Faut-il surveiller l’alimentation des enfants pendant l’été ?

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La période estivale est marquée par de nombreuses tentations, quelle que soit l’heure de la journée : glaces, sorbets, crêpes ou encore boissons sucrées… Entre l’envie de faire plaisir et la crainte de donner de mauvaises habitudes, comment trouver le bon équilibre ? Le pédopsychiatre Marcel Rufo et le nutritionniste Jean-Michel Lecerf vous répondent.

2 enfants et leur mère prennent le gouter pendant les vacances d'été

Gaufre au chocolat, crêpe au sucre et cornet vanille, le tout arrosé d’un soda glacé. En été, le menu idéal des enfants et des ados a de quoi faire saliver ! Un régime gras et sucré qui peut toutefois avoir des conséquences. D’après Santé Publique France, 17 % des adolescents et des enfants sont en surpoids et 4 % en situation d’obésité. Alors faut-il faire la chasse aux calories pendant les vacances ? « Tout est une question de compromis et d’équilibre », estime le docteur Jean-Michel Lecerf*, chef du service nutrition et activité physique à l’institut Pasteur de Lille.

Vigilance accrue en cas de surpoids chez les enfants et les adolescents

« On peut relâcher un peu la soupape en été, sauf si l’enfant est en surpoids, prévient le professeur Marcel Rufo**, pédopsychiatre. Certaines études montrent qu’un déséquilibre acquis avant l’âge de 7 ans risque d’être définitif ». Avec des conséquences potentielles sur la santé et la qualité de vie. Outre les risques liés aux maladies cardiovasculaires, « le surpoids est la première cause de harcèlement scolaire et des troubles de l’image de soi », alerte le pédopsychiatre.

Si l’enfant a tendance à prendre du poids, Jean-Michel Lecerf recommande donc la vigilance. « Sans pour autant exercer un contrôle autoritaire ou punitif, précise le nutritionniste. Les messages culpabilisants sont à bannir. Ils produisent rarement les effets voulus. » Marcel Rufo encourage plutôt les familles à être positives. « Les enfants ont besoin de gagner, ils sont parfaitement conscients de leurs difficultés. Aux parents de mettre la casquette de supporters. »

Limiter sans interdire en matière d’alimentation

Pour cette raison, le docteur Lecerf déconseille de mettre en place de fortes restrictions durant les périodes de vacances. « Créer des interdits est contre-productif. Au contraire, modération et aliments riches vont bien de pair ». Pour le nutritionniste, faire un ʺécartʺ est une opportunité d’enseigner la mesure aux plus petits. « On profite mieux de ce qui est occasionnel. Il faut apprendre aux enfants à manger ʺen conscienceʺ, en se concentrant sur le plaisir du moment, tout en expliquant que ce ne sera pas tous les jours comme ça. » Car l’ʺécartʺ ne doit pas devenir la norme, même pendant les vacances. « Les glaces ou le fast-food chaque jour, ça n’a pas de sens. Ils doivent conserver un côté festif, exceptionnel », fait valoir Jean-Michel Lecerf.

D’autant que certaines frustrations sont bénéfiques pour les enfants. « Elles ont un rôle structurant dans l’organisation psychique et sociale des plus jeunes, expose le pédopsychiatre Marcel Rufo. L’enfant à qui on ne dit jamais « non » devient un tyran. »

Rester attentif à l’hydratation des jeunes enfants

La question de l’hydratation, notamment chez les plus jeunes, est primordiale pour le docteur Lecerf. Avec une mise en garde importante : « S’hydrater, ce n’est pas consommer une boisson sucrée. Il faut s’assurer que les enfants boivent de l’eau en quantité suffisante ».

Durant les repas, le nutritionniste recommande d’éviter limonades, jus de fruits et autres sodas. « Cela n’empêche pas d’en consommer à l’occasion, pour un apéritif par exemple. Mais à table, on boit de l’eau, éventuellement du lait au goûter. »

Partager en famille les découvertes et les frustrations

« Les enfants sont de vrais explorateurs de l’autorité, assure le pédopsychiatre Marcel Rufo. Ils observent en permanence leurs parents, qui doivent avoir une attitude cohérente. » Le professeur préconise ainsi de s’imposer les mêmes restrictions qu’aux enfants. Et ainsi, de partager les plaisirs autant que les frustrations. « S’accorder la même portion de frites ou renoncer à une boisson calorique devient un jeu que l’on joue ensemble », explique Marcel Rufo.

Le docteur Lecerf invite encore à profiter des vacances pour redonner toute sa place au repas familial. « Il n’a pas qu’une fonction alimentaire, il a aussi un rôle social et éducatif », rappelle le nutritionniste. C’est aussi l’occasion d’élargir l’horizon des enfants. « Un voyage peut être l’occasion de leur faire goûter des produits plus exotiques, comme des fruits ou des légumes encore inconnus. »

Une ouverture à la diversité qui passe aussi par des plats inédits ou de nouvelles façons de cuisiner. « On ne prend pas forcément le temps de le faire durant l’année. Or, l’éducation alimentaire se fait par la découverte », rapporte Jean-Michel Lecerf.

* Jean-Michel Lecerf a écrit plusieurs livres sur la nutrition. Il est co-auteur, avec Sylvie Roy, de  « Nutrition des enfants, arrêtons de faire n’importe quoi ! », aux Éditions Albin Michel.

** Marcel Rufo est l’auteur de nombreux ouvrages, dont « Autoportrait en thérapies », aux Éditions Anne Carrière.

  • Solal Duchêne
  • Crédit photo : Getty Images

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