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Quelle confiance accorder aux robots ?

La médecine recourt de plus en plus aux robots, en chirurgie notamment, car ils permettent d’effectuer des interventions pointues, avec davantage de confort pour les patients comme pour les médecins. Quels sont les progrès et où sont les limites ?

Quelle confiance accorder aux robots ?

Le mythe d’Epiméthée, rappelé par Agnès Leussier, psychologue clinicienne à l’hôpital européen de Marseille, est une bonne entrée en matière. C’est à ce titan zélé qu’avait été confiée la mission de répartir qualités et défauts, y compris plumes, becs, fourrure… entre les espèces animales. Il ne restait plus rien quand vint le tour de l’homme, qui resta donc nu, et obligé de créer les conditions artificielles de sa survie. Nos craintes viennent ainsi de notre vulnérabilité, de cette obligation de vigilance. Pour autant, en matière de robotique, nos appréhensions sont infondées puisqu’en médecine, le robot est jusqu’alors utilisé comme un facilitateur, un assistant qui exécute mais ne prend aucune décision. « Ce n’est pas à la machine qu’il faut faire confiance, mais aux techniciens qui la créent et la codent », pointe la praticienne.

L’utilisation des robots vient souvent en appoint. Dans les Ehpad*, par exemple, le robot Paro assiste les personnes âgées dans certaines tâches et fait gagner du temps au personnel débordé. Au Japon, les robots permettent de reculer le moment d’entrer en maison de retraite. « Mais où est l’humain ? Où est le contact ? regrette Agnès Leussier. Ni la compétence technique ni la technologie ne répondent aux questions existentielles ».

* Ehpad : établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.

Robots d’officine

Les pharmacies sont de plus en plus nombreuses à s’équiper de petits robots bien utiles dans l’arrière-boutique. Ils stockent et préparent les commandes, ou remplissent les piluliers. « Cela réduit de 70 % le risque d’erreurs et améliore l’observance des prescriptions. Ce n’est pas rien quand on sait que leur non-respect se traduit par plus d’un million de journées d’hospitalisation et près de 8 000 décès annuels », souligne Bernard Rizzo, docteur en pharmacie. « C’est certes moins impressionnant qu’en chirurgie, mais une révolution malgré tout. Avec des améliorations attendues car les piluliers, par exemple, ne peuvent pas être préparés au-delà d’une semaine ».

Le corps médical plutôt enthousiaste

Le Dr Renaud Vidal, chirurgien thoracique et vasculaire à l’hôpital européen de Marseille rappelle que la robotique s’est développée avec la cœlioscopie, technique chirurgicale qui permet d’opérer dans le ventre en ne pratiquant que de très petites incisions pour introduire caméra et instruments. Installé devant une console, plongé dans la vision en 3D des tissus à opérer, le médecin gagne en agilité. « C’est comme travailler derrière un microscope. C’est moins invasif, moins agressif que la chirurgie traditionnelle. Il n’y a plus le tremblement de la main et si la tumeur à opérer est proche d’un organe fragile, cela assure une sécurité optimale », explique le médecin. Rassurant par ailleurs : « Si nous avons le moindre doute, nous revenons à la manière classique. Mais il faut bien savoir que plus l’incision est grande, plus on prend de risques ».

Le Pr Éric Lambaudie, oncologue à l’Institut Paoli-Calmettes (Centre de lutte contre le cancer) à Marseille, confirme les atouts de l’assistance robotisée. « Les douleurs et les complications sont moindres. Une incision minime permet de diminuer le temps d’hospitalisation, donc le coût de prise en charge, avec une reprise du travail plus rapide ». Le domaine du mieux s’étend même au médecin qui opère : « une précision extrême du geste, davantage d’amplitude qu’un poignet humain, une immersion au plus près. Ce qui ne signifie pas que ce soit plus facile ! ». Il insiste donc sur la nécessité d’un véritable apprentissage pour les médecins qui y recourent, assorti de protocoles très stricts.

Une prothèse de bras et une autre vie

Ce n’est pas à Fabrice Sabre qu’il faut demander s’il redoute les robots ! Ce photographe avignonnais qui a perdu accidentellement un bras à l’âge de 4 ans revit depuis qu’une prothèse a remplacé son membre manquant. « Sur les plans physique, cognitif, social, psychologique, tout a changé ». Et de confier, goguenard : « Avant les enfants venaient me questionner et les parents, gênés, s’interposaient. Aujourd’hui les parents viennent me questionner et les enfants se méfient ! »

Les réticences sur les opérations à distance

Spécialiste de la santé publique et conseiller santé pour le groupe VYV, le Dr Nicolas Leblanc rappelle que les premiers travaux sur le sujet remontent aux années 80, avec le projet d’opérer à distance, sur le champ de bataille, des militaires blessés. Il évoque encore la première intervention chirurgicale longue distance, pratiquée depuis New-York par le Pr Marescaux sur la vésicule d’une patiente hospitalisée à Strasbourg. Cette grande première, réalisée le 7 septembre 2001, n’a pas eu l’écho mérité car les tours jumelles du World Trade Center ont été attaquées quatre jours plus tard, à la veille de la conférence de presse.

Confiant, le Dr Leblanc évoque des chirurgiens de plus en plus spécialisés et un accès plus aisé à ce type de soins. « Le séquençage du génome est passé de 3 milliards de dollars pour le premier, en 2003, à quelques centaines d’euros aujourd’hui ».

L’humain reste une donnée essentielle

Même si le robot Paro fait du bien aux personnes âgées ou si le robot Nao a des résultats surprenants auprès des enfants autistes, « il y aura toujours de l’humain, c’est une certitude même si ça n’est pas écrit », assure le Dr Jean-François Moulin, également oncologue à l’Institut Paoli-Calmettes. Ce dernier estime que c’est à la société d’utiliser les freins existants, d’exercer sa vigilance et de décider des endroits où le progrès technologique ne doit pas aller. Vers une santé déshumanisée par exemple.

Les Agoras mutualistes : des lieux pour débattre

Ces échanges sont issus de l’Agora mutualiste « Santé : peut-on faire confiance aux robots ? », organisée le 28 mars 2019 à Marseille. Les Agoras mutualistes sont des rencontres-débats gratuites et ouvertes à tous. Elles donnent la possibilité d’échanger avec des spécialistes sur un thème en lien avec la santé ou la protection sociale. Ces événements citoyens et participatifs sont organisés par Essentiel Santé Magazine et Harmonie Mutuelle, et portés par les élus de la mutuelle.

  • Nathania Cahen
  • Crédit photo : Getty Images

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