Perturbateurs endocriniens : protéger la femme enceinte et le bébé

L’exposition aux perturbateurs endocriniens lors de la vie intra-utérine peut avoir des conséquences sur la santé de l’enfant, même des années plus tard. Mais quelles sont précisément ces substances ? Et comment les éviter ? Toutes nos réponses pour guider les futures mamans.

Perturbateurs endocriniens protéger la femme enceinte et le bébé

Que sont les perturbateurs endocriniens ?

Ce sont des substances d’origine naturelle ou artificielle ayant pour particularité de déséquilibrer le fonctionnement du système hormonal, avec des « risques potentiels pour la santé » : celle de la personne, de ses enfants ou de leurs descendants. Elles sont présentes dans de nombreux objets de la vie courante : emballages alimentaires, peintures, colles, produits de soins ou d’entretien, insecticides, textiles, certains médicaments, le soja…

Elles peuvent pénétrer dans l’organisme selon trois principales voies de contamination : par voie cutanée (le toucher), par voie respiratoire (l’air que l’on respire), par voie digestive (la nourriture, l’eau, les poussières…). À cela s’ajoute l’exposition par voie sanguine (matériel de perfusion…) et enfin le transfert de la mère à l’enfant, par voie fœto-placentaire ou lors de l’allaitement.

« Nous avons encore beaucoup d’incertitudes sur ces substances car il est très difficile d’évaluer précisément les conséquences biologiques des expositions. Difficile aussi d’établir un lien de causalité : lesquelles de ces substances présentes dans l’organisme posent réellement préjudice à la santé ? À quelles doses ? Associées à quelles autres substances ? À quels moments de la vie ? » explique le docteur Ragnar Weissmann. Il est le directeur scientifique d’Objectif santé environnement (OSE), une association de scientifiques engagés en santé environnementale. « Il n’est actuellement pas possible de synthétiser l’ensemble des perturbateurs endocriniens. Pour autant, un grand nombre de substances sont fortement suspectées, et certaines officiellement reconnues comme étant des perturbateurs endocriniens. »

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) référence ainsi près de 800 substances chimiques qui ont des propriétés perturbatrices endocriniennes avérées ou suspectées. A l’échelle européenne, 13 substances ont d’ailleurs été identifiées comme ayant des propriétés perturbant le système endocrinien et par conséquent classées comme « substances extrêmement préoccupantes » (SVHC). On y trouve certains phtalates (DCHP, DBP…), des phénols tels que le nonylphènol et le bisphénol A (BPA, interdit en France dans les biberons et contenants alimentaires depuis 2015).

Quels sont les risques pendant la grossesse ?

Les études montrent un lien fort entre l’exposition des futures mères et certaines pathologies de l’enfant. La grossesse, où le système hormonal est en pleine ébullition pour permettre le bon développement du fœtus, est aujourd’hui reconnue comme la fenêtre la plus critique pour l’exposition aux perturbateurs endocriniens.

« Les perturbateurs endocriniens interagissent avec la synthèse, la dégradation, le transport ou le mode d’action des hormones. Les effets ne sont donc pas directs comme pour les substances toxiques classiques, mais ils peuvent apparaître dès la naissance, via certaines malformations congénitales par exemple. Ou bien ils peuvent être différés et survenir des années, voire des décennies plus tard, chez l’enfant ou l’adulte, » explique Ragnar Weissmann.

Les perturbateurs endocriniens sont suspectés d’être à l’origine d’une multitude de pathologies. Ce sont alors des troubles du développement, du système neurologique, immunitaire, reproductif, des problèmes de thyroïde, des effets cardio-vasculaires… avec l’apparition possible de cancer hormono-dépendant (sein, prostate etc.), de maladies métaboliques comme le diabète ou l’obésité. « Par exemple, un bébé exposé au bisphénol A dans le ventre de sa mère, même à de faibles quantités, peut être prédisposé à développer, plus tard, une obésité. »

Le scientifique met en avant la phase clé des « 1000 premiers jours de vie ». « Cette période, qui va de la conception jusqu’aux 2 ans de l’enfant, est cruciale, car c’est là que se développe l’organisme du bébé et que tout se met en place. S’il entre en contact avec une substance dangereuse à ce moment-là, les risques de séquelles sont plus importants. »

Alors, comment protéger son bébé ?

Une fois que l’on sait cela, on peut agir. Et Ragnar Weissmann se veut encourageant : « Plus la prévention est précoce, plus elle sera efficace. Pendant ces 1 000 premiers jours, on a toutes les chances de pouvoir orienter le capital santé de son enfant de façon favorable. Si on intervient plus tard, l’impact des efforts sera moindre… mais pas inutile. Il est donc conseillé d’intervenir également à l’adolescence, l’autre période clé du développement de l’enfant.

Alors, que fait-on ? « La femme enceinte et allaitante peut, par précaution, éviter autant que possible, les substances dont la nocivité est reconnue ou suspectée. Certaines applications grand public peuvent aussi, malgré quelques limites scientifiques, être d’une aide précieuse pour orienter les achats. »

Il est important « d’utiliser moins et choisir mieux ». On peut, par exemple, commencer par limiter l’usage des produits cosmétiques et préférer des produits à base d’ingrédients naturels, végétaux ou bio, éviter les parfums, les insecticides, mais aussi limiter l’usage de certaines huiles essentielles (qui perturbent du système endocrinien d’origine naturelle), bannir le triclosan (un antimicrobien présent dans les dentifrices) …

À la maison, il est conseillé de repeindre la chambre du bébé le plus tôt possible avant son arrivée (et choisir des produits de bricolage écolabellisés), de préférer le bois massif à l’aggloméré (réutiliser ou du mobilier deuxième main par exemple). En cuisine, éviter de réchauffer les aliments dans un récipient en plastique et de cuire dans des poêles à revêtement antiadhésif. Et surtout, aérer. « Si l’on ne devait retenir qu’un seul geste, ça serait celui-là ! », affirme Ragnar Weissmann. Au moins deux fois par jour 5 à 10 minutes été comme hiver, à la maison comme au bureau, ouvrir en grand les fenêtres permet d’évacuer les polluants présents dans l’air… Pour une fois qu’on vous dit de rechercher les courants d’air !

Une web-série ludique et pédagogique

Objectif Santé Environnement a lancé une série sur la grossesse, accessible en ligne : « Graine du bonheur ». Elle vise à fournir aux futurs parents des conseils de prévention pratiques pour la santé de la future maman, du bébé et de l’environnement. Les trois premiers épisodes ont été réalisés avec le soutien de l’Agence régionale de Santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine.

Pour en savoir plus :

Voir aussi ce site de Santé publique France, qui fournit une foule de conseils pour créer un environnement favorable au développement de son bébé.

L’étude de Santé publique France sur les « polluants du quotidien », publiée en septembre 2019.

Le site d’Alerte des médecins sur les pesticides (AMLP), à l’initiative d’une campagne de formation des médecins et d’information du grand public en 2016.

  • Cécile Couturier
  • Crédit photo : Highwaystarz-Photography / iStockphoto

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