Axel Kahn : « Il n’est pas possible d’éradiquer le cancer mais il faut tout mettre en œuvre pour l’éviter »

Depuis un an, le Pr Axel Kahn est président de la Ligue contre le cancer. Une de ses priorités est l’information et la sensibilisation du grand public. Information qui passe par la prévention. Il nous explique.

Axel Kahn

Modifier certaines de nos habitudes de vie, participer au dépistage organisé de certains cancers, sensibiliser les plus jeunes… Voilà quelques-unes des clés pour améliorer la prévention de ces maladies. Axel Kahn, médecin généticien, « fidèle » de la Ligue contre le cancer depuis de nombreuses années, revient sur ces points et nous parle de l’avenir avec les États généraux de la jeunesse face au cancer en préparation pour 2021.

Comment améliorer la prévention des cancers ?

Axel Kahn : Des cancers sont évitables. Il y a 400 000 nouveaux cancers détectés chaque année en France, dont 40 % soit 160 000 sont considérés comme évitables. Les agents les plus importants responsables de ces cancers sont le tabac (il est responsable de 40 000 morts par cancer par an) suivi de l’alcool (15 000 à 16 000 morts par an) puis de l’alimentation (5 000 à 6 000 morts par an). Ces trois causes représentent 90 % des cancers évitables. La première consigne à donner est donc de ne pas fumer, de boire extrêmement modérément de l’alcool, de ne pas aller vers l’obésité et de ne pas consommer des aliments cancérigènes ou suspectés l’être. Il faut donc manger raisonnablement de la viande rouge, éviter les charcuteries traitées par les nitrates. De manière plus générale, on a le sentiment qu’une alimentation diversifiée contenant suffisamment de fibres, de crudités et de fruits est plutôt bonne. Il faut également éviter les boissons trop sucrées.

« Pas de consensus sur le dépistage du cancer de la prostate »

Les dépistages organisés sont une des réponses à la prévention pour le cancer du sein, le cancer colorectal, et celui du col de l’utérus ?

A.K. : Ces dépistages sont importants. Pour le cancer colorectal, par exemple, quand il est soigné très tôt, il va guérir dans plus de 80 % des cas. Soigné plus tard, il ne guérit que dans 30 % des cas. Cela fait une énorme différence. À partir de 50 ans, il faut participer aux campagnes de dépistage du cancer colorectal.

Pour le cancer du sein, ce sont des campagnes de mammographies à faible taux de rayons avec la tentative aujourd’hui de différencier la fréquence de ces mammographies. Elles sont recommandées entre 50 et 74 ans, ce qui correspond au risque maximal. On essaie de plus en plus de connaître le profil génétique pour identifier les femmes ayant un risque augmenté. Ces dernières pourraient être examinées à partir de 40 ans, éventuellement tous les ans avec des méthodes délivrant peu de rayons comme l’échographie. Parmi les méthodes de dépistage du cancer du sein, il est important que les femmes apprennent à s’autopalper.

Quant au cancer du col de l’utérus, il est toujours dû au papillomavirus. De loin, la meilleure prévention c’est la vaccination entre 11 et 14 ans des garçons et des filles. Si elle n’a pas été faite, après 25 ans, il est recommandé de réaliser des examens cytologiques. Pour les femmes de plus de 30 ans, le test HPV (infection aux papillomavirus humains) doit être privilégié afin de chercher la présence ADN de ce virus.

Un sujet reste délicat, celui du cancer de la prostate. Il n’y a pas de consensus absolu. Certains préconisent le dosage des PSA (antigène spécifique de prostate) régulièrement. Mais le cancer peut évoluer très lentement. Et des PSA modérément élevés ont parfois entraîné des chirurgies avec des conséquences comme l’incontinence ou l’impuissance. La meilleure méthode serait sans doute le dosage des PSA, en cas d’augmentation, une IRM prostatique et en cas de doute, une biopsie prostatique.

Pour le cancer du poumon, des études sont en cours pour un éventuel dépistage, qu’en est-il ?

A.K. : Il y a effectivement une discussion importante autour d’un scanner des poumons à faible dose de rayonnement, chez des gros fumeurs. Cela pourrait permettre de détecter des cancers à un stade où ils sont opérables et donc fréquemment guérissables. La raison pour laquelle le cancer du poumon est si grave c’est que quand on le détecte, il n’est plus opérable dans la majorité des cas. Ce dépistage n’est pas encore préconisé en France.

Des États généraux de la jeunesse face au cancer en 2021

Vous avez fait de la prévention et l’éducation à la santé une des missions prioritaires de la Ligue ?

A. K. : La prévention c’est la première des priorités. D’ailleurs, La Ligue prépare pour l’automne 2021 les États généraux de la jeunesse face au cancer. La Ligue a 102 ans et elle se bat pour que les jeunes atteignent cet âge sans cancer. C’est notre combat principal. Éviter que les jeunes ne s’adonnent aux pratiques cancérigènes que sont l’alcool, le tabac et la malbouffe. Une grande partie des risques se mettent en place dans l’adolescence et la jeunesse. Ils le savent mais ce n’est pas dans leur priorité de conjurer ce risque. Il est difficile d’agir. On essaie donc d’avoir de nouvelles méthodes d’éducation à la santé de façon à parler aux jeunes en fonction de leur réceptivité. Ils comprennent tout. Mais à 18 ans, éviter d’avoir un cancer à 50 ans n’est nullement une priorité pour eux.

La route est encore longue…

A.K. : Oui et il faut bien se dire qu’il n’est pas possible d’éradiquer le cancer. Il a toujours existé, le cancer a commencé avec la vie. Il faut tout mettre en œuvre pour l’éviter. Mais un monde sans cancer est théoriquement inenvisageable, en revanche un monde avec des cancers plus souvent guéris, c’est possible.

  • Crédit photo : QualimeraProd
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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