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E-santé : Éric Couhet, médecin « connecté »

E-santé : Éric Couhet, médecin «connecté»

Médecin généraliste, Éric Couhet utilise les objets connectés au quotidien avec ses patients. Il est aussi le fondateur de l’association Connected Doctors.

En tant que médecin, la e-santé ne vous fait pas peur ?

Non, pas du tout. Cela fait déjà 4 ans que j’utilise des objets connectés dans mon cabinet médical : tensiomètres, glucomètres, oxymètres de pouls, pèse-personnes… 300 de mes patients possèdent également des objets connectés et m’envoient leurs données par mail. C’est comme lorsque je reçois des résultats de prise de sang ou un courrier de spécialiste avec ses conclusions. Ce n’est pas différent. C’est du travail en plus mais sur des pathologies chroniques comme l’hypertension artérielle, le diabète ou l’insuffisance cardiaque, cela me permet de voir éventuellement des choses à distance.

Pour faire face au désert médical et à la demande trop importante, on sait pertinemment que l’on va être obligé, à un moment donné, de faire des actes à distance. La récolte de données médicales est le premier pas vers la téléconsultation de demain. Pour l’instant, quand les patients achètent un tensiomètre ou un glucomètre connecté, leurs données vont dans le cloud du fabricant. Elles ne reviennent pas dans le parcours de soins. Et c’est bien regrettable.

 

Tous les médecins ne partagent pas votre engouement pour les objets connectés et autres applications santé…

Les professionnels de santé savent que la e-santé est inéluctable, qu’elle va apporter des choses positives aux patients. Mais ils n’ont pas encore compris que cela pouvait leur être aussi très utile. Je crois surtout qu’ils n’ont pas le temps de s’en occuper. Ils ont d’autres priorités. Je m’y intéresse parce que je suis blogueur et que je regarde un peu ce qui se passe. Mais avant de se demander si cela pourrait être bénéfique pour eux plus tard, la plupart des médecins essaient déjà de se dégager un peu de temps aujourd’hui.

 

Si les professionnels de santé boudent la e-santé, les patients risquent de se tourner vers d’autres sources, moins fiables ?

C’est clair. Il faut donc qu’ils saisissent cette chance et utilisent la transformation digitale pour redevenir des experts dans leur pratique. De toute façon, les données médicales du patient doivent revenir dans le cabinet médical. Sinon, elles iront chez Google ou Apple. Ce que les médecins n’ont pas encore compris, c’est que les données du patient n’ont de valeur que si elles sont partagées avec eux. Or, les médecins se disent surtout que s’ils ont toutes les données des patients à gérer en plus de ce qu’ils ont à faire actuellement, ils ne s’en sortiront pas.

Aujourd’hui, on a une pratique médicale excessivement tendue, un désert médical qui avance, des professionnels de moins en moins nombreux… Les médecins qui partent à la retraite ne sont pas remplacés et les jeunes ne sont pas tous geeks, il ne faut pas croire. Si on leur met en plus la charge digitale, on comprend qu’ils soient un peu retors. Il y a donc un travail de pédagogie à faire en leur disant que, comme toute chose nouvelle, il y a une phase d’apprentissage mais que cela peut leur faire gagner du temps au final.

 

Il faudrait donc que cela soit intégré dans leur formation ?

Absolument. Il y a tout un travail d’information et de formation sur la pratique médicale de demain qui n’a malheureusement pas été fait, dès la faculté de médecine. Cela doit commencer à l’université et concerner aussi les professionnels de santé sur le terrain. Les organismes payeurs pourraient d’ailleurs avoir un rôle à jouer. Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, que des mutuelles (les pouvoirs publics, ce serait plus compliqué) lorsqu’elles sont en rapport avec des start-up participent à former et à informer les médecins sur ces nouvelles pratiques ?

 

Quels sont les réels bénéfices de la e-santé selon vous ? Un meilleur suivi des patients ?

J’y vois surtout de la personnalisation. Lorsque vous donnez des objectifs à quelqu’un sur son hypertension, son diabète ou son poids, vous tenez compte du patient. Et la donnée qui est recueillie par lui est largement supérieure à celle qui est prise au cabinet du médecin. Si une personne prend sa tension à domicile 40 ou 50 fois dans un trimestre, c’est beaucoup mieux que lorsqu’elle est prise chez un médecin chez lequel il a attendu, et qui ne sera renouvelée que tous les 3 mois. Il y a aussi une meilleure observance du traitement médical. Car lorsqu’on vous donne un traitement, vous pouvez visualiser si ça marche ou non.

En fait, ces données médicales (tension, poids, pouls) ne sont pas essentielles dans une consultation. Elles peuvent être faites ailleurs. Ce qui donne la possibilité au patient d’être plus acteur de sa santé. On le remet au centre du système. Aujourd’hui, si vous faites quelque chose pour quelqu’un mais que vous n’avez pas son adhésion, cela ne sert absolument à rien. Les médecins peuvent ainsi devenir des super coaches de leur patient. Mais tous n’y sont pas encore prêts.

 

L’association Connected Doctors

Créée en 2015 par le Dr Éric Couhet, Connected Doctors est une sorte de think-tank dédié la e-santé. L’association compte près de 650 professionnels de santé, mais aussi des start-upers, des juristes… Son objectif ? Rassembler tous les acteurs qui s’intéressent à la digitalisation de la médecine.

  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : DR

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