Le sauveteur secouriste du travail, un salarié pas tout à fait comme les autres

Chaque année, près de 1 million d’employés se forment pour pouvoir secourir leurs collègues et prévenir les risques au sein de leur entreprise. Qu’apprennent-ils lors de leur formation ? Quelles sont leurs compétences ?

sauveteur secouriste du travail

Les employeurs sont tenus d’assurer la sécurité de leurs salariés. Ils doivent donc organiser des secours, prévenir les risques professionnels et compter des secouristes au sein de leurs équipes. L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) indique que le nombre de secouristes est à définir en fonction des particularités de chaque entreprise (son effectif, les risques liés à son activité…). Toutefois, le code du travail prévoit la présence d’au moins un secouriste dans « chaque atelier où sont effectués des travaux dangereux et dans certains chantiers du BTP ».

Les sauveteurs secouristes du travail (SST) sont des salariés de l’entreprise. Ils assurent cette mission en plus de leurs attributions habituelles. Le plus souvent, ils sont désignés par leur patron, mais il peut arriver qu’un employé manifeste sa volonté de devenir SST. Ils interviennent en cas d’accident et ont un rôle de prévention. Pour cela, ils suivent une formation d’une durée de quatorze heures. Elle est dispensée soit par un centre de formation agréé choisi par l’employeur, soit, dans certaines grosses entreprises, par des formateurs en interne. « A l’issue de ces quatorze heures, le travailleur se voit délivrer un certificat de compétence d’une validité de vingt-quatre mois », explique Christian Poutriquet, président de la commission formation de la Fédération française de sauvetage et de secourisme. « Tous les vingt-quatre mois, il suit un maintien des acquis et des compétences (MAC), pour garder au sein de l’entreprise la compétence de SST ».

Une formation en lien avec les spécificités de chaque entreprise

Chaque année, plus de 1 million de salariés sont formés en SST, si l’on additionne la formation initiale et le maintien des acquis et des compétences. C’est l’INRS qui définit les apprentissages qui doivent être délivrés. Et la formation se fait en lien avec les spécificités de chaque entreprise. Les besoins ne sont pas les mêmes pour les employés d’un commerce et ceux d’une centrale nucléaire.

La première partie de l’enseignement porte sur le rôle de secouriste du SST. Il doit être capable d’examiner la victime en cas d’accident du travail ou de malaise et de déclencher les bons gestes de secours (mettre la personne en position latérale de sécurité, faire un massage cardiaque, utiliser un défibrillateur…). Il doit aussi alerter ou faire alerter les secours en fonction des règles qui régissent son entreprise. Christian Poutriquet raconte : « Je fais de la formation dans un établissement de maintenance aéronautique. Ils travaillent pour l’armée. Ici, ce sont les agents de sécurité qui préviennent les secours. S’il y a un problème, le personnel n’a pas le droit de les appeler directement. »

Kimberlay Roiseux travaille pour une enseigne d’équipements sportifs, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). En tant que SST, elle porte secours à ses collègues, mais aussi aux clients du magasin. Elle raconte : « Je conseillais une tente et un matelas à une dame. On parlait et d’un coup elle est tombée par terre. Elle est restée inconsciente une ou deux minutes. Je l’ai mise en position latérale de sécurité et j’ai attendu de voir si elle reprenait connaissance ou pas, parce qu’elle respirait. Elle est revenue à elle et ça allait plutôt bien. En attendant le Samu, elle s’est allongée sur le matelas qu’elle avait choisi et qu’elle est revenue chercher le lendemain ! »

« On risque de sauver une vie »

La deuxième partie de l’enseignement a pour objet la prévention des risques professionnels. Le SST doit être capable de « repérer le danger potentiel et de proposer des mesures pour réduire le risque, et savoir à qui, dans l’entreprise, il doit faire remonter ces infos », explique Christian Poutriquet.

Pour Kimberlay Roiseux, cela s’est illustré par une mesure très concrète : « Quand je suis arrivée dans ce magasin, personne ne mettait de coques de sécurité sur ses pieds pour décharger le camion. Aujourd’hui, c’est un acquis et personne ne réceptionne la marchandise sans les mettre. »

Au-delà de son travail, elle déclare : « La compétence de secouriste est très valorisante, parce qu’on ne l’utilise pas que dans le monde professionnel. On se sent utile aussi à l’extérieur. J’ai l’impression que ça rassure toujours, dans un groupe, quand on dit “attends, je suis sauveteur, je vais m’occuper de toi”. En cas d’incident, les gens se calment alors d’eux-mêmes très naturellement. »

Il arrive que des personnes aient des réticences à devenir SST, par crainte de mal faire, en général. Pour Christian Poutriquet, « il faut dédramatiser ». Il se souvient : « J’avais un professeur de médecine qui disait “il n’y a pas d’aggravation sur un mort”. Là on risque de sauver une vie. Et le SST est protégé par son statut de salarié dans le cadre de l’entreprise. En dehors de l’entreprise, il a la compétence d’un citoyen secouriste, donc il doit porter assistance, et dans ces cas-là, il est ce que l’on appelle un intervenant occasionnel de l’Etat. Donc il est également protégé juridiquement. »

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Charlotte de L’escale

rédactrice en chef adjointe d'Essentiel Santé Magazine, spécialisée en santé et société.

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