Le CBD (ou cannabidiol) est-il vraiment sans danger ?

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De plus en plus prisé, ce produit dérivé du chanvre est désormais vendu dans de nombreuses boutiques spécialisées. Pourtant, de nombreux préjugés subsistent sur le CBD (ou cannabidiol). Quelle différence avec le cannabis ? Est-il dangereux pour la santé ? Peut-il soulager les douleurs ? Réponses.

Difficile aujourd’hui de passer à côté du CBD ou cannabidiol. Il s’agit d’une des molécules contenues essentiellement dans la fleur de cannabis. Il ne faut pas le confondre avec le cannabis lui-même, qui est une plante complexe composée de nombreuses molécules cannabinoïdes, dont le CBD ou le tetrahydrocannabinol (THC). « Le cannabis est une dénomination générale. Il en existe de nombreuses variétés », explique le Pr Amine Benyamina, spécialiste en addictologie et chef du service de psychiatrie et d’addictologie de l’Hôpital Paul-Brousse.

Certaines variétés de cannabis peuvent être fortement dosées en THC (tetrahydrocannabinol), la molécule psychoactive. Cette molécule est « incriminée dans les problèmes que peut engendrer la consommation de cannabis récréatif et illégal », assure le Pr Amine Benyamina. Ce cannabis riche en THC est interdit en France puisque sa consommation, dite « récréative » peut engendrer dépendance, troubles de la mémoire, de l’attention… « Le THC a un effet euphorisant, il peut entraîner des phénomènes hallucinatoires et il possède un risque addictif et toxique pour l’organisme », détaille le Pr Amine Benyamina. 

À l’inverse, d’autres variétés de cannabis présentent un taux particulièrement important de CBD, qui lui est « relaxant, anxiolytique et n’entraîne pas de dépendance », selon ce spécialiste.

Quels sont les effets du CBD ?

« Le CBD n’est pas une drogue », assure le Pr Amine Benyamina. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a affirmé dans un rapport (2017) que le CBD n’était pas dangereux pour la santé. « Il ne produit pas les effets que l’on observe généralement avec les cannabinoïdes tels que le THC. […] A l’état pur, le CBD ne semble pas présenter de potentiel d’abus, ni être nocif pour la santé », assurent les experts de l’OMS.

Le CBD pourrait soigner 

Dans ce même rapport, l’OMS rajoute que le CBD pourrait posséder « une certaine valeur thérapeutique », même si pour le moment, des preuves supplémentaires sont nécessaires  (sauf dans le cas de l’épilepsie où un médicament est déjà disponible). Il est autorisé dans certains pays comme le Royaume-Uni ou la Suisse, où il est considéré comme un auxiliaire de la phytothérapie ou comme un traitement. En France, son utilisation suscite un intérêt croissant et fait l’objet de recherches médicales, en raison de ses nombreuses propriétés (anxiolytiques, anti-inflammatoires, analgésiques, anti-épileptiques…).

Pour l’addictologue, Amine Benyamina, « le CBD est relaxant. Il apaise les migraines, les maux de dos et facilite le sommeil. Dans certains cas, il peut aussi aider les gens dépendants au cannabis récréatif. » Selon l’APM (Agence Presse Médicale), une étude a montré que le CBD pourrait effectivement aider certains fumeurs de cannabis à arrêter.

« Les possibles effets soignants du CBD constituent la base centrale du cannabis thérapeutique, sur lequel la France a légiféré récemment. Depuis le 26 mars 2021, le cannabis thérapeutique est en phase de test et ce pour trois ans », rappelle le Pr Amine Benyamina. Autorisée depuis 2019 mais retardée par la crise sanitaire, l’expérimentation a donc débuté en mars dernier, avec la première prescription de cannabis médical. Cette phase expérimentale sera suivie par un Comité scientifique temporaire (CST) mis en place par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Elle permettra à au moins 3 000 patients atteints de maladies graves et souffrant de symptômes réfractaires d’accéder par prescription médicale à des produits dérivés du cannabis et dispensés en pharmacie. Le but est d’évaluer l’efficacité de la plante dans certaines indications comme les douleurs neuropathiques ou certaines formes d’épilepsie réfractaires aux thérapies existantes.

Consommer du CBD peut comporter des risques

Hors du champ médical, le cannabis riche en CBD est aujourd’hui considéré comme un produit « bien-être », que l’on fume ou ingère le plus souvent pour se détendre. Toutefois, sa consommation peut comporter des risques. Selon le Pr Nicolas Authier, médecin psychiatre, spécialisé en pharmacologie et addictologie, « ce qui compte, c’est la façon d’utiliser ce CBD : à forte dose, on peut observer des troubles gastro-intestinaux ou des troubles de la vigilance. Mais à faible dose et ponctuellement (comme lors d’un événement stressant), il y a peu, voire aucun risque. Tout dépend de la qualité du produit et de la santé du consommateur ». Bien que selon lui, « sans trouble ou pathologie, il n’y a aucun intérêt à consommer du CBD »

Fleurs, tisanes, huiles ou chocolats, le CBD se présente sous de nombreuses formes. Toutefois, « fumer la fleur brute de cannabis riche en CBD n’est pas conseillé », rappelle le Pr Authier. Effectivement, fumer des fleurs de cannabis riche en CBD, avec ou sans tabac, suppose une combustion : la fumée inhalée transporte des substances nocives pour le système respiratoire (goudrons, ammoniaque, hydrocarbures aromatiques … ), qui à terme sont susceptibles de « provoquer des cancers ou des problèmes cardiovasculaires. Il est préférable de les vaporiser, et uniquement si besoin d’un effet rapide ».

