Comment l’alimentation peut-elle favoriser la cicatrisation d’une plaie ?

mis en ligne le :

L'alimentation joue un rôle essentiel dans le déroulement de la cicatrisation d’une plaie. Aussi est-il nécessaire d'adopter de bonnes habitudes nutritionnelles, surtout si l'on s'apprête à subir une intervention chirurgicale. Explications.

cicatrisation alimentation

On l’ignore souvent, mais il est important de bien manger pour bien cicatriser. D’après la Statistique annuelle des établissements de santé (SAE), il y a eu en France, en 2016, un peu plus de 8,5 millions d’actes chirurgicaux en France. Et qui dit bistouri, dit plaie et cicatrisation. Un organisme affaibli, dénutri ou épuisé n’offre pas les conditions idéales de récupération après l’agression du geste opératoire ou dans le traitement des plaies chroniques.

« La cicatrisation est un processus long et complexe permettant à une plaie de se refermer naturellement grâce au pouvoir de régénération des cellules tissulaires du corps, explique le Dr Corinne Chicheportiche-Ayache, nutritionniste à Paris. Cette faculté de cicatrisation peut être mise à mal par une infection, certaines maladies, comme le diabète, mais également par la malnutrition, voire la dénutrition. »

Malnutrition et dénutrition : des menaces pour la cicatrisation de la peau

Selon la Haute Autorité de santé (HAS), la dénutrition touche près de 3 millions de Français. « En règle générale, un adolescent ou un adulte sans pathologie particulière et doté d’une alimentation suffisamment équilibrée cicatrise correctement, indique le Dr Chicheportiche-Ayache. En revanche, on observe que la cicatrisation devient plus complexe pour les personnes âgées de plus de 60 ans ayant tendance à négliger leur alimentation pour de multiples raisons liées, par exemple, à un état dépressif, un sentiment d’isolement ou de solitude, un épuisement provoqué par une maladie, des problèmes dentaires, etc. »

De fait, beaucoup de personnes âgées se mettent à manger peu ou de façon inadaptée, et notamment lors du repas du soir. « Or, les réparations cellulaires de la peau, très importantes pour une bonne cicatrisation, se produisent essentiellement la nuit », souligne le Dr Nina Roos, dermatologue à Paris.

Prendre soin de son collagène

Le collagène est le tissu de soutien de la peau. Notre corps fabrique du collagène naturellement jusqu’à l’âge de 30 ans. Mais avec l’avancée en âge, sa production va diminuer, rendant la peau plus fine, donc moins résistante aux agressions.

Cependant, le temps n’est pas le seul ennemi du collagène. « Une alimentation trop riche et trop sucrée peut accélérer sa dégradation en provoquant la réaction dite de Maillard. Il s’agit d’une réaction chimique qui, lorsque les sucres ingérés entrent en contact avec le collagène, entraîne une rigidification définitive des fibres de collagène et donc une plus grande difficulté à cicatriser », prévient le Dr Roos.

« Au-delà de l’âge et des situations particulières, il ne faut pas oublier non plus que nous ne sommes pas tous égaux en matière de cicatrisation puisqu’il y a des peaux qui cicatrisent plus ou moins bien, insiste le Dr Chicheportiche-Ayache. S’il est évident qu’on ne doit pas non plus surestimer le rôle de l’alimentation dans le processus de cicatrisation, elle reste néanmoins l’un des rares facteurs modifiables sur lequel on peut jouer par un comportement adapté. »

Quels sont les aliments à privilégier pour une meilleure cicatrisation ?

Des protéines animales et végétales en bonnes quantités

Toutes les études ont démontré qu’un régime riche en protéines, comme le régime pulsé*, améliorait, entre autres, la cicatrisation des grands brûlés. On trouve les protéines animales dans les viandes, les produits de la mer et les œufs. Les légumes secs, les céréales complètes et le tofu sont d’excellents pourvoyeurs de protéines végétales.

L’indispensable vitamine C

La survenue d’une infection est un risque majeur lors de la cicatrisation. La vitamine C permet de stimuler les mécanismes de défense immunitaire pour éviter ce risque. De plus, elle joue un rôle fondamental dans la fabrication du collagène. Les fruits, et plus encore les agrumes, regorgent de vitamine C, mais on la trouve également dans les légumes. À titre d’exemple, les poivrons, les épinards, ou encore le persil, trop souvent oublié, disposent de très bonnes teneurs en vitamine C.

Le Programme National Nutrition Santé (PNNS) recommande de consommer chaque jour 3 à 4 fruits frais et une portion de légumes.

Le soutien des bons lipides

Les oméga-3 sont de bons gras dits « essentiels », ce qui signifie que notre corps ne peut les fabriquer lui-même. Ils contribuent à améliorer la cicatrisation et à réduire l’inflammation.

Il en existe deux types : ceux de source animale, comme les poissons gras (sardine, saumon, maquereau…), ceux de source végétale, comme les huiles végétales (noix, lin ou colza). Il est recommandé de prendre deux repas de poisson, de préférence gras, par semaine.

Trois oligo-éléments non négligeables en renfort

Les oligo-éléments sont des substances présentes en très faible quantité dans les nutriments. Ils sont nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme. Le zinc aide à renforcer le système immunitaire et active la cicatrisation des plaies. Les aliments les plus riches en zinc sont les fruits de mer, les abats, les produits laitiers et, notamment les fromages à pâte pressée cuite (comté, gruyère…). Mais aussi les graines de courge, les fruits à coque (amandes, noisettes…), les légumes secs et les œufs.

Le fer, en luttant contre l’anémie qui rallonge les délais de cicatrisation, accélère la réparation des plaies. On le trouve dans les huîtres, les abats, les poissons, les légumes secs.

Enfin, le cuivre a lui aussi un bon potentiel dans les processus de cicatrisation. Les aliments les plus riches en cuivre sont le foie de veau, les crustacés et les huîtres, mais également les noix, le chocolat noir, les légumes secs, les pommes de terre et les fruits.

* Le régime pulsé est notamment utilisé en milieu hospitalier pour pallier les carences des personnes dénutries. Il consiste à consommer au moins 80 % des protéines lors des repas du midi et du soir (soit entre 40 et 50g de protéines par repas).

Quelle est la différence entre malnutrition et dénutrition ?

La malnutrition est la conséquence directe d’une mauvaise alimentation liée à des carences, des excès ou des déséquilibres dans l’apport énergétique et/ou nutritionnel d’une personne.

La dénutrition survient quand on ne mange pas assez par rapport à ses besoins, parfois même sans s’en rendre compte. On perd du poids, des muscles et de la force.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Sandrine Letellier

journaliste spécialisée dans les sujets santé (prévention, soins et traitements, innovation, environnement…).

Aucun commentaire pour cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.