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Fertilité : à quel moment s’inquiéter ?

Alors que l’âge moyen des mères françaises au premier enfant est passé de 24 ans dans les années 70 à 28,5 ans aujourd’hui, de plus en plus de couples consultent pour des problèmes de fertilité. Quand faut-il se tourner vers un médecin spécialiste si on a un projet d’enfant ?

Fertilité : à quel moment s’inquiéter ?

Le Pr Nathalie Massin, endocrinologue et responsable du centre d’assistance médicale à la procréation (AMP) au Centre hospitalier intercommunal de Créteil répond à nos questions sur la fertilité.

Quel est le profil des personnes que vous recevez pour un problème de fertilité ?

Pr Nathalie MassinNathalie Massin : Des couples dont la femme a 34 ans en moyenne, et c’est le même constat dans tous les centres d’assistance médicale à la procréation (AMP) en France. Les personnes qui consultent ont entre 20 et 43 ans environ. Quand les femmes viennent nous voir, c’est qu’elles y sont poussées par un souci avéré d’infertilité. Rappelons la définition de l’infertilité, du point de vue médical, celle retenue par l’OMS et par le CNGOF (collège national des gynécologues et obstétriciens de France) : c’est de ne pas parvenir à une grossesse après un an de rapports réguliers dans un couple. J’en profite pour souligner que le CNGOF conseille de ne pas attendre un an, passé 36 ans, pour consulter mais plutôt six mois.

Les profils que nous recevons au centre d’AMP sont divers : des patientes qui ont laissé passer les années, d’autres que l’on a tardé à conseiller médicalement… On leur a demandé d’attendre, on leur a dit que tout allait bien… Il ne faut pas croire que nous ne voyons que des femmes qui ont fait passer le projet d’enfant après la vie professionnelle. Très souvent, c’est le compagnon qui n’est pas pressé et a moins conscience du temps qui passe. Ou, tout simplement, ces femmes ont mis quelques années à « trouver le bon partenaire », celui avec qui elles peuvent avoir un projet d’enfant.

Est-ce que de plus en plus de couples consultent pour des difficultés à concevoir ?

N.M. : Concrètement, oui. Dans notre centre d’AMP par exemple, on a beau avoir doublé notre volume de consultations, nos délais d’attente sont restés les mêmes. L’âge moyen de la mère au premier enfant augmente en France. Dans les années 70, il était de 24 ans, il est aujourd’hui de 28,5 ans. Or, plus on avance en âge, plus le délai de conception s’allonge, et plus il y a de risques de ne pas y arriver. En outre, du côté des hommes, il ne fait plus de doute au niveau mondial que la qualité du sperme a diminué. Ceci a été prouvé par différentes études, même si les raisons n’en sont pas encore très claires.

Les couples manquent-ils d’information sur la fertilité ?

N.M. : C’est une question compliquée à aborder pour les couples. Aujourd’hui, on peut contrôler l’absence de conception avec la contraception. Cela donne l’impression que l’on est en mesure de contrôler la conception de la même façon. En outre, le grand public est maintenant bien informé des techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) que nous proposons et qui fonctionnent bien : stimulation ovarienne, insémination artificielle, fécondation in vitro… Malheureusement, l’âge de la femme reste un des facteurs primordiaux dans la baisse de la fertilité, et même une FIV (Fécondation in Vitro) à 40 ans aura moins de chance d’aboutir qu’à 30 ans… Il n’y a pas de traitement miracle pour améliorer la fertilité. On donne un coup de pouce avec l’AMP mais il n’efface pas l’effet de l’âge sur la qualité des ovules.

Il existe certainement un manque d’information de certains médecins ou gynécologues. Passé 36 ans, il ne faudrait pas attendre un an, par exemple, pour faire tous les examens nécessaires à une femme qui souhaite un enfant, mais s’assurer très vite si quelque chose ne va pas. Parfois les bilans sont longs, et il se passe deux ans entre la consultation et les premiers traitements.

Je regrette qu’aujourd’hui, pour une femme, le bilan de fertilité soit plutôt un bilan d’infertilité. On cherche pourquoi on n’arrive pas à faire de bébé depuis au moins un an, avec un partenaire. Cela signifie que les femmes célibataires, par exemple, ou qui sont en couple un peu plus tard, n’ont pas d’information préalable sur leur fertilité.

Est-ce pour cette raison que le Centre hospitalier de Créteil a créé une consultation très innovante, le « Fertilité Check-up » ?

N.M. : Oui ! Quel que soit leur âge, en couple ou célibataire, avec ou sans projet immédiat de grossesse, ce « Fertilité Check-Up » permet à une femme de faire le point, en un seul examen, sur sa fertilité potentielle. Cela permet de détecter certains problèmes passés inaperçus quand on n’a pas encore de projet d’enfant (comme l’endométriose, cette affection de la paroi utérine encore trop peu diagnostiquée et qui pose parfois des problèmes de fertilité), ou tout simplement de se rassurer.

La femme peut poser de façon plus sereine ses projets de vie, ou les modifier si l’on découvre, par exemple, que sa réserve ovarienne est un peu basse à 30 ans et qu’il vaut mieux ne pas trop repousser son projet de grossesse. C’est important aussi pour les femmes qui n’ont pas de conjoint vers 35 ans, de savoir si elles ont le temps de trouver le bon ou pas. Et bien sûr, lors de cette consultation nous faisons beaucoup de prévention sur les facteurs de risque d’infertilité comme le tabac, le poids, l’alimentation. Et le but est d’aider les femmes à concevoir plus rapidement.

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Istock

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