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Alcool : prévenir, repérer et aider

L’addiction à l’alcool est une maladie chronique dont il est possible de guérir à condition de se faire aider. Plus on intervient tôt, plus les chances de guérison sont importantes et les complications limitées.

Alcool : prévenir, repérer et aider

La consommation d’alcool est profondément ancrée dans notre culture. Et ce depuis des siècles. Si l’alcool procure du plaisir, il entraîne beaucoup de dommages sur la santé, selon les quantités absorbées. Certaines maladies sont exclusivement attribuables à l’alcool, notamment la cirrhose alcoolique. C’est également un facteur de risques pour certains cancers (foie, sein…). Et l’âge du premier verre n’est pas anodin. En effet, une initiation à la consommation dès l’âge de 11-12 ans, multiplie par quatre ou cinq le risque de devenir dépendant à l’alcool par rapport à une initiation vers 18 ans. Sans oublier que la répétition des ivresses d’un adolescent qui absorbe une quantité maximum d’alcool en un minimum de temps (binge drinking) peut perturber le développement normal de son cerveau, qui n’est pas mature.

L’alcool n’est pas nocif que pour le buveur. Son entourage et sa famille en souffrent également.

 

« Une consommation raisonnable et raisonnée »

Or l’alcool n’est pas un produit indispensable au fonctionnement de l’organisme.

« La consommation doit être raisonnable et raisonnée selon les circonstances et les personnes, explique le Dr Patrick Daimé, praticien hospitalier en addictologie et secrétaire général de l’Anpaa (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie). Et chacun doit connaître les risques d’une consommation excessive d’alcool. La sensibilisation doit commencer dès le plus jeune âge. »

Quand une personne ou un proche a un doute sur sa consommation, il ne doit pas hésiter à en parler et à consulter son médecin traitant qui le questionnera : combien de verres consommez-vous en une journée ? Avez-vous eu besoin de boire dès le matin pour vous sentir bien ?… De nombreuses personnes peuvent avoir un usage à risque ou un usage nocif mais ne pas être encore dépendantes. Et selon le cas, le professionnel de santé leur donnera des conseils pour réduire leur consommation. « Pour le cholestérol, on incite à cuisiner et à manger autrement. Ici, on explique comment changer ses habitudes pour diminuer sa consommation d’alcool. Et on constate un changement dans 30 % des cas* », précise le Dr Patrick Daimé.

* L’évaluation de l’intervention brève montre qu’un simple conseil dispensé en quelques minutes peut réduire d’un tiers le nombre de buveurs excessifs (Plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les conduites addictives 2013-2017).

 

Fixer des objectifs atteignables

Mais ces conseils ne suffisent pas toujours. Et certains patients, déjà dépendants, ont besoin d’une prise en charge dans un centre de soins spécialisé. « Quand un patient qui boit depuis quarante ans franchit la porte, la première chose à faire est de renouer le dialogue avec lui et de lui fixer des objectifs atteignables », ajoute le Dr Patrick Daimé. Sans oublier la motivation, l’envie de s’en sortir qui constituent une première étape vers la guérison.

Les CSAPA (Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) regroupent en un même lieu médecins, psychologues et travailleurs sociaux. Les patients y sont reçus en ambulatoire. Même chose pour les consultations hospitalières d’alcoologie. Parallèlement, ceux qui le souhaitent peuvent rejoindre les groupes d’entraide créés et animés par d’anciens buveurs bénévoles. Ces groupes organisent des réunions régulièrement et permettent de sortir de l’isolement, de partager son expérience, d’obtenir des conseils. Et si pour certains, il est encore trop tôt pour participer à ces rencontres, l’aide à distance peut constituer une première étape avec des sites internet et des lignes téléphoniques dédiés.

Les patients peuvent également être accueillis dans des unités hospitalières d’addictologie pour une ou plusieurs semaines, puis continuer par un séjour dans un centre de soins de suite et de réadaptation. Grâce à une prise en charge psychologique, médicale, éducative et sociale, le retour à domicile est mieux appréhendé. L’addiction à l’alcool étant une maladie chronique et hautement récidivante, le suivi par un médecin est nécessaire même après ces séjours dans des centres spécialisés, et parfois même à vie.

« La rechute fait partie de la maladie addictive, rappelle le Pr Michel Reynaud, psychiatre et chef du département de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital universitaire Paul-Brousse. Mais, plus la maladie est soignée tôt et plus c’est facile ».

 

En chiffre

470 000 C’est le nombre d’hospitalisations pour des troubles liés à l’alcool en 2011, soit une augmentation de 30 % en trois ans.

