Gastro-entérite virale ou bactérienne : faire la différence pour bien se soigner

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La gastro-entérite est le plus souvent bénigne, survenant à l’occasion d’épidémies virales hivernales. Elle guérit alors sans traitement en veillant à adopter certaines mesures diététiques. Mais des bactéries et autres parasites sont aussi responsables de formes qu’il faut parfois prendre au sérieux.

Gastro-entérite

Gastro-entérite : des épidémies récurrentes

Redoutée des petits et des grands, la gastro-entérite est l’une des affections de courte durée les plus répandues dans les pays développés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. On dénombre un épisode digestif aigu (c’est-à-dire vomissement et/ou diarrhée) par an et par habitant en moyenne. Entre 1 et 4 millions de consultations chez un généraliste sont recensées chaque année pour une gastro-entérite.

La maladie survient le plus souvent en hiver mais frappe parfois à d’autres périodes de l’année, par exemple au retour d’un voyage ou lors d’un traitement antibiotique.

« Les principaux symptômes sont la diarrhée, les vomissements ou les nausées. Ils peuvent s’accompagner d’une fièvre modérée et de douleurs abdominales », détaille le Dr Julie Chastang, médecin généraliste à Champigny-sur-Marne et secrétaire générale adjointe du Collège de la médecine générale.

Une maladie virale bénigne dans la majorité des cas

À l’origine de ces maux ? L’intrusion d’un agent pathogène dans notre système digestif, qui provoque une inflammation des muqueuses tapissant la paroi de l’intestin. Dans la très grande majorité des cas de gastro-entérite, cet agent pathogène se révèle être un virus très contagieux (noravirus, rotavirus, adénovirus…), qui sévit lors de grandes épidémies hivernales. Le pic épidémique est généralement atteint au cours des deux premières semaines de janvier.

En pratique, l’identité précise du virus est rarement recherchée en médecine générale. « En réalité, de nombreux virus peuvent donner lieu à des symptômes digestifs, dont le SARS-Cov-2 responsable du Covid-19, explique le Dr Chastang. Mais à l’exception de ce dernier, qui fait actuellement l’objet de tests systématiques, nous savons rarement à quel virus nous avons à faire. Et cela importe peu car la marche à suivre reste la même face à un patient présentant des symptômes gastro-intestinaux. Elle consiste essentiellement à surveiller son état et son évolution, et à attendre que le système immunitaire fasse son travail et chasse l’intrus. »

Un vaccin contre les gastro-entérites à rotavirus

Chez les jeunes enfants, cependant, la majorité des épisodes de gastro-entérites sont dus au rotavirus. Cela a notamment justifié le développement d’un vaccin destiné à prévenir cette forme de gastro-entérite chez le nourrisson.

Disponible sur le marché français sous deux marques depuis 2006, le vaccin contre la gastro-entérite virale à rotavirus est une suspension buvable contenant une forme atténuée du virus, administré en deux (Rotarix®) ou trois (Rotateq®) doses. Il ne fait toutefois pas partie des vaccins remboursés par la Sécurité sociale.

« Bien qu’il protège de certaines formes graves, le service rendu de ce vaccin est pour le moment jugé insuffisant par la Haute Autorité de santé », précise le Dr Chastang. Son coût est variable selon les honoraires de dispensation des pharmaciens, de l’ordre de 100 à 150 € pour un schéma vaccinal complet. « Un coût non négligeable pour une pathologie que l’on sait bien traiter par ailleurs, note la généraliste. Le vaccin contre le rotavirus pourrait ceci dit avoir un intérêt pour des nourrissons ayant difficilement accès aux soins par exemple. »

Gastro-entérite : des mesures diététiques simples pour prévenir l’aggravation

Si vous avez les symptômes d’une gastro-entérite ou les reconnaissez chez votre enfant, pas de panique, donc. Quelques mesures alimentaires évitent la déshydratation, qui constitue la principale complication de la gastro-entérite et doit faire l’objet d’une surveillance accrue chez les plus jeunes.

Ainsi, la première chose à faire est de boire plus que d’habitude et si possible des boissons contenant assez de sucre et de sel pour compenser les pertes en eau et en sels minéraux (eau, eau sucrée, bouillons de légumes…). L’alimentation gagne à être fractionnée (autrement dit, faire de petits repas plus fréquents), en évitant les fruits et légumes crus, les aliments riches en fibres (ex : légumineuses, produits céréaliers complets) et le lait.