Des produits de mauvaise qualité ?

En dehors des circuits pharmaceutiques, le CBD vendu dans les magasins spécialisés ou sur internet n’est ni surveillé, ni tracé. Le marché du CBD n’étant pas régulé, il n’existe aucune exigence en termes de qualité sur le CBD vendu. Faute d’une législation claire et d’un encadrement strict, il est facile d’acheter ou de commander du CBD de mauvaise qualité, coupé avec des produits toxiques (THC, acétate de vitamine E …). « On ne sait pas très bien si c’est uniquement du CBD. Il peut très bien avoir été mélangé avec autre chose », assure le Dr Amine Benyamina.

Certes, il est possible grâce aux croisements d’obtenir des variétés de cannabis naturellement riches en CBD (et faibles en THC). Mais il existerait aussi des techniques douteuses visant à modifier la plante, jouer sur son goût, faire en sorte de baisser le taux de THC. « Les producteurs ne respectent pas toujours les taux légaux et peuvent ajuster la teneur en CBD par des moyens chimiques. D’autant qu’ils ne peuvent pas garantir l’absence de THC si le produit est d’origine naturelle », alerte le Pr Nicolas Authier. 

Si pour lui, « il n’y a aucun moyen de différencier les bons des mauvais produits faute de régulation du marché » ; Ghislain, fondateur de la Ferme du CBD préconise tout de même à tous les consommateurs de CBD de se renseigner sur le cahier des charges des producteurs et des vendeurs avant d’acheter. Celui-ci doit être accessible sur les sites internet ou sur demande dans les magasins spécialisés. Il est donc conseillé aux consommateurs de privilégier des structures qui contrôlent régulièrement leurs produits et de s’assurer que ceux-ci ne contiennent pas d’additifs.

Toutefois, aucune certitude n’est encore possible sur la qualité du produit acheté : « certains certificats peuvent s’avérer faux, les contrôles falsifiés… Et les produits peuvent très bien contenir d’autres produits nocifs (phytosanitaires, métaux lourds, toxines …) », assure le Pr Nicolas Authier.

Un flou juridique autour du commerce du CBD

À Paris, Rouen, Lyon, Rennes, les boutiques proposant des produits à base de CBD fleurissent. Le marché pèse aujourd’hui 150 à 200 millions d’euros et pourrait atteindre le milliard si le flou juridique qui l’entoure est dissipé. Pour l’instant, la loi française n’autorise pas la commercialisation du CBD… mais ne l’interdit pas non plus. « Ces magasins sont dans le flou, ils jouent sur les mots, ils ne sont ni vraiment autorisés, ni vraiment interdits », explique Amine Benyamina. 

Jusqu’en 2018, les autorités françaises interdisaient la vente des fleurs de chanvre séchées ou des produits issus de ses feuilles. Le 19 novembre 2020, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a jugé illégale cette interdiction, au nom de la libre circulation des marchandises. Les juges ont estimé que la France ne pouvait pas interdire la vente de produits autorisés ailleurs en Europe, le CBD n’étant par ailleurs pas considéré comme un stupéfiant. Depuis, près de 400 boutiques se sont ouvertes sur le territoire français et toutes se fournissent à l’étranger. 

Pourtant avec 20 000 hectares dédiés, la France est le premier producteur de chanvre industriel en Europe. Sa production est très réglementée : un arrêté de 1990 limite « la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation industrielle et commerciale » aux fibres et graines. L’exploitation des fleurs ou des feuilles produites en France est donc interdite. Aussi, le chanvre français ne peut être cultivé que s’il appartient à une variété figurant sur une liste réglementaire et si la plante contient moins de 0,2 % de THC. Il ne peut ainsi être utilisé que pour le textile, l’isolation ou encore le papier mais ne peut être consommé.

Une nouvelle législation sur le CBD ?

Alors qu’un flou juridique entoure encore la vente de CBD en France, la loi devrait bientôt changer. Le gouvernement souhaite éclaircir la situation en interdisant la vente des fleurs de cannabis riche en CBD (sous sa forme brute), souvent utilisées par les fumeurs. La loi prévoit par contre de permettre aux agriculteurs français de cultiver et de vendre toute la plante de cannabis riche en CBD. Les feuilles et les fleurs pourront ainsi être transformées puis vendues sous forme de produits dérivés (comme les huiles, les aliments, les cosmétiques…).

La décision de la CJUE tout comme les négociations initiales nombreuses entre les producteurs français et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) laissaient pourtant entendre une autorisation possible de la vente de la fleur de cannabis française. Cependant, invoquant une confusion facile avec du cannabis récréatif (fort en THC) et pour des raisons de santé publique, le gouvernement français préfère l’interdire dans sa prochaine législation. Un texte de loi qui après finalisation, sera envoyé à la Commission européenne pour valider ou contester la position de la France.

En parallèle, la Cour de Cassation a rendu, le 23 juin 2021, un arrêt « à portée générale » sur la commercialisation du CBD. Selon elle, la vente de CBD est légale en France, du moment qu’il est produit dans l’Union européenne. Un soulagement pour de nombreux commerçants, bien qu’elle ne tranche pas la question de savoir « si la France peut valablement ou non se prévaloir de l’objectif de protection de la santé publique pour interdire la détention et la commercialisation de CBD sur son territoire ».

  • Estelle Hersaint
  • Crédit photo : JeffW sur Unsplash

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