un médecin de garde, un service d’urgences…
  • Le 18 est le numéro des pompiers qu’il faut appeler lors d’une chute, d’un accident…
  • Le 112 est le numéro de téléphone unique pour les appels d’urgence dans l’Union européenne.
  • Le 114 est le numéro d’urgence national unique et gratuit pour les personnes ayant des difficultés à parler ou à entendre. Elles peuvent communiquer par fax ou par SMS.
  • Cécile Fratellini
  • Crédit photo : D.Vijorovic

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