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En télétravail ou sur site, ils ont dû modifier leurs habitudes face au coronavirus

Caissier dans un supermarché, Laurent est quotidiennement en contact avec la clientèle. Sylvie, elle, a improvisé son bureau à domicile et sort le moins possible. Ils n’ont pas la même appréhension du Covid-19. Récits.

En télétravail ou sur site, ils ont dû modifier leurs habitudes face au coronavirus

Après un jour de repos, Laurent va reprendre son travail au sein d’un supermarché du Pas-de-Calais, où il officie en tant qu’employé commercial. « J’assure à la fois les fonctions d’accueil et je suis à la caisse », précise celui qui avoue retourner à son poste pétri d’une multitude de craintes. Dans sa tête, se bousculent les souvenirs de la semaine passée. Des images surréalistes mais pourtant bien réelles. Laurent et ses collègues ont dû faire face à une horde de clients « complètement hystériques. De la folie ! ». Face à la crise sanitaire liée au coronavirus et à l’annonce des mesures de confinement, les magasins d’alimentation ont, en effet, été pris d’assaut. Les rayons dévalisés. Certains des collègues de Laurent ont « craqué » face aux cadences infernales consécutives à cette affluence impressionnante d’acheteurs.

La crainte d’être infecté par le virus

Et surtout, ils ont eu très peur car les mesures de distance, imposées pour ne pas favoriser la circulation du Covid-19*, n’ont pas été respectées par les clients. « On se devait de désinfecter nos caisses et les terminaux de cartes bancaires après chaque passage mais ce n’était pas possible car le rythme était trop soutenu. Nous n’avons même pas pu prendre de pause. » Laurent confie qu’il n’est pas tranquille, qu’il craint une infection parce qu’il est en première ligne face à des personnes « qui n’ont pas ou plus conscience des risques qu’elles courent et font courir aux autres ».

Depuis que le confinement à domicile a été imposé par le gouvernement, la fréquentation du supermarché où le Pas-de-Calaisien travaille n’est certes plus aussi dense, mais les consignes obligatoires ne sont toujours pas observées par la clientèle. « Je rappelle en permanence aux gens de maintenir un mètre d’espace entre eux ». Des marquages de la distance à tenir ont été apposés au sol. Des affiches d’appel à la responsabilité et à la retenue sont scotchées dans toutes les allées. « Mais cela ne sert à rien ».

Laurent et ses collègues portent des gants, bénéficient à présent d’un plexiglas qui sépare la caisse du client. « Cela ne fait pas toute la longueur, mais c’est plus rassurant. La semaine dernière, rien ne nous protégeait », reconnaît l’employé commercial qui espère que les comportements vont évoluer pour du mieux. « La peur de manquer, injustifiée, fait perdre toute raison. Elle semble plus forte chez certains que celle d’être contaminé. »

Entre le télétravail et le chômage partiel

La situation de Sylvie, Savoyarde confinée chez elle en télétravail, est bien plus calme. Une bulle de douceur et de protection, comparée au quotidien de Laurent. « C’est vrai que j’ai la chance de ne pas avoir à affronter l’extérieur pour aller travailler », observe la formatrice et professeure.

Sylvie exerce ses activités professionnelles dans deux établissements, qui ont dû fermer leurs portes face au Covid-19. Elle intervient comme formatrice et conseillère en insertion professionnelle dans un organisme associatif pour lequel elle doit se rendre en milieu carcéral. Et par ailleurs, elle enseigne la communication à des BTS en école.

Sylvie a improvisé un bureau dans son salon. L’ordinateur tourne à plein régime. Quand elle porte sa casquette de professeure, elle est en contact avec ses élèves et assure leur suivi via une plateforme. « Il y a eu quelques bugs techniques mais on s’adapte progressivement. » Elle continue ses missions de communication, essentiellement en accomplissant des tâches rédactionnelles. « Et je suis en chômage partiel pour ce qui concerne mes interventions en prison. »

Une plus grande concentration, mais plus aucun échange

Cette réorganisation ne lui a pas posé de problèmes majeurs. « Le télétravail permet une plus grande concentration, dans le calme. Même si c’est difficile au début de s’y mettre. » Sylvie a des enfants suffisamment autonomes : « Cela aurait été moins évident, sans doute, s’il avait fallu les surveiller et leur faire la classe. »

La télétravailleuse admet toutefois qu’il lui manque le lien, l’échange, les discussions avec ses collègues. Elle a proposé à sa direction de mettre en place un groupe pour qu’ils puissent communiquer entre eux : « Sur notre travail commun, bien sûr, mais aussi sur la façon dont nous vivons les choses, ainsi confinés ».

L’exercice du droit de retrait

Le code du travail ouvre le droit de retrait au salarié dont l’exercice des fonctions représente un danger grave et imminent pour sa vie et sa santé (article L.4131-1). Cela suppose une réelle proximité avec le risque. L’employeur ne peut effectuer de retenue sur salaire, ni sanctionner un travailleur qui a exercé ce droit de manière légitime. En situation de crise, les possibilités de recours sont fortement limitées, dès lors que l’employeur a pris les mesures de prévention et de protection nécessaires, conformément aux recommandations du gouvernement.

Dans le contexte actuel, les salariés d’entreprises, dont l’activité est indispensable au bon fonctionnement du pays (secteur alimentaire, gestion et ramassage des déchets, santé, etc.), doivent continuer à se rendre à leur travail, excepté si les mesures sanitaires en vigueur ne sont pas respectées.

Les pouvoirs publics préconisent à tous les employeurs la mise en place du télétravail dans la mesure du possible. Le dispositif de chômage partiel ou technique a été élargi pour gérer les baisses d’activités ou les fermetures d’entreprises. Les salariés concernés sont indemnisés à hauteur de 80 % de leur salaire.

* Soit de se positionner à au moins un mètre des personnes précédant et suivant.

  • Patricia Guipponi
  • Crédit photo : DR

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