Alimentation : ce que le confinement a changé chez les Français

Davantage de « fait maison » et de repas au calme, mais plus de grignotages et des rythmes biologiques bousculés : le confinement a modifié les pratiques alimentaires. Quelles bonnes habitudes garder ? Que changer maintenant qu’une vie plus ordinaire reprend ?

Alimentation : ce que le confinement a changé chez les Français

Concours de recettes sur les réseaux sociaux, audiences record (2,6 millions de téléspectateurs) pour l’émission quotidienne du chef Cyril Lignac sur M6… Aucun doute, les repas et la cuisine ont été une des occupations principales des Français durant le confinement. Et ces semaines à la maison laissent des traces : les Français ont pris en moyenne 2,5 kg entre le 17 mars et fin avril selon une enquête Ifop.

« Prendre deux kilos ce n’est pas un souci, mais ce n’est qu’une moyenne, ce qui signifie que certaines personnes ont pris beaucoup plus », commente le Dr Arnaud Cocaul, nutritionniste et auteur de plusieurs ouvrages, dont Lâchez du lest ! Mangez en paix. 57 % des personnes interrogées déclarent avoir pris du poids, près d’un tiers en ont, elles, perdu, notamment dans les rangs de ceux vivant seuls et ayant pu faire du sport tous les jours. « Si l’on était déjà, avant le confinement, en phase de prise de poids, il faut changer ses habitudes maintenant », ajoute le Dr Cocaul.

Bonnes habitudes : fait maison, frais, local

Parmi les nouvelles pratiques nutritionnelles du confinement, il y en a eu de bonnes, qui sont à conserver. Les Français se sont mis à cuisiner plus de produits frais, locaux, et ont davantage partagé autour des repas. 42 % d’entre eux ont consacré plus de temps à la cuisine qu’avant et 29 % ont préparé plus d’aliments maison, comme le pain et les yaourts. « Bon nombre de familles se sont retrouvées ensemble, autour de la table, télévision éteinte pour éviter les informations anxiogènes, et c’est très positif car structurant » souligne le nutritionniste.

Avec le télétravail et le chômage partiel, le repas du midi, qui est d’ordinaire pour 30 % des Français pris hors du domicile, en restauration collective ou sur le pouce, a pris une place à part entière. Or, prendre le temps de manger, de savourer et se poser sont de très bonnes pratiques pour contrôler sa satiété et manger selon ses besoins physiologiques.

Mauvaises habitudes : pas de rythme et grignotage

D’un autre côté, les « dérapages » nutritionnels se sont multipliés du fait du confinement. « Logiquement, l’activité physique a baissé, surtout pour ceux qui n’étaient pas sportifs, car la simple possibilité de marcher était limitée », explique le Dr Arnaud Cocaul. Beaucoup de personnes se sont repliées sur la nourriture comme un refuge dans ce climat anxiogène.

Pour les personnes qui étaient en télétravail ou au chômage partiel, les rythmes de vie se sont trouvés chamboulés. « Certains ont eu tendance à se coucher très tard, vers 3h du matin par exemple après avoir regardé des séries en grignotant. En se levant tard, ils zappaient le petit déjeuner, déjeunaient en milieu d’après-midi… », cite le nutritionniste. Ce déséquilibre des rythmes biologiques contribue à la prise de poids. Sans oublier le succès les apéros virtuels : « Bon nombre de mes patients ont bu davantage, tout en grignotant pour accompagner l’apéritif », ajoute le Dr Cocaul.

En outre, les personnes qui ont été confinées seules ont pu avoir tendance à ne plus « ritualiser » les repas, en mangeant trop vite ou devant un écran, par exemple.

Retrouver un rythme sain

Comment garder les bonnes habitudes du confinement, et si besoin, perdre les kilos en trop ? Le premier objectif, à la sortie de cette période, est de stabiliser son poids. Attention à ne pas tomber dans le piège des régimes rapides, martèle le Dr Cocaul. Ils rajoutent un stress supplémentaire dans une période anxiogène et ont montré leur inefficacité sur le long terme. « Il faut se reparamétrer, conseille-t-il. Se coucher plus tôt, dormir entre 6 h 30 et 8h par nuit et respecter les horaires des trois repas quotidiens », conseille-t-il. Lors des repas, on peut conseiller de suivre simplement les repères de nutrition donnés par Santé publique France : minimum 5 fruits et légumes par jour, essayer d’éviter les sucres et gras inutiles… (à retrouver sur le site www.mangerbouger.fr).

En outre, avec le déconfinement, on peut maintenant essayer de gérer son stress par des activités sportives ou simplement par de la marche à pied, pour trouver une autre soupape de sécurité que la nourriture.

Besoin de consulter un spécialiste ou d’une aide psychologique

« Si on a pris beaucoup de poids, c’est peut-être le bon moment pour se poser des questions sur son rapport avec la nourriture. Est-ce que l’on n’est pas trop dans la restriction habituellement ? Est-ce qu’on l’utilise comme anxiolytique naturel ? », conseille le Dr Arnaud Cocaul. N’hésitez pas à vous tourner vers un spécialiste, diététicien ou nutritionniste, voire une aide psychologique car il est habituel que des périodes très stressantes génèrent des troubles alimentaires. « On a déjà observé cela après les attaques du 11 septembre 2001 ».

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Pauline Hervé

journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

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