Une crise de goutte, qu’est-ce que c’est ?

On l’appelle la maladie des rois. Pourtant la goutte, loin d’avoir disparu, connaît même une légère augmentation dans le monde entier. Que sait-on aujourd’hui de ce mal qui s’attaque aux articulations et qui touche le plus souvent les hommes ?

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A quoi ressemble une crise de goutte typique ? « Une douleur très aigüe, très vive, très importante, présente jour et nuit, souvent au niveau du gros orteil. Celui-ci est alors gonflé, rouge violacé, très douloureux au toucher. La douleur dure quatre à cinq jours en moyenne puis disparaît toute seule. Un peu plus rapidement avec un traitement approprié », détaille le Pr Pierre Lafforgue, qui dirige le service de rhumatologie de l’hôpital Sainte-Marguerite, à Marseille. « Les crises se répètent à intervalle plus ou moins important, jusqu’à une année. Mais si elles ne sont pas soignées, elles se rapprochent, s’intensifient, touchent d’autres articulations. Jusqu’à un état de mal dit ‘goutteux ’, quasiment chronique, avec des douleurs articulaires permanentes. »

Surpoids, alimentation trop riche, médicament inapproprié…

La cause en est un excès d’acide urique dans le sang (hyperuricémie). Mais ce seul constat ne suffit pas à parler de goutte, il faut qu’il y ait l’atteinte articulaire. Ce mal concerne environ 2 % de la population et ne s’attaque pas à n’importe qui : 80 % des personnes atteintes sont des hommes de plus de 40 ans, souvent en surpoids et à l’alimentation trop riche. La consommation importante de viande rouge, de charcuterie, d’alcool (gros buveurs de bière), de soda… est un marqueur important. Il n’est pas rare non plus de trouver un terrain génétique favorable, avec des parents de la génération précédente sujets à la goutte.

Par ailleurs, certains traitements diurétiques contre l’hypertension artérielle peuvent favoriser l’apparition de la goutte. De même que les traitements prescrits aux personnes greffées du rein et du cœur. D’où l’importance de vérifier les autres éventuelles prescriptions médicales. Car interrompre ou modifier le traitement incriminé suffit parfois.

L’aspect d’une crise de goutte est souvent suffisamment typique pour porter le diagnostic, il faut alors rechercher l’hyperuricémie par une prise de sang.

Traitement de crise et traitement de fond

La crise de goutte se traite d’autant plus efficacement qu’elle est diagnostiquée tôt. Un premier traitement permet d’atténuer les symptômes : la colchicine, mais aussi les anti-inflammatoires non stéroïdiens (type aspirine ou ibuprofène) ou des médicaments de la classe des corticoïdes.

Il faut y associer un traitement de fond pour s’attaquer à la cause, l’hyperuricémie. Aux préconisations non médicamenteuses (perte de poids, meilleure hygiène alimentaire) s’ajoute la prise d’un médicament qui va faire baisser le taux d’uricémie dans le sang.

Un trouble métabolique qui ne disparaît pas

La goutte se soigne mais ne s’éradique pas. Comme pour le diabète ou tout trouble métabolique, le traitement de fond ne doit pas être interrompu. « Ne pas exécuter à la lettre les prescriptions voue le traitement à l’échec », avertit le Pr Lafforgue, qui recommande aussi la prévention. « Quand un membre de la famille en est atteint, il faut demander la recherche du taux d’uricémie lors des prises de sang et adopter des mesures diététiques préventives. »

La goutte n’est pas mortelle. En revanche, c’est un facteur de risque cardio-vasculaire. Elle peut, par exemple, favoriser un infarctus du myocarde.

La goutte, le rhumatisme connu le plus ancien

Mais au fait, d’où vient ce nom de maladie si étrange : goutte ? « C’est le rhumatisme le plus anciennement connu, que décrivait déjà Hippocrate, nous apprend le Pr Lafforgue. Or, jusqu’au XIXe siècle, savants et médecins pensaient que l’arthrite était liée à la présence d’humeurs aqueuses, d’un liquide qui s’écoulait goutte à goutte dans l’articulation. » Plus tard, la goutte a été surnommée maladie des rois, car ces derniers faisaient bonne chère et en payaient le prix fort. Cela a été la cause de grandes souffrances pour Louis XIV, Charles Quint mais aussi certains tsars dont Alexandre le Grand.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Nathania Cahen

journaliste spécialisée dans les sujets société et économie.

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