Source : Drogues, chiffres clés – juin 2013 – Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

 

Déculpabiliser l’entourage

Vivre avec une personne dépendante à l’alcool est difficile. « Les rapports familiaux et la vie de tous se trouvent modifiés. Souvent, les proches ne savent plus quoi faire, n’osent pas en parler et présentent des signes de codépendance : ils s’isolent et culpabilisent.

Or ils ont besoin d’être écoutés et ont un rôle à jouer dans le dispositif de soins », explique Patrick Daimé.

Dans des centres comme les CSAPA (Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie), l’entourage peut trouver de l’aide. « Souvent, le ou la conjoint(e) vient et s’interroge : ”Il ou elle reboit, que faire ?”. À nous alors d’expliquer la problématique de la dépendance, de les écouter, de les déculpabiliser et bien évidemment de les aider », ajoute Patrick Daimé.

 

« L’alcoolisme au féminin est tabou »

« Un homme qui boit, c’est normal, une femme qui boit, c’est la honte, l’alcoolisme au féminin est tabou. » Pour Laure Charpentier, écrivain et fondatrice de l’association « SOS, alcool femmes », ce cliché est toujours d’actualité.

Chaque lundi*, elle accueille au sein de son association, à Paris, des femmes qui ont « un problème avec l’alcool » et non pas des alcooliques, « c’est un mot que l’on n’emploie jamais », insiste-t-elle.

Ces femmes de tous âges et de tous horizons viennent se confier, pleurer, discuter, se libérer pendant trois heures. « Elles s’identifient les unes aux autres. Si ma voisine s’en est sortie, pourquoi pas moi ? Mais pour cela, il faut trouver une motivation : un enfant, la peur de perdre son mari, l’envie de pouvoir se regarder dans la glace, être fière de soi… », explique Laure Charpentier, qui a elle-même connu des problèmes avec l’alcool.

Une fois qu’elles vont mieux, certaines partent, d’autres restent ou reviennent. « Elles savent que le lundi, il y a une lampe allumée derrière une fenêtre, elles peuvent venir mais je n’irai pas les chercher, il faut avoir envie », conclut Laure Charpentier.

* Les réunions se déroulent au Centre associatif Mesnil Saint-Didier – 25 rue Mesnil à Paris (XVIe) chaque lundi de 14 h à 17 h, sauf vacances scolaires et jours fériés.

 

« Une réduction de la consommation plutôt que l’abstinence »

Le point de vue du Pr Michel Reynaud, psychiatre et chef du département de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital universitaire Paul-Brousse.

« Aujourd’hui, l’abstinence n’est plus un objectif sauf pour les personnes ayant une dépendance sévère à l’alcool. Pour les autres, nous travaillons plutôt sur la réduction de la consommation. Cela devrait faciliter l’accès aux soins, car aujourd’hui moins de 10 %* des patients ayant un problème d’alcool sont pris en charge.

En effet, dire à une personne dépendante qu’elle ne boira plus jamais est une marche terrible qu’elle ne veut souvent pas franchir.

Si on lui parle de réduction de consommation, elle aura envie de se soigner.

Les patients doivent pouvoir s’interroger avec leur médecin généraliste sur leur consommation et voir comment la diminuer en s’aidant ou pas de médicaments**. Comme on prévient le diabète, on doit pouvoir prévenir la dépendance à l’alcool. »

* Rapport remis à la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) « Les Dommages liés aux addictions et les stratégies validées pour réduire ces dommages » Pr Michel Reynaud.
** Des essais cliniques avec la molécule baclofène sont en cours. Ce médicament aurait pour effet de diminuer l’envie de consommer de l’alcool.

 

En savoir plus

  • Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) : l’association a des équipes de prévention dans toute la France.
  • Alcool-info-service.fr des informations sur l’alcool, un test pour évaluer votre consommation et les coordonnées des groupes d’entraide.
  • Une ligne téléphonique d’aide et d’information sur l’alcool : 0 980 980 930, de 8 h à 2 h, 7 jours sur 7 (coût d’un appel local depuis un poste fixe).
  • Association Laure Charpentier : l’association vient en aide aux femmes dépendantes à l’alcool – SOS Alcool femmes – 7 rue Daunou – 75002 Paris – Tél. : 01 40 15 90 17 – mail : alcoofem@wanadoo.fr. Laure Charpentier parle de l’alcoolisme au féminin dans Toute honte bue, éditions Grancher, 165 pages, 18 euros.
  • Cécile Fratellini

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