Chez les jeunes enfants, des solutions de réhydratation orale peuvent être achetées en pharmacie (sur prescription, elles sont prises en charge par l’Assurance maladie pour les enfants de moins de 5 ans). « Mais si besoin, des jus de fruits, tels que le jus de pomme, dilués dans de l’eau, ont prouvé une efficacité comparable, l’essentiel étant que l’enfant s’hydrate », rapporte le Dr Chastang.

Autre précaution importante, veiller à boire ou faire boire votre enfant par petites quantités. Avec un système digestif qui fonctionne au ralenti, c’est la seule façon de s’assurer que le liquide est bien absorbé… et non restitué. « Les parents n’ont pas à s’inquiéter dès lors que leur bébé arrive à s’hydrater en buvant par petites quantités sans vomir. En revanche, s’il ne parvient pas à boire, et/ou si l’enfant se montre fermé, ne joue plus ou n’a plus de tonus, il faut consulter immédiatement car la déshydratation peut aller très vite, en particulier chez les nourrissons de moins de 6 mois, explique le Dr Chastang. Et en cas de signes de gastro-entérite chez un tout-petit de moins de 2 mois, il est malgré tout préférable de consulter un médecin sans attendre. »

Dans les cas de déshydratation trop sévère ou avancée, une hospitalisation pour réhydratation peut s’avérer nécessaire, soit par sonde nasogastrique soit par perfusion.

Des médicaments pour soulager certains symptômes ?

Enfin, pour améliorer le confort des patients (par exemple en cas d’obligations professionnelles empêchant de s’arrêter de travailler), des médicaments disponibles sans ordonnance existent chez l’adulte. Certains pour ralentir le transit, d’autres pour tapisser et protéger la barrière intestinale.

Chez l’enfant, le médecin peut prescrire des probiotiques – c’est-à-dire des bactéries ou des levures bénéfiques destinées à renforcer la flore intestinale – ou un médicament antidiarrhéique. « L’efficacité des antidiarrhéiques est très limitée », précise le Dr Chastang.

Quant aux antibiotiques (destinés à lutter contre des bactéries, et non des virus), « ils ne présentent aucune utilité et ne sont pas efficaces sur les virus à l’origine de la plupart des cas de gastro-entérite », tient à rappeler le médecin.

Des formes de gastro plus sévères pour lesquelles il faut consulter

Au-delà de la survenue d’une déshydratation, il existe d’autres cas de figure dans lesquels il faut consulter :

  • si votre enfant a moins de 2 mois,
  • si les symptômes n’ont pas cessé au bout de 48 heures,
  • ou si des signes indiquent qu’il ne s’agit pas d’une simple gastro-entérite virale, par exemple en présence de sang ou glaires dans les selles (signes de lésions de la muqueuse intestinale), de douleurs abdominales très vives, ou si une personne rentre d’un voyage en Afrique, Amérique du Sud ou Asie (tourista)…

« Dans ces deux derniers cas, le médecin peut demander une coproculture pour rechercher la présence de bactéries pathogènes dans les selles du patient, telles qu’une salmonelle, un campylobacter ou une shigelle. Quand la bactérie est identifiée, le médecin prescrit un antibiotique ciblé pour l’éliminer. On parle alors de gastro-entérite bactérienne, qui constitue toutefois une minorité des cas », explique le Dr Chastang. Ces formes sévères de gastro-entérites peuvent aussi provenir d’un parasite, le plus souvent contracté lors d’un voyage (amibes ou parasite giardia, par exemple). Un traitement antiparasitaire s’avère alors nécessaire. À noter : lorsqu’elle est d’origine bactérienne ou parasitaire, la gastro-entérite ne guérit souvent qu’après une ou deux semaines.

Il est aussi recommandé aux personnes dont l’état de santé initial est déjà fragilisé, de consulter plus rapidement en cas de gastro-entérite, c’est-à-dire au bout de 24 heures. C’est le cas notamment des personnes âgées de plus de 75 ans ou des patients (adultes ou enfants) atteints d’une maladie chronique (diabète…) ou immunodéprimés et prenant des médicaments.

Enfin, pour tenir la gastro-entérite éloignée le plus possible, mieux vaut respecter des mesures d’hygiène simples :

  • se laver régulièrement les mains,
  • ne pas partager le linge de toilette ou les couverts,
  • éviter les rassemblements en collectivité lors des pics épidémiques hivernaux.

Des mesures qui ne sont pas sans rappeler les gestes barrières recommandés durant l’épidémie de Covid.

  • Isabelle Bordes
  • Crédit photo : Getty Images